Auteur : Thremendous
Traductrice : Moonkissed
Interdit ?
Moi ?
Je ne peux pas cultiver ?
— …Maître, je ne comprends pas bien et j’ai une question.
— …Qu’est-ce ?
— Le destin existe-t-il vraiment ?
— Oui… il existe. Ce que nous, humains, appelons destin existe bel et bien et il influence tout être vivant dans ce monde.
Le bout de mes doigts tremblait.
— Si le destin existe réellement, qu’en est-il du libre arbitre des êtres vivants ? Cela ne signifie-t-il pas qu’il n’existe pas… ?
Si le libre arbitre n’existe pas et que tout est prédéterminé, alors à quoi tout cela rime-t-il… ?
— Eh bien… ce n’est pas exactement ainsi. Les cultivateurs qui ont reçu la bénédiction des Sept Étoiles, sous le contrôle de la puissance céleste, peuvent percevoir faiblement le destin à partir de la 7e étoile du Raffinement du Qi.
Tu crois peut-être n’avoir appris que l’astronomie et la lecture des constellations, mais dès l’instant où un cultivateur reçoit la permission des cieux, il lui est accordé de percevoir vaguement le Mécanisme Céleste.
L’explication du maître se poursuivit.
— Bien sûr, il est impossible pour un humain d’observer directement l’immense entité nommée destin. Cependant… on peut en lire les tout premiers rudiments.
À partir des 7 Étoiles du Raffinement du Qi, un cultivateur peut lire sa propre longévité et savoir combien de vie il lui reste.
— La longévité… ? Êtes-vous en train de dire que la durée de vie d’un humain est prédéterminée ?
— Oui.
— Alors… quel est le but de la cultivation ? Pourquoi les cultivateurs continuent-ils à cultiver en sachant que leur longévité est prédéterminée… ?
— Parce que… si la longévité est bel et bien fixée, elle n’est pas absolue.
Une longévité, pas absolue ?
— Par exemple, un cultivateur au stade du Raffinement du Qi a tout au plus la même longévité qu’un mortel. Mais à partir du stade de l’Édification du Qi, il reçoit des cieux une longévité supplémentaire en s’élevant dans sa cultivation.
L’Édification du Qi accorde 300 ans, la Formation du Noyau 600 ans, l’Âme Naissante 1200 ans, et l’Être Céleste 2400 ans. Bien que la durée exacte varie, un cultivateur reçoit une nouvelle longévité du ciel au fur et à mesure qu’il élève son royaume.
C’est pourquoi les cultivateurs, eux-mêmes, apportent un changement au Mécanisme Céleste et, depuis l’antiquité, on les appelle aussi des “Défiants du Ciel”.
— …Alors, ne pourrais-je pas, moi aussi, recevoir un nouveau destin en tant que cultivateur ?
— …Ce n’est pas forcément le cas. On dit qu’un humain peut recevoir un nouveau destin, mais en réalité, les cieux octroient souvent dès le départ un “destin qui transcende la longévité”.
Son visage s’assombrit.
— Naître avec du talent, des méridiens spirituels et des racines spirituelles : le destin reçu à la naissance devient le critère de savoir si l’on peut changer sa longévité.
— …Suis-je voué à ne pas devenir cultivateur ? Né avec un destin qui ne peut échapper à son propre destin… ?
— …Il semble que oui.
Je demandai, frappé de stupeur :
— Alors, n’existe-t-il vraiment aucun moyen ?
— …J’ai cherché, et il n’y en a pas. …Je suis désolé.
— La longévité fixée par les cieux… Je ne la comprends pas. Les cieux ne sont-ils pas qu’un concept ? N’est-ce pas ce ciel bleu que nous appelons “les cieux” ?
— Les cieux ne se résument pas à cela. C’est la loi qui parcourt ce monde… un principe vaste et immense… voilà ce que sont les cieux…
En effet.
Les cieux, ce monde, ne me permettent pas.
— Nous naissons tous avec un destin donné par les cieux, nous grandissons, puis mourons. Les cultivateurs peuvent défier les cieux et provoquer des changements dans le Mécanisme Céleste.
En vérité, nul cultivateur ne peut se soustraire à la grâce des cieux qui lui ont donné naissance. Ainsi, même si l’on peut dépasser sa longévité, la faculté de le faire est aussi accordée par les cieux…
Le maître me prit la main et dit :
— …Moi aussi, je l’ai vécu. Même si je ne peux me comparer à toi.
Sa voix tremblait.
— J’ai passé ma vie à m’acharner, encore et encore. J’ai ensanglanté mes doigts en formant des sceaux, j’ai éraillé ma voix à force d’incantations. Par un labeur de toute une vie, j’ai à peine atteint l’Édification du Qi… Mais, avec mon talent, le début de l’Édification du Qi était ma limite…
Le maître était un homme à Trois Racines Spirituelles.
