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Chapitre 62 : Bouc Émissaire

Pendant ce temps, dans le domaine du Patriarche…

En apprenant la nouvelle, Lian Chengyu réduisit en miettes la tasse qu’il tenait à la main.

– « Quoi!? Cette chienne s’est enfuie ? »

Le thé chaud éclaboussa et fit sursauter Zhao Tiezhu. Pourquoi son maître régissait-il si violemment ?

Si Lian Chengyu était quelqu’un de dur, il souffrait d’un complexe d’infériorité. Il pouvait se montrer faiblard devant les élites mais face aux pauvres gens du clan, il ne laissait rien passer qui puisse affecter sa fierté.

Bien qu’il ait jeté son dévolu sur Xiaorou, nul n’était au courant. C’était comme si un Empereur, ayant un faible pour une jeune fille de la cour, se contentait de lui rendre visite sans jamais la poursuivre de ses assiduités. Comment une pauvre fille du peuple aurait-elle été digne de son intérêt ?

– « Va-t’en! » Dit-il avec un signe de la main, le regard sombre en pensant : « Cette chienne est têtue, elle préfère fuir et mourir que de m’appartenir! »

L’une des raisons pour laquelle Lian Chengyu était en colère, c’est qu’il ne voulait pas perdre   une fille au caractère aussi fort mais aussi à la beauté exceptionnelle.

La seconde et principale raison était que Chengyu, qui vivait des ressources de ce pauvre clan, avait toujours obtenu ce qu’il voulait. Or, il avait dû se rabaisser pour se procurer auprès d’une plus grande tribu un objet de mauvaise qualité. D’où son désire intense d’obtenir ce qui n’était pas à lui. Quant à ce qui lui appartenait, il ne fallait surtout pas y toucher.

Pour lui, Jiang Xiaorou appartenant au clan, elle était donc sa propriété!

« Cette chienne est peut-être déjà morte. » Pensa-t-il.

Il fallait avoir beaucoup de courage, à quinze ans, pour s’échapper dans le désert. C’était littéralement suicidaire. Par ailleurs, ne sachant pas dans quelle direction chercher, il ne pouvait envoyer personne sans risquer de faire des morts. Cela n’en valait vraiment pas la peine!

Peu de temps après, Lian Chengyu reçut d’autres nouvelles.

Les hommes à qui il avait donné des pilules étaient tombés malades! Ces gens étaient tous des soutiens de famille qui avaient accepté de raffiner l’os dans l’espoir d’obtenir davantage de nourriture pour les leurs. Mais Chengyu avait mal évalué la durée d’action du produit.

Ces piliers, devenus extrêmement faibles et qui crachaient le sang, n’étant plus là pour leur procurer de la nourriture, bon nombre de gens étaient déjà morts de faim ou de froid, à commencer par les malades et les plus âgés.

Déjà qu’il était difficile de s’en sortir avec, dans la famille, un homme résistant, privés de celui-ci, qu’allait-il advenir de ces gens ?

Ces hommes ayant perdu toute valeur à ses yeux, il trouva inutile de gaspiller le reste de nourriture pour eux, préférant la garder pour ceux qui prendraient la relève au raffinage de l’os!

La relève était de moins bonne constitution, mais peu lui importait, car le raffinage touchait presque à sa fin!

Même si les dirigeants du clan étaient terriblement froids et sans cœur, les gens, qui ne connaissaient pas la vérité, restaient persuadés que tout était la faute de Yi Yun.

Désespérées, les familles des hommes valides se rendirent au domaine du Patriarche, dans l’espoir de recevoir de la nourriture ainsi que les fameuses pilules miracles.

Mais les instances supérieures rejetèrent leurs demandes, estimant qu’il valait mieux garder ces ressources à des fin plus utiles.

Zhao Tiezhu jeta sur eux un regard dédaigneux.

Il avait été autrefois un membre de cette communauté de miséreux mais se considérait désormais comme anobli. Il était à présent serviteur de celui qui allait bientôt devenir un grand guerrier, voire un “Chevalier du Royaume” de Taïa, ce qui n’était pas peu dire!

Le chien de garde de la maison d’un premier ministre ayant un statut équivalent à un officiel de troisième rang, lorsque Zhao Tiezhu y parviendrait, il aurait du succès et pourrait s’offrir de multiples épouses. Comment pouvait-il se mêler à ces pauvres parasites ?

– « Pourquoi tant de vacarme ? Vous voulez encore des pilules ? Croyez-vous que nous en ayons assez ? Connaissez-vous au moins le coût de raffinage d’un remède miracle ? » Dit-il en regardant ces femmes et ces enfants.

Voyant que ses paroles avaient porté leurs fruits, il se sentit puissant, comme faisant partie des élites :

– « Pour parler franchement, toutes vos vies de paysans réunies ne valent pas ce remède!  De la nourriture ? Des remèdes miracle ? Et puis quoi encore ?! La tribu a déjà sauvé vos hommes une fois, il n’y aura pas de seconde chance! Vos hommes ont été infectés par la peste et nous n’y sommes pour rien. Le seul responsable est ce sale vaurien de Yi Yun. Même mort, ce bâtard continue à nous nuire! »

C’est alors qu’une voix mesquine se fit entendre :

– « Le soldat Zhao a raison. Ce Yi Yun nous a jeté le mauvais sort! »

C’était Cuihua qui, profitant de la situation, s’était mêlée à la foule pour mieux la manipuler.

– « Nous avons gentiment accueilli cette séductrice et son frère au moment où ils en avaient le plus besoin et leur avons offert le gîte et le couvert. Non seulement, ils ne nous ont jamais remboursé, mais ils ont apporté le malheur sur notre clan! » Cria Lian Cuihua.

Dans un total désarroi, ces familles étaient incapables de discerner le vrai du faux.

– « Villageois, allons brûler leur maison afin que s’il leur prenait l’idée de revenir, ils meurent de faim et de froid! Par ailleurs, c’est aussi une forme d’exorcisme! » 

Cuihua sauta sur l’estrade, ôta son manteau et l’agita comme s’il s’agissait d’un drapeau.

Dans la confusion la plus totale, même très en colère, certains n’avaient pas le cœur à le faire. Mais les autres, tel un troupeau, suivirent Cuihua jusque devant la maison de Xiaorou et tels un seul homme, lancèrent leurs torches sur la hutte délabrée

Leurs flammes s’élevèrent jusqu’au ciel et crépitèrent comme des démons enragés!

Le jeune Chengyu regardait la scène de loin. Ce qui se passait lui importait guère, le plus important pour lui étant de retrouver Xiaorou.

Il regarda Zhao Tiezhu et dit calmement :

– « Donnez l’ordre pour le raffinage et quand vous irez chasser, si jamais vous rencontrez Jiang Xiaorou, amenez-la-moi, il y aura une récompense. »

– « Ce sera fait maître, je puis vous l’assurer! » Répondit le subalterne en tournant des talons.