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Chapitre 221 — Tuer Ouyang Dihua

Lin Ming plissa les yeux et, d’un claquement de doigts, l’Aiguille du Serpent Dragon vola en avant dans un bruit de sifflement tel un éclair. La fine aiguille métallique traversa l’espace et trancha les avant-bras d’Ouyang Dihua avec une vitesse incroyable !

Ses deux mains furent déchirées en lambeaux et ses poignets brisés en deux, ne laissant que deux moignons ensanglantés. L’énergie déployée par l’impact le projeta dans les airs avec sa pile de Perles du Tonnerre de Feu.

« Aah ! » La douleur le faisait crier à l’agonie. 

Lin Ming sourit froidement et fit un geste de la main. D’un seul coup, une tornade se forma et rassembla l’ensemble des perles. Le vent tournoyait en les maintenant dans les airs. Il y en avait au moins une vingtaine.

Ouyang Dihua, de son côté, s’écrasa au sol en gémissant misérablement.

Il avait complètement perdu l’usage de ses avant bras, quant à la partie supérieure de ceux-ci, du coude à l’épaule, elle était encore ravagée par des étincelles de foudre et parfaitement carbonisée.

Zhang Fengxian sentit les dernières flammes d’espoir qui lui restaient s’éteindre comme des braises emportées par le vent. Il ne manquait pas de ressources et n’était pas du genre à se laisser impressionner, mais à cet instant précis, ses jambes tremblaient frénétiquement. Cela faisait si longtemps qu’il dirigeait l’association de l’Union Commerciale qu’il n’aurait pas su dire le nombre de personnes qu’il avait lui-même condamnées à mourir. Mais maintenant qu’il se trouvait à son tour confronté à la mort, un sentiment d’effroi incontrôlable s’était emparé de lui.

Plus un homme était haut placé dans la société, plus il craignait la mort. En tout cas, il en était ainsi de Zhang Fengxian. Il bénéficiait d’un pouvoir absolu depuis plusieurs décennies et jouissait d’un statut prestigieux et admiré. Statut qui lui apportait richesses, femmes et trésors. Lesquels le raccrochaient à la vie et lui faisaient craindre la mort.

Ce jeune homme qui flottait dans les airs ressemblait à un vrai démon. Sa force était telle qu’il se permettait de jouer avec eux tandis qu’il les tenait dans la paume de sa main. Toute résistance serait inutile face à lui.

Lin Ming déploya sa force d’âme autour des Perles du Tonnerre de Feu et les attira toutes à lui.

« Je savais que tu possédais des Perles du Tonnerre de Feu, dit-il avec un sourire provocateur. Pourquoi t’aurais-je laissé l’opportunité de les utiliser ? »

Ouyang Dihua était étendu sur le sol, anéanti. Sans ses bras, il ne pouvait pas se redresser, mais il tenta péniblement de relever la tête. Du sang coulait de ses lèvres.

« Toi… attends un peu que mon oncle vienne me venger… tu finiras par l’implorer de te tuer !

     — Ton oncle ? ricana Lin Ming, moqueur, en atterrissant face à lui. Et comment découvrira-t-il que je t’ai tué une fois que j’aurais effacé toutes les traces ? Toi, un maître au milieu de la Condensation de l’impulsion éliminé au cœur des quartiers généraux de l’Union Commerciale, à quelques dizaines de mètres à peine de ses gardes du corps, sans que personne ne remarque rien. Crois-tu vraiment que ton oncle puisse me soupçonner d’avoir réalisé pareil ‘exploit’ ? Tout le monde pensera que tu as été assassiné par un maître Xiantian ! »

Il ne s’en serait jamais pris à Ouyang Dihua aujourd’hui s’il n’était pas convaincu qu’on ne le soupçonnerait pas.

« J’avais notifié au bureau d’enregistrement de la Maison Martiale que je m’absentais pour deux mois. C’était il y a déjà un mois et demi de cela. Une fois que je t’aurai tué, j’attendrai donc deux semaines avant de réapparaître en ville. Comment veux-tu qu’on me soupçonne de quoi que ce soit ? Il est de notoriété publique que nous ne sommes pas vraiment amis, mais de là à savoir que nous cherchions respectivement à nous tuer… »

Tout en parlant, Lin Ming ramassa l’anneau spatial d’Ouyang Dihua et l’agita devant lui.

Bouillonnant de rage, ce dernier cracha soudainement du sang. La plupart de ses méridiens étaient déjà brisés ; non pas directement à cause de Lin Ming, mais par lui-même sous les effets de la colère.

Un esprit calme et apaisé, baigné de pensées agréables, permettait de progresser deux fois plus rapidement et avec moitié moins d’efforts. À l’inverse, une colère trop intense finissait par s’accumuler dans les méridiens et pouvait même les endommager.

