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Chapitre 42 : La puissance de Beyrut

Ayant reçu une réponse positive, Adkins se relâcha et toutes sortes de rêves envahirent son esprit. « Si je parviens à acquérir un artefact voire une de ces légendaires étincelles qui me permette de devenir un puissant Souverain, alors je… »

Le simple fait d’y penser lui faisait bouillir le sang.

Mais soudain, Beyrut fronça les sourcils :

– « Attendez… Demain, ce n’est pas possible. »

– « Pardon ? Et pourquoi ? » Demanda aussitôt Adkins, agité.

– « J’avais totalement oublié que Feu Bleu est en train de reconstruire sa terre natale. Son clone d’affinité Terre étant entièrement concentré sur cette tâche et son clone de type Feu occupé à monter la garde, il ne peut disperser son attention pour le moment. À en croire la vitesse à laquelle vont les choses, je pense qu’il a encore besoin de quelques jours. Que diriez-vous d’attendre dix jours et d’y aller ensemble ? »

 « C’est précisément là le problème », pensa Adkins. « Je ne veux pas que Feu Bleu s’y rende car s’il le fait, jamais je ne pourrai rivaliser avec lui! »

– « Seigneur Beyrouth », commença-t-il avec franchise – le simple fait qu’il l’appelle Seigneur témoignant de l’importance qu’il attachait aux trésors de la nécropole – « À mon avis… Feu Bleu n’a pas besoin d’entrer dans la Nécropole des Dieux. Ne pourrions-nous pas y aller vous et moi ? »

Il allait droit au but, car le moment venu, il serait le seul à entrer dans les lieux et n’aurait aucun rival.

Beyrut le regarda, un léger sourire aux lèvres. On aurait dit qu’il avait compris :

– « Alors c’est cela que vous vouliez, Adkins ? Ne croyez-vous pas que votre rêve est un peu trop idyllique ? Si je vous laisse y aller seul, certes vous pourrez acquérir des trésors mais en quoi cela me sera-t-il profitable ? Je risque même d’offenser Feu Bleu. Pensez-vous que je sois devenu sénile au point de ne plus savoir qui, d’entre lui et vous, est le plus important ? » 

– « Vous faites erreur, Seigneur Beyrut », répondit Adkins avec un sourire obséquieux. « Certes, Feu Bleu est plus puissant que moi. S’il s’y rend, il ramènera au moins un artefact Souverain. Imaginez qu’il trouve une Étincelle de même niveau! Vous connaissez son tempérament : jamais il ne se soumettra à vous. Reconnaissez que vous ne vous sentez pas de taille à affronter Feu Bleu doté d’un artefact Souverain! »

Beyrut se contenta de rire.

– « Mais moi, je ne suis pas comme lui. N’hésitez pas à me faire part de vos requêtes, Seigneur Beyrut. »

À ces mots, le regard de ce dernier s’illumina :

– « Vraiment ? Il y a effectivement des artefacts Souverains dans cette nécropole », dit-il. « Jurez-moi devant le Dieu Suprême de la Destinée que vous me remettrez le premier que vous trouverez. »

Adkins en fut un peu surpris :

– « Combien d’artefacts Souverains y a-t-il en tout ? »

– « Plus d’un », répondit Beyrut.

– « Très bien », fit Adkins en serrant les dents. « Je vous promets de vous donner le premier que je récupérerai, que j’en obtienne un ou plus. »

– « Je n’attends pas de promesse immédiate », dit calmement Beyrut avec un sourire. « Vous prêterez serment devant le Dieu Suprême de la Destinée. »

Par ce titre, il entendait en réalité les Édits de la Destinée, qui, avec d’autres, régissaient le fonctionnement de l’Univers. Quiconque violait un tel serment était condamné à souffrir éternellement.

– « Ceci étant réglé, il reste encore deux autres points », dit Beyrut. 