Il possédait des Racines Spirituelles Véritables, mais ses méridiens étaient faibles, son corps était né avec des impuretés, et il ne pouvait rester qu’au début de l’Édification du Qi.
— Mon obsession de l’illumination et mon dévouement, tout au long de la vie, à la recherche sur les mantras et les sorts, visaient à permettre à mes disciples, même avec peu de talent, de s’élever au maximum dans leurs royaumes de cultivation.
Et toi, homme aux Racines Spirituelles des Cinq Éléments, parti d’un mortel infime jusqu’à la 7e étoile du Raffinement du Qi… tu as magnifiquement prouvé les valeurs que j’ai poursuivies… Mais il semble que… chacun ait ses limites.
Les mots que j’avais entendus le jour de notre première rencontre.
Ils m’étaient destinés, mais à présent, il se les adressait à lui-même.
— …Je suis désolé d’être un maître si insuffisant. Désolé d’avoir un tel destin et de ne rien pouvoir faire pour toi…
— …Non, c’est moi qui suis désolé d’être si insuffisant…
Nous grinçâmes des dents tous deux, nous excusant mutuellement.
— …Je ne peux rien faire de plus pour toi. Mais, même si cela paraît impossible… j’essaierai quand même. Je fouillerai d’autres textes anciens et rituels, pour voir si quelqu’un, sans destin de cultivateur à la naissance, peut recevoir la permission des cieux…
— …Merci.
— Que peut faire d’autre quelqu’un abandonné par les cieux… Les cieux ont fixé notre destin, mais ils n’ont pas dicté la manière dont nous vivons à l’intérieur de celui-ci… Alors, luttons autant que nous le pouvons, ensemble.
Nos regards se croisèrent.
— C’est le mieux que je puisse faire pour toi en tant que maître.
— ……
Je ne répondis pas.
Je serrai simplement les lèvres et baissai la tête.
Sans un mot, nous comprenions le cœur de l’autre.
À partir de ce jour, ma vie quotidienne changea nettement.
Je ne formai plus des sceaux jusqu’à en faire saigner mes doigts, ni ne pratiquai de méthodes de cultivation.
À la place, je fouillai la bibliothèque du clan Cheongmun avec mon maître, épluchant toutes sortes de textes anciens et de livres de rituels.
— Quel est le critère qui départage ceux que les cieux autorisent ou n’autorisent pas ?
Est-ce à cause de mon énergie interne ?
Ou parce que, martialiste né sans racines spirituelles, j’ai forcé la naissance de racines en atteignant les Cinq Énergies Convergeant vers l’Origine ?
Ou parce que je viens d’un autre monde ?
Ou à cause de ma régression ?
Ou est-ce simplement mon destin ?
Cependant, dans les textes anciens, les passages traitant des humains rejetés par les cieux étaient rarissimes.
C’était d’une difficulté extrême à trouver.
Néanmoins, en lisant des livres sur les cieux, le Mécanisme Céleste et le destin, je commençai à en saisir un peu mieux le concept.
On disait qu’à partir de la 7e étoile du Raffinement du Qi, les cultivateurs commencent à lire leur propre destin.
Bien sûr, ce n’est pas détaillé : seulement une estimation grossière de leur longévité.
Et, à mesure que leur royaume de cultivation s’élève, ils savent plus précisément combien de vie il leur reste.
Un cultivateur à l’Édification du Qi sait vaguement si les événements à venir seront bons ou mauvais.
Au stade de la Formation du Noyau, cela devient plus détaillé : ils discernent l’auspicieux et le dangereux des événements à venir.
Pour ceux au-dessus de l’Âme Naissante, il n’y avait pas d’informations sur la précision de leur perception du destin, mais on disait qu’elle dépassait celle des cultivateurs à la Formation du Noyau.
Je trouvai aussi des livres sur le libre arbitre humain.
Par exemple, si un mortel reçoit environ 80 ans de longévité des cieux, vivra-t-il nécessairement 80 ans ?
Et si un cultivateur mal intentionné tue prématurément un mortel doté de 80 ans de longévité ?
La réponse était que les cieux n’octroient que le destin, sans se soucier de la manière dont un être parcourt ce destin.
En bref.
Les humains reçoivent un chemin nommé destin.
Mais, sous la pression du monde extérieur ou par leur propre volonté,
certains ne parcourent pas jusqu’au bout le chemin de leur destinée.
— Je vois.
En lisant sur le destin, je repensai à ce qui m’était arrivé.
— Même si, au départ, mes conditions de vie et de santé changeaient d’une vie à l’autre, je mourais exactement le même jour, à la même heure, dans les mêmes circonstances.
Est-ce statistiquement sensé ?
Alors même que mon état de santé différait à chaque vie !