Au plus vous étiez arrogant, au plus votre cœur risquait d’être rongé par la haine. Certaines histoires racontaient comment des génies prometteurs s’étaient laissés emporter par leur colère, jusqu’à en mourir. Bien qu’encore vivant, Ouyang Dihua n’en était pas moins plein de ressentiment à l’égard de Lin Ming, a un tel degré que cela le rongeait physiquement.

Ling Ming secoua légèrement la tête en le regardant. Vu son état, il était plus qu’improbable qu’il lui révèle quoi que ce soit sur l’identité du faux Qin Ziya. Mais au même moment, Zhang Fengxian qui attendait sur le côté prit soudainement la parole : « Jeune Héros Lin, je sais qui s’est fait passer pour Maître Qin et s’est joué de vous !

     — Mm ? fit Lin Ming étonné en se retournant pour le regarder. Vous connaissez son identité ? »

L’intense aura meurtrière qui émanait de ses yeux était pareille à un couteau tranchant. Dès que son regard se posa sur Zhang Fengxian, celui-ci sentit son cœur vaciller et il fit un pas en arrière. Il déglutit nerveusement et répondit en tremblant : « Je ne sais pas exactement pour dire vrai, mais je suis presque sûr de moi !

     — Dites-moi, je vous écoute.

     — Je… je vais vous le dire, mais une fois que ce sera fait, je vous implore de me laisser partir. »

Zhang Fengxian s’effondra à genoux en prononçant ces mots. Vu son statut, il se contentait d’incliner respectueusement la tête à la vue de l’empereur du royaume. Pourtant, il venait presque de se prosterner devant un jeune homme ! L’état misérable dans lequel se trouvait Ouyang Dihua avait eu vite fait d’emporter toute réticence. C’est sa vie qui était en jeu ici ! Puisque Lin Ming osait s’en prendre aussi sauvagement au neveu d’un aîné des Sept Profondes Vallées, il n’hésiterait pas un seul instant face à lui.

Il n’existait rien de plus fort et de plus irrépressible que l’instant de survie, le désir de vivre quand une personne se retrouvait acculée, dos au mur. Que ne ferait-on pas pour sauver sa vie dans une situation pareille ? Combien seraient capables de faire face à la mort sans la moindre peur ? Lorsque confrontés à l’imminence de leur fin, la plupart des gens étaient prêts à tout abandonner pour essayer de s’en sortir, aussi infimes que soient leurs chances. La dignité, l’honneur, l’éthique et tous ces grands principes perdaient toute valeur aux yeux des hommes dans ces moments-là.

« Oh ? Pensez-vous vraiment être en position de négocier quoi que ce soit ? » La voix de Lin devint brusquement glaciale.

Zhang Fengxian s’empressa de secouer la tête.

« Je n’oserais pas, mais Jeune Héros Lin, laissez-moi la vie sauve, par pitié ! Je vous donnerai cent millions de taels d’or ! Je mettrai l’ensemble de l’Union Commerciale à votre service ! Vous pourrez tout avoir par mon intermédiaire, des matériaux rares, des herbes, des plantes, des remèdes précieux, des serviteurs et des concubines, tout ce que vous souhaiterez ! Et je peux vous assurer que l’Union Commerciale dispose du plus vaste réseau d’information du royaume, largement supérieur à celui de la famille royale ! »

Cent millions de taels d’or ?

Ling Ming écarquilla les yeux. Le montant total des impôts levés chaque année à travers le royaume avoisinait vingt à trente millions de taels d’or. La richesse de l’association de l’Union Commerciale était tout bonnement indécente.

Inquiet que Lin Ming puisse refuser, Zhang Fengxian reprit : « Jeune Héros, si vous n’avez pas confiance en moi, vous n’avez qu’à m’emprisonner loin des regards. Ce n’est qu’une question de temps avant que vous n’atteigniez le Xiantian vu votre talent. Et une fois que vous serez au Xiantian, ma vie vous appartiendra entièrement ; je n’oserai jamais vous trahir ! »

Tout cela commençait à être tentant, mais le laisser vivre représentait un trop grand danger. Lin Ming ne voulait pas s’encombrer inutilement d’un tel risque.

« Commencez déjà par me dire qui, d’après vous, s’est déguisé en Maître Qin de la Maison Martiale, commanda-t-il.

     — Vous ne me tuerez pas, Jeune Héros ? demanda Zhang Fengxian d’une voix chevrotante.

     — Je ne vous tuerai pas. »

Une lueur d’espoir traversa les yeux de Zhang Fengxian. Il s’apprêtait à lui demander de faire un serment sur son cœur des arts martiaux, mais à ce moment-là, Lin Ming se retourna brusquement et frappa Ouyang Dihua à la poitrine avec la paume de sa main.

La Paume qui Morcèle le Cœur !

Ouyang Dihua trembla pendant quelques secondes, avant que toute la véritable énergie qui lui restait ne s’échappe de son corps comme un ballon de baudruche qui se dégonfle. Sa cultivation martiale s’était évanouie en un clin d’œil.

Ses forces l’abandonnèrent, ses yeux se voilèrent. À ce stade, il semblait plus mort que vivant.