« Ce Beyrut a vraiment un cœur de pierre », se dit Adkins. Mais comme il n’avait pas le choix, il eut un sourire forcé :

– « Parlez, Seigneur Beyrut. »

– « Lorsque vous aurez quitté la Nécropole des Dieux, vous devrez me servir durant un million d’années. »

Adkins le regarda, stupéfait. Servir ? Lui ? Même à Gebados, il n’avait jamais été le vassal de quiconque.

– « Comment, vous n’êtes pas d’accord ? Très bien, oublions la Nécropole des Dieux », dit Beyrut en faisant mine de vouloir partir.

Adkins serra les dents.

– « J’accepte! », répondit-il.

Beyrouth sourit et hocha la tête.

« À présent, me laisserez-vous me rendre à la nécropole ? » Demanda l’expert, un peu fâché. 

– « Pas si vite! » Répondit Beyrut sans cesser de sourire. « Il reste la troisième condition. »

N’importe qui, à ces mots, se serait irrité, fut-il une personne de bonne composition. Mais Adkins avait un caractère explosif et brutal :

– « Combien d’exigences comme celles-ci avez-vous donc, Seigneur Beyrut ? » Demanda-t-il.

– « Celle-ci est la dernière », répondit doucement l’ancien. « Mais si vous n’êtes pas d’accord, vous pouvez oublier la Nécropole des Dieux. »

– « Parlez », dit Adkins, réprimant sa colère.

– « C’est très simple, comme je ne veux pas avoir de problèmes par la suite, je vous demanderai d’aller tuer Feu Bleu. »

Adkins en resta pantois. Tuer Feu Bleu ?

– « Si j’étais en mesure de le faire, croyez-vous que je serais venu jusqu’ici pour parlementer avec vous ? »

– « Dans ce cas, je ne peux rien faire pour vous. Je vous prierai donc de vous en retourner. »

Adkins comprit aussitôt et blêmit de colère. Furieux, il pointa Beyrut du doigt et s’écria :

– « Vous me prenez pour un fou! »

En effet, si ses deux premières conditions étaient particulièrement excessives, la troisième était littéralement impossible à remplir.

Beyrut se mit à rire :

– « C’est seulement maintenant que vous vous en apercevez ? Je pensais attendre mille ans et faire entrer Feu Bleu dans la Nécropole des Dieux. Je ne m’attendais pas à ce que vous arriviez si vite! Mais c’est un mal pour un bien puisque ça m’a permis de voir à quoi vous ressemblez lorsque vous êtes furieux! »

Adkins blêmit :

– « Si je comprends bien, vous n’avez jamais eu l’intention de me laisser entrer dans la Nécropole des Dieux ?! »

– « Vous avez vu juste », répondit Beyrut en souriant. « Je ne comptais laisser entrer que Feu Bleu. »

Adkins tremblait de tous ses membres. Orgueilleux par nature, il n’avait jamais accepté de se soumettre aux autres et espérait, un jour, atteindre les sommets du pouvoir, surpassant Feu Bleu et les quatre autres Rois. Mais il ne pourrait y parvenir sans un artefact Souverain, voire une Étincelle de même niveau, ce dont il rêvait.

Et il venait de voir anéantir tous ses espoirs.

Barnas, Ojwin et les autres qui les observaient et ne pouvaient entendre leur conversation en raison du Royaume Divin, virent, à l’expression d’Adkins, qu’il était furieux.

Soudain, une lumière noire et blanche jaillit de ce dernier, qui possédait deux clones d’affinité Ténèbres et Lumière, irradiant dans toutes les directions, provoquant une distorsion de l’espace et détruisant les arbres tout autour. Dans tout son champ d’action, la matière s’évanouissait comme neige au soleil.

– « Beyrut! » Hurla-t-il, furieux. « Vous n’êtes qu’un homme ignoble et bas qui compte sur le Souverain qui vous soutient! Je me suis abaissé pour vous supplier et je vous ai témoigné du respect. Je ne m’attendais pas à être insulté de la sorte. Bien! Bien! Vous abusez des faibles et craignez les forts! Vous avez peur d’offenser Feu Bleu, mais vous n’hésitez pas à m’insulter. Vous n’êtes qu’une ordure!! »

Ces paroles n’étant pas limitées par le Royaume Divin, Barnas et ses compagnons les entendirent nettement.

