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Chapitre 43 : Quand une joie extrême tourne au chagrin

Barnas, Ojwin, Hanbritt et Gatenby regardaient fixement, bouche bée et yeux écarquillés.

Ils avaient assisté à la bataille qui venait de se dérouler et où, face à Beyrut, Adkins avait l’air d’un enfant incapable d’opposer la moindre résistance. Le plus monstrueux, c’était que Beyrut était totalement indemne malgré la puissante attaque subie.

« Amusant, très amusant », pensa Beyrut qui reprit à grande vitesse la direction de son château métallique dans le Nord. En fait, il s’était depuis longtemps préparé à cet affrontement.

« Ouf… », soupirèrent Ojwin et ses comparses.

Heureusement, Beyrut n’avait pas prêté attention à eux, sans quoi, même réunis, ces quatre n’auraient pas pu résister à un seul coup de son bâton.

« C’est terrifiant ! » Pensa Hanbritt.

Barnas baissa les yeux vers les deux corps sans tête et alla se poser près d’Adkins avec lequel il était étroitement lié, en proie à une profonde angoisse :

– « Jeune maître! »

Soudain, les yeux d’Ojwin s’illuminèrent : il venait de s’apercevoir que le clone de Lumière d’Adkins portait encore au doigt son anneau.

– « L’anneau interspatial! Il contient une Étincelle Divine de niveau Dieu Supérieur ! »

Or Ojwin rêvait justement d’en devenir un ! La chance semblait lui sourire.

« C’est peut-être une étincelle d’affinité Lumière », pensa-t-il. Il regarda Gatenby et Hanbritt et tous trois échangèrent un regard de connivence.

Chacun savait ce que les autres pensaient. Des quatre subalternes, seul Barnas n’était pas intéressé par l’Étincelle Divine, incompatible avec lui.

« Hanbritt, Gatenby, vous pensez à ce que je pense ? » Demanda-t-il par le biais de son sens divin.

Une lueur d’amusement passa dans les yeux de ses deux acolytes.

– « Oui, mais nous allons d’abord devoir nous occuper de Barnas, qui est très puissant, sans quoi jamais nous ne pourrons récupérer cet anneau », répondit télépathiquement Gatenby.

– « Très bien, unissons nos forces et nos pouvoirs, tuons-le et voyons de quel type est cette Étincelle Divine. Celui qui l’aura sera celui à qui elle conviendra », dit hanbritt, proposition que les deux autres approuvèrent aussitôt.

Tous trois échangèrent un regard et amorcèrent leur descente.

– « Seigneur Adkins! » S’écria Gatenby feignant un ton légèrement angoissé.

– « Remettez-vous, Monsieur Barnas », ajouta Hanbritt.

Terriblement affecté, cet homme, qui n’avait aucune idée de ce que tramaient les trois autres, revivait toutes ces années passées avec Adkins. Des larmes coulaient sur son visage.

– « Allons-y ! » Ordonna Ojwin par le biais de son sens divin.

Chacun fit apparaître son arme et dans la seconde qui suivit, les trois Dieux se précipitèrent sur Barnas, sans retenue, le regard meurtrier.

Ce dernier, qui avait perçu leur terrifiante aura, prit soudain l’apparence d’un éclair et s’envola au loin. Malheureusement, aussi rapide que puisse être un expert, il faut un temps d’accélération. Les trois autres, qui avaient déjà atteint leur pleine vitesse, le prirent en tenaille.

– « Mais que faites-vous ? » Hurla-t-il, furieux, dans l’esprit des trois Dieux, tout en se tournant vers eux sans cesser de voler.

Aussitôt, ses trois adversaires lancèrent à pleine puissance une épée verte lumineuse, un éclair de lumière sacrée et une lame de guerre à l’aura destructrice et réduisirent en poussière les arbres qui poussaient là depuis d’innombrables années. La terre elle-même s’effondra.