J’avais pensé un temps que le destin existait vraiment et que, peut-être, je n’avais pas de libre arbitre.
Mais quand j’ai décapité le prince héritier Makli Hyun,
pour la première fois, je suis mort avant ma longévité assignée et j’ai cru que la longévité n’était pas fixée.
Cependant…
— D’après ce livre, les cieux m’ont accordé une longévité d’environ cinquante ans. Si je parcours convenablement le chemin du destin, je peux vivre selon cette longévité.
Mais si je meurs plus tôt sous la pression extérieure ou à cause de mes choix et de ma volonté, alors je ne peux pas achever le chemin du destin qui m’a été accordé.
Si le destin est un chemin donné aux humains, alors les humains ont un libre arbitre, comme l’affirme ce livre.
Bien sûr, le problème est que l’on ne peut pas aller au-delà du chemin du destin donné.
Le livre expliquait le destin dans les mêmes termes.
Les cieux offrent aux humains un destin, mais tous ne peuvent pas parcourir le chemin qui leur est assigné.
Certains, faute de volonté ; d’autres, à cause des circonstances.
Mais même si l’on va jusqu’au bout du chemin du destin, il n’y a pas, au-delà, de voie tracée par les cieux.
Telle serait la limite de cette existence.
Les humains peuvent vivre librement jusqu’au terme de leur destin.
Mais aller au-delà est impossible.
Vivre librement dans la vie offerte par les cieux est le droit et la vertu de tout mortel.
Sur cette affirmation — que chaque être devrait vivre librement et avec gratitude au sein de la vie qui lui est donnée — le livre s’achevait.
— …Ce livre est donc… comme ça.
Je trouvai que le destin décrit par le livre ressemblait au livre lui-même.
J’ignore tout du contenu que l’auteur voulait inclure.
Mais il existe une limite à la taille et à la quantité de papier ; le livre a ses propres bornes.
L’auteur écrit la narration voulue dans la longueur impartie, mais ne peut la dépasser.
Aucun récit ne peut outrepasser le livre.
Quand le livre se referme, l’histoire s’achève.
— Voilà le concept de destin…
Alors, est-ce vraiment la fin pour moi… ?
Vraiment, suis-je…
— Non, ce n’est pas le cas.
Je serrai les dents.
Même si fermer le livre signifie la fin, mon histoire revient sans cesse au début.
Assurément, les cieux m’ont octroyé ce destin.
S’ils me l’ont donné, il doit y avoir une raison.
— J’ai surmonté le destin encore et encore…
Dans ma première vie, je n’étais qu’un misérable mendiant promis à une mort précoce.
Mais aujourd’hui ?
J’ai maîtrisé l’épée.
Avec un talent médiocre, j’ai atteint les Cinq Énergies Convergeant vers l’Origine, un domaine légendaire des arts martiaux.
J’ai arraché de force la capacité de cultiver, que l’on dit réservée à ceux qui naissent avec des racines spirituelles.
Même si le destin pesait sur moi,
je l’ai dépassé, encore et encore !
— Il doit… exister une solution.
Il doit y avoir une solution !
Je lus et relus des textes anciens comme un dément.
Un jour,
mon maître arriva avec un livre.
Les yeux injectés de sang.
— J’ai trouvé un texte ancien dans les archives supérieures de notre clan.
Le livre qu’il apporta n’avait pas de titre et semblait prêt à tomber en poussière.
— Lis-le.
Je le lus.
C’était un recueil d’anciennes histoires officieuses.
On y racontait qu’un jeune homme, en plein hiver, fit fondre la glace d’une rivière avec sa chaleur corporelle pour pêcher une carpe destinée à sa mère malade ; qu’un aveugle recouvra la vue après avoir prié les cieux.
L’histoire d’un vieil homme dont la vie fut prolongée pour avoir accompli mille rituels aux cieux alors qu’il était voué à mourir.
— Bien que ce soit de l’histoire officieuse, et portant surtout sur des mortels, n’ont-elles pas un point commun… ?
— …Oui. Des miracles surviennent dans des situations impossibles.
— Exact. Tout particulièrement la dernière histoire du vieil homme gagnant des années de vie grâce aux rituels… peut-être…
— À force d’essayer, encore et encore, cela arrive ?
— Oui… Ces récits enseignent que si l’on y met toute sa sincérité, même les cieux se laissent émouvoir. Même des mortels peuvent émouvoir les cieux par leur sincérité.
La voix du maître tremblait.
— …Bien sûr, cela signifie aussi que ce que nous avons fait jusqu’ici n’était peut-être pas assez sincère.
— ……
En effet.
Qui n’a pas fait d’efforts ?
Mais si, malgré l’effort, les cieux n’ouvrent pas leurs portes,
que faire alors ?
— …Continuons les rituels.