Lin Ming retira sa paume et dit froidement : « Je ne te laisserai pas te suicider en faisant imploser ce qu’il reste de tes méridiens. »

Un élan de peur gagna Zhang Fengxian qui observait sur le côté. Lin Ming venait d’anéantir la cultivation martiale d’Ouyang Dihua d’un seul geste, l’empêchant de se suicider. Ce jeune homme était un démon !

« Eh ! bien, avez-vous pris le temps de réfléchir ?

     — Pitié ! Je vais parler, je vais parler ! » Zhang Fengxian perdit toute velléité pour exiger un serment. Cela risquait de froisser Lin Ming, et qui sait ce qui lui arriverait dans ce cas-là ?

« Il s’agissait sûrement du Maître Adjoint Bi Luo de la Maison Martiale des Sept Véritables, continua-t-il. Il appartient à la Faction Mirage et c’est probablement le meilleur illusionniste du royaume. En plus de cela, Ouyang Dihua et lui s’entendent particulièrement bien et je crois savoir que ses relations avec Maître Qin sont assez conflictuelles. C’est lui qui vous a piégé, j’en mettrai ma main à couper ! »

Zhang Fengxian était particulièrement bien renseigné grâce à sa position de Président de l’Union Commerciale. La plupart des gens ignoraient complètement l’identité de Bi Luo.

« Bi Luo ? Je vois, c’était donc lui. Quel niveau de cultivation a-t-il ?

     — Probablement à la moitié du Houtian.

     — Mm, merci. Maintenant, donnez-moi votre anneau spatial.

     — D’… d’accord. »

Zhang Fengxian ôta son anneau spatial en tremblant et, alors qu’il le tendait à Lin Ming, se figea brusquement. Ses yeux s’ouvrirent en grand en plongeant dans ceux de Lin Ming, dont les pupilles avaient disparu, laissant la place à deux vortex noirs qui tourbillonnaient doucement. On aurait dit qu’ils contenaient une noirceur infinie, un vide incommensurable.

Zhang Fengxian sentit son âme lui être comme arrachée. Une myriade de scènes chaotiques apparurent dans son esprit, à travers lesquelles il vit d’innombrables visions de sa vie. Parfois jeune et vaillant, parfois vieux et éreinté ; au faîte de sa gloire aussi bien que réduit à mendier dans les rues.

Toutes ces expériences de vies se transformèrent en une multitude de fragments, tournoyant dans son esprit et formant une violente tempête dans sa mer spirituelle à mesure que leur nombre augmentait. Il se mit à trembler violemment et son esprit céda rapidement, se brisant en morceaux. Ses yeux se dilatèrent et son regard se perdit dans le lointain. C’était devenu un parfait imbécile, incapable de penser.

Lin Ming ne s’arrêta pas là. Il maintint son inspiration martiale Samsara jusqu’à ce que la mer spirituelle de Zhang Fengxian ne puisse plus être brisée davantage, jusqu’à ce qu’il ne reste plus la moindre trace de conscience dans son esprit.

Paf !

Il s’effondra au sol, les yeux grands ouverts et le regard perdu dans l’immensité du ciel. Un mince filet de sang coulait de ses paupières, mais plus effrayant encore, ses pupilles s’étaient volatilisées, ne laissant apparaître qu’un blanc vitreux.

Alors, seulement le Samsara de Lin Ming s’estompa.

« Vis donc ! puisque j’ai dit que je ne te tuerai pas. Tu reposeras en paix au fond d’un lit pour le restant de tes jours. »

Il se tourna ensuite vers Ouyang Dihua et l’Aiguille du Serpent Dragon apparut une nouvelle fois au bout de ses doigts.

« Un dernier mot ? »

L’intéressé ne l’entendit même pas. Il était étendu au sol, inerte.

« Alors meurs ! »

L’Aiguille métallique vola en avant et s’enfonça dans son corps, brûlant chaque recoin. Il ne reste bientôt plus de lui que des cendres éparses.

Lin Ming fit un geste de la main et une brise légère les emporta au loin. Ensuite, il prit soin d’absorber tout le pouvoir du tonnerre encore présent dans l’air et mit de côté les deux anneaux spatiaux.

Il était désormais temps de désactiver la Perle des Songes. L’illusion mettait quelques secondes à disparaître complètement, ce qui lui laissait tout juste le temps de s’en aller.

D’épais flocons de neige virevoltaient dans le ciel hivernal. Lin Ming contint les fluctuations de sa véritable énergie à l’intérieur de son corps grâce au ‘retour à l’origine’ et quitta l’association de l’Union Commerciale sans éveiller la moindre attention. Seul un maître Xiantian aurait été capable de remarquer sa présence dans ces conditions.

« Milieu du Houtian, Maître Adjoint Bi Luo de la Maison Martiale des Sept Véritables… » murmura-t-il avec mépris. 

Son jugement fut sans équivoque, ce serait la peine capitale !