– « Vermines! » S’écria Barnas, qui, en homme intelligent, comprit immédiatement leurs intentions.

Comme il n’avait plus aucune chance de s’enfuir, il serra les dents, prit l’apparence d’un éclair de lumière, sortit sa Lance de Cortez – un artefact de niveau Dieu Supérieur – et en frappa Gatenby dans l’espoir de créer une brèche et de pouvoir s’enfuir, sauvant ainsi sa vie.

Mais comment Ojwin et les deux autres l’auraient-ils laissé faire ?

Ils se jetèrent à trois sur lui.

On aurait dit que la terre n’était plus qu’un lac ondoyant et, dans un rayon de mille mètres, rochers, arbres et Créatures Magiques furent réduits en cendres. La poussière volait encore que déjà, la bataille était terminée. La vue assombrie, Barnas suivit le même chemin qu’Adkins et s’écroula sur le sol, aussitôt suivi de Gantenby dont la poitrine était transpercée.

La Lance de Cortez, en effet, était également capable d’offensive spirituelle et bien qu’ayant subi les coups combinés des trois Dieux, Barnas, qui était le plus fort de tous, avait réussi à abattre le plus puissant des trois.

Ojwin et Hanbritt en tremblaient.

Tandis que la poussière peu à peu retombait, tous deux se regardèrent et se dirent qu’ils avaient eu de la chance car si c’était l’un d’entre eux qui avait été frappé, il n’aurait pas été en mesure d’esquiver.

– « Voyons à qui correspond cette Etincelle Divine », dit Ojwin en souriant.

– « Entendu, mais que pensez-vous de remettre la Lance de Cortez à celui qui n’aura pas eu l’étincelle ? »

– « Entièrement d’accord ! » Répondit Ojwin en riant.

Alors que les deux corps privés de tête d’Adkins, celui de Gatenby et celui de Barnas gisaient sur le sol, Ojwin et Hanbritt discutaient joyeusement de la répartition des acquis.

– « Lequel d’entre nous va lier l’anneau interspatial avec son sang pour que nous puissions en retirer l’Étincelle Divine ? » Demanda Ojwin.

– « Je vous fais confiance », répondit Hanbritt. « Faites-le. »

Ojwin hocha la tête et s’approcha du clone de Lumière d’Adkins. Mais au moment même où il passait devant son comparse, une froide lueur passa dans les yeux de ce dernier :

« Préparez-vous à mourir », pensait-il. « L’étincelle et l’artefact me reviennent ! »

De toute sa puissance, il attaqua Ojwin mais chose étrange, alors qu’il passait à l’action, son adversaire, tel un rayon de lumière, recula et le frappa de sa grande épée. Tous deux furent stupéfaits de constater qu’ils avaient eu la même idée.

– « Tout est à moi ! » Hurla Ojwin, furieux.

Épée en avant, chacun se précipita vers l’autre. Durant un instant, leurs regards meurtriers qui semblaient dire : c’est vous ou moi, se croisèrent.

L’épée de lumière verte et l’autre, qui émettait une lumière sacrée, entrèrent en collision. La lumière bleue trembla : on aurait dit que l’espace se déchirait. L’une de ses fissures s’étendant en direction d’Ojwin, celui-ci battit en retraite mais trop tard. Son corps explosa et sa tête vola au loin en éclatant d’un rire tonitruant.

Hanbritt retomba sur le sol, mort.

Entraîné aux Lois Élémentaires du Vent, celui-ci ne connaissait pas grand-chose aux attaques spirituelles, ses offensives les plus puissantes étant plutôt de nature Dimensionnelle. S’il avait grièvement atteint Ojwin, le coup d’épée de ce dernier, de nature spirituelle, avait détruit son âme.

De ces quatre puissants Dieux, il ne restait donc plus qu’Ojwin.

« Enfin, j’ai réussi », pensa celui-ci, si excité que son visage en tremblait tandis que sa tête flottait en direction du corps d’Adkins.