— ……
— Si les cieux nous refusent une fois, tentons dix fois. S’ils refusent dix fois, alors cent. Si cent, alors mille… Continuons les rituels et demandons sans fin si c’est vraiment impossible…
Mon maître parla les dents serrées.
— Demandons si c’est vraiment là que tout s’arrête… !
— …Oui, Maître.
Je le regardai à mon tour, résolu, et hochai la tête.
Dès lors, nous allâmes partout, lisant les étoiles et tentant des rituels.
Bien sûr, chaque fois que nous entreprenions un rituel, des nuages s’amassaient et bloquaient l’énergie céleste.
Une fois, nous nous rendîmes même au mont Gugwol, à Yanguo, pour accomplir un rituel.
Le maître pensait que, puisque le sommet perçait la couche nuageuse, le rituel, là-haut, ne pourrait être couvert par les nuages.
Mais, même à un sommet plus haut que les nuages, des nuées spectrales apparurent dès que nous lançâmes le rituel.
Comme si les cieux, défiant les lois de la physique, refusaient de me laisser emprunter la voie de la cultivation.
Mon maître et moi parcourûmes de nombreuses montagnes et rivières illustres, choisissant sept étoiles parmi les vingt-huit, enchaînant les rituels.
Pendant ces rituels, j’appris aussi, par intermittence, de mon maître, ce qui concernait la 8e étoile du Raffinement du Qi..
La connaissance de la 8e étoile, le Chemin des Six Harmonies, consiste à appliquer les Six Harmonies — Ciel, Terre et Quatre Directions — au rituel, en stimulant la puissance spirituelle par cette méthode.
À ce stade, la formation des cultivateurs s’agrandit et leur puissance spirituelle emplit tous leurs méridiens, devenant beaucoup plus forte.
Hélas, les méthodes d’entraînement de la 8e étoile ne servaient à rien tant que la 7e n’était pas pleinement maîtrisée.
Je continuais donc à assimiler la théorie et l’illumination.
Entre-temps, je voyais aussi parfois Kim Young-hoon, apprenant des arts martiaux et incarnant l’illumination des Cinq Énergies Convergeant vers l’Origine.
Le temps passa.
Le jour fixé pour ma mort approchait.
— As-tu des questions sur les Cinq Éléments ?
— Pas aujourd’hui.
— Bien. Allons préparer le rituel.
Il ne me restait plus beaucoup de vie.
J’avais espéré que d’atteindre les Cinq Énergies Convergeant vers l’Origine prolongerait ma vie.
Mais, en consultant les livres des archives du clan Cheongmun, je compris que je mourrais vraisemblablement avec la même longévité qu’auparavant.
Récemment, mes progrès avaient été considérables.
J’avais compris la 9e étoile du Raffinement du Qi, l’Origine des Cinq Éléments, et pas seulement la 8e, le Chemin des Six Harmonies.
Bien sûr, je ne pouvais toujours pas pratiquer les méthodes de cultivation de la 9e étoile.
Mais, en termes de pure compréhension de la voie, j’étais au niveau d’un cultivateur à la 9e étoile.
Dernièrement, je pré-étudiais aussi des contenus relatifs à la 10e étoile, l’Unité des Quatre Images.
‘Malgré tout, le processus d’intégration des méridiens et des racines spirituelles des Neuf Palais en Deux Branches m’est hautement favorable.’
Il s’agissait surtout d’intégrer les méridiens : un domaine que je pourrais atteindre avec du temps.
— Commençons, le soleil se couche.
Avec mon maître, je lançai le rituel.
Bien sûr, encore une fois, des nuages s’amassèrent et bloquèrent l’énergie céleste.
— …C’est encore un échec.
— …Oui.
Mon maître hocha la tête et soupira doucement.
Encore.
Je ne comptais plus nos tentatives.
— Allons demain au Désert Foulant le Ciel et réessayons. Il semble que là-bas, les nuages se rassemblent plus tard…
— Maître.
— Hmm, qu’y a-t-il ?
J’ouvris la bouche à l’adresse de mon maître, qui tentait de sourire en rangeant les objets du rituel.
— …J’aimerais que nous ne fassions pas le rituel demain.
— Que racontes-tu ? L’énergie céleste sera présente demain dans le Désert Foulant le Ciel. Si ce n’est pas demain, alors quand…
— J’ai quelque chose à faire, Maître. Pourrions-nous le repousser, juste pour demain ?
— Hmm… Le prochain jour optimal pour le rituel est dans un mois. Pourras-tu revenir au clan Cheongmun d’ici là ?
À ces mots, j’esquissai un sourire amer et répondis :
— …Je reviendrai.
Dans vingt jours.
Ce jour-là était celui où je mourais à chacune de mes vies…
Le jour où ma longévité devait s’achever.
