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Chapitre 80 : Départ

Depuis l’aube, tous les membres du clan Lian se tenaient à l’entrée du village, attendant le départ de leur maitre et de sa compagnie. Lian Chengyu symbolisait la récolte d’une graine qu’ils avaient cultivé avec amour.

– « Le jeune maitre est sûr de gagner ! Son retour sera triomphant ! » Commencèrent à scander les membres du camp de formation.

Devant cette mascarade, Yi Yun était quelque peu honteux.

Les gens du village se prêtèrent au jeu et commencèrent à crier quelques mots : « Jeune maitre Lian, toute la tribu dépend de toi. » Tandis que des vieillards se prosternaient par terre et que la sorcière dansait sur des paroles incompréhensibles !

– « Braves gens, je ne vous décevrais pas. » Lian Chengyu se leva et serra aimablement quelques mains.

Il faut dire qu’il était élégant dans sa longue tunique blanche. Il donnait l’impression d’un jeune maitre d’une grande tribu. Pour les jeunes filles, sa confiance en lui combinée à sa gentillesse faisaient de lui le plus charmant des amants : « Jeune maitre Lian, nous attendrons votre retour ! » S’écrièrent-elles à l’unisson.

– « Ne vous inquiétez pas. Lorsque je rentrerai dans la ville et aurai mon propre terrain, je pourrai alors créer mon clan familial. Vous tous serez de la fête et deviendrez des citoyens à part entière de mon clan. » Le cœur des villageois débordait d’allégresse, il faut dire que Chengyu avait bien choisi ses mots.

Alors que Yi Yun demeurait apathique, il entendit une voix : « Yi…Yi Yun, tu dois travailler dur, Xiaoke attendra ton retour… »

Interpellé, Le jeune garçon se retourna et vit une petite fille passablement vêtue. Ses yeux en larmes, reflétaient l’admiration. C’était sa cousine, Zhou Xiaoke !

Il lui avait fallu beaucoup de courage pour crier le nom de Yi Yun, et ce malgré toutes ces jeunes filles qui scandaient le nom de Lian Chengyu.

– « Xiaoke! » Yi Yun lui fit signe de venir : « Ne t’inquiète pas, je reviendrai sain et sauf. »

– « d’accord » Dit-elle en hochant la tête.

– « Mon petit, ce n’est vraiment pas grave si tu ne réussis pas la sélection. Tu es jeune, et beaucoup d’autres opportunités s’ouvriront à toi. » Alors que Tante Wang criait, elle sortit une boulette de légumes de son panier : « Je t’ai préparé de quoi rassasier ton appétit, le trajet va être long ! »

Yi Yun fut touché par ce geste, car tante Wang n’avait pas grand-chose. Il descendit de son siège et prit ladite boulette. En échange, le jeune Yun lui donna un sac en tissu : « Tantine, n’ouvre pas ce sac avant ton retour à la maison. » Dit-il en sautant sur le dos du Béhémoth.

L’ambassadeur prononça quelques mots et l’animal se mit alors à avancer.

Tandis que Xiaoke disait au revoir, quelques femmes de la famille Lian, la regardèrent avec dédain : « Est-ce que tu connais ce gamin ? »

– « Ce ne sont pas tes affaires! » Dit-elle, mécontente.

Les femmes éclatèrent d’un rire déchaîné : « À coup sûr, cette gamine est folle de ce Yi Yun qui s’imagine que s’il part avec le Jeune Maître, c’est pour participer à la sélection! Est-il seulement conscient de sa force ? Décidément, le maître est trop bon! »

– « Le Jeune Maître veut emmener ce gamin ? Et après ? Il veut simplement lui apprendre la vie et l’utiliser à ses fins. Il ne sera jamais qu’un autre homme de main. Vous imaginez-vous que ce gamin réussira la sélection ? » Se disaient-elles.

Étant de la même famille que le jeune Chengyu, si ce dernier réussissait dans son entreprise, elles en tireraient de grands bénéfices.

Alors que les femmes ridiculisaient Zhou Xiaoke, l’une d’entre-elles s’en était prise au sac que Yi Yun avait donné.

Tante Wang demeura un moment figée sur place puis ravala sa salive, et éloigna le sac qu’elle tint serrée contre elle.

Sur ce, la mère et fille ignorèrent les invectives de ces femmes et retournèrent tranquillement chez elles. Ce n’est qu’après avoir verrouillé la porte que tante Wang sortit le sac en tissu, et le plaça avec soin sur la table, dans la pièce principale.

– « Maman, qu’a donné cousin Yun ? » demanda Xiaoke, le regard contemplatif !

Les mains tremblantes, Tante Wang s’apprêtait à ouvrir le sac au contenu généreux. À travers le tissu, elle ressentait la texture et l’odeur d’une chose que jamais elle n’aurait pensé pourvoir obtenir. Elle prit une profonde inspiration et déballa lentement le paquet.

Le cœur de tante Wang sauta un battement, tandis que Xiaoke regardait éberluée!

C’était un poulet, un merveilleux poulet rôtit. Il était doré et parfumé, croustillant à l’extérieur et tendre à l’intérieur.

– « C’est… C’est… » Xiaoke en ravala sa salive : « Cousin Yun a donné ça ? »

– « Oui… ton cousin nous a donné ça… » Tante Wang fixait l’animal d’un air dubitatif. Comment Yi Yun avait-il fait pour se procurer ce poulet rôti qui, à l’évidence, avait été savamment cuisiné ? L’odeur de la peau lui était familière. C’était du miel. Elle se rappela en avoir trouvé par hasard dans les montagnes, il y a longtemps : « Du poulet rôti au miel. Comment mon petit Yun l’a-t-il obtenu ? »

La salive de Xiaoke s’écoulait même sur la table : « Maman, je peux en avoir ? »

Tante Wang toucha la tête de sa fille avec un doux sourire : « Bien sûr que nous allons le manger. »

C’est alors que tante Wang arracha une cuisse du délicieux animal : « Mange-la vite. Nous finirons le reste quand ton père rentrera. »

– « Oui maman! » Xiaoke se dépêcha d’en pendre une bouchée, et une autre… C’était si délicieux. Un met que la petite fille ne pourrait jamais oublier…

« Cousin Yun est si bon. » pensa-t-elle, allègrement.