Puis son corps se mit à repousser et sitôt qu’il fut à nouveau en possession de ses bras, comme il ne pouvait plus attendre, il prit une goutte de sang et l’envoya sur l’anneau interspatial qui l’absorba tel une éponge.

« C’est certainement une étincelle d’affinité Lumière », pensait-il. « Il le faut ! »

Extrêmement nerveux, il serra les dents, s’empara de l’anneau, récupéra l’étincelle qui se trouvait à l’intérieur et la regarda fixement : c’était une Étincelle Divine noire qui émettait une lumière blanche.

– « Une étincelle d’affinité Lumière ! Lumière ! C’est bien ça ! » S’écria-t-il en tremblant d’enthousiasme. Il était si heureux qu’il fondit en larmes : « Cela valait le coup, Adkins, de supporter aussi longtemps votre joug ! Je vais enfin pouvoir devenir un Dieu Supérieur ! Oui, un Dieu Supérieur ! Kingsley, mon fils, ton père va enfin pouvoir te venger ! »

Il avait les yeux flamboyants et son corps avait retrouvé son apparence.

Ojwin regarda le trésor qu’il avait en mains. Depuis Gebados, il attendait ce jour avec impatience.

Plein d’espoir pour l’avenir, il versa une goutte de sang sur l’étincelle qui, aussitôt, se fondit dans son corps. Mais soudain…

Ojwin blêmit et se retourna : deux yeux d’or sombre le fixaient. Il reconnut alors Sang Pourpre et l’épée adamantine qui émettait une lueur d’un bleu sombre.

« Linley! » Pensa-t-il aussitôt.

Il venait de subir deux combats à mort, il ne lui restait plus que dix pourcents de son énergie spirituelle et il n’avait pas encore fusionné avec son Étincelle Divine de niveau Dieu Supérieur. Son corps n’étant pas totalement régénéré, il serait beaucoup moins rapide.

Il n’avait donc pas le temps de fuir.

Linley plongea sur lui, ses deux épées en avant.

– « Vous cherchez la mort ! » Pensa Ojwin avec un rictus.

Fuir ? Mais pourquoi ? Après tout, Linley n’était qu’un Demi-Dieu.

Sans hésiter, il dressa son épée au pouvoir spirituel vers Sang pourpre, comme l’avait fait jadis Anras. Expérimenté, il savait que cette épée était une arme extraordinaire. Au moment où les deux armes entraient en collision, il fit un bond en arrière pour éviter l’épée adamantine.

C’est alors qu’une silhouette d’épée jaune jaillit comme un éclair de la lourde arme et pénétra droit dans le corps d’Ojwin. C’était la technique en vue de laquelle il avait édifié son pouvoir : l’Épée du Vide Pulsatile, son attaque la plus puissante, issue de la fusion entre la Pulsation du Monde et l’Essence de la Terre.

– « Non… »

Ojwin écarquilla les yeux et, sans avoir le temps d’éprouver peine ou regret, il s’effondra sur le sol. Alors qu’il avait enfin la chance de devenir un Dieu Supérieur, de mener la vie qu’il souhaitait et, même dans le Royaume Infernal, d’être considéré comme un expert de renom…

« En termes d’attaques spirituelles, vous êtes bien loin d’arriver à la cheville du Dieu qui a tenté de m’assassiner sur le Mont du Gong de Cuivre », dit Linley en regardant le cadavre.  « Tout ça pour une étincelle de niveau Dieu Supérieur ? »

Il jeta un coup d’œil aux autres cadavres et récupéra artefacts, Étincelles Divines et anneaux interspatiaux.

Seul Ojwin, incrédule et désespéré au moment de sa mort, gardait les yeux grands ouverts. Lui qui, un instant plus tôt, était si enthousiaste à l’idée de l’avenir qui l’attendait, était mort sans comprendre ce qui lui arrivait.