– « Seigneur Adkins, non! » S’écria ce dernier en changeant d’expression, tout comme Hanbritt, Gatenby et Ojwin.

À des centaines de kilomètres d’Adkins et de Beyrut, Linley, étonné, tourna la tête vers eux.

– « Quelle puissante énergie de Ténèbres et de Lumière », pensa-t-il, stupéfait. « Adkins et Beyrut en seraient-ils venus aux coups ? »

Intrigué, il fit demi-tour. 

Le visage de Beyrut devint froid, comme recouvert d’une couche de givre.

– « Cela ne fait qu’un million d’années que vous vous entraînez. Vous possédez peut-être un artefact Souverain mais savez-vous au moins l’utiliser correctement ? » l’invectiva Adkins avec un regard méprisant tandis qu’apparaissait dans sa main une longue lame semi-translucide, visiblement faite de glace. « Si vous n’en possédez pas, vous allez mourir et si vraiment vous en avez un, il est temps pour cet artefact de changer de maître. »

Adkins n’avait jamais eu aucune considération pour Beyrut qui, à ses yeux, n’était qu’un débutant. Combien de Lois Élémentaires avait-il réussi à faire se fusionner ? »

– « Un nouveau maître ? »

D’un geste de la main, Beyrut fit apparaître un bâton noir duquel émanait une aura terrifiante.

À sa vue, les paupières d’Adkins se contractèrent.

– « Le voici », dit Beyrut avec un sourire provoquant. « Venez le prendre si vous en êtes capable. »

À la différence de celui de Linley, cet artefact était parfait et intact.

En percevant la puissante aura qu’émettait ce bâton noir, Barnas, Ojwin et leurs comparses blêmirent.

Adkins rétrécit les yeux : « Il en a bien un et c’est tant mieux! Dans le pire des cas, je perdrai l’un de mes clones divins, mais il faut absolument que je le tue et que je m’en empare. »

Sa décision prise, il était prêt à passer à l’action.

Barnas, qui ne pouvait pas l’en empêcher, était nerveux. Tous regardaient ces deux Dieux Supérieurs s’affronter lorsque soudain, une explosion d’énergie sombre et lumineuse retentit, faisant frémir l’espace. Aussitôt, ils se protégèrent à l’aide de leur Royaume Divin.

Adkins se divisa en deux, son clone d’affinité Lumière tenant la lame tandis que l’autre disparaissait dans les ténèbres. Le premier fonça droit sur Beyrut, le visage plein de hargne, en hurlant « À mort! » tandis que sa lame émettait une lumière aveuglante, aussi brillante que celle du soleil.

Au même moment, son clone d’affinité Ténèbres se précipita lui aussi vers Beyrut, silencieux, tel un poignard noir.

Ce dernier se mit à rire et balaya l’air de son bâton noir qui devint flou et vint frapper la lame brillante. Celle-ci se désintégra sur le champ tandis que le bâton, emporté par sa vitesse, s’écrasait contre la tête du clone de Lumière d’Adkins.

Celle-ci explosa et on ne vit plus dans les airs qu’une brillante Étincelle Divine.

« Il cherche la mort! » Pensa le second clone avec un rire sournois en poignardant la tête de Beyrut. Il y eut un son métallique et rien ne se produisit.

« Comment est-ce possible ?! » Se demanda Adkins, les yeux écarquillés en constatant que, bien qu’il ait utilisé son artefact de niveau Dieu Supérieur et y ait mis toute sa puissance, il n’avait même pas réussi à transpercer la peau de Beyrut. Comment sa tête pouvait-elle être aussi dure que son artefact ? C’était totalement impossible et pourtant, les faits étaient là.

– « Comment ? Vous êtes déçu ? » Demanda Beyrut en se tournant vers son adversaire ébahi.

« Fuis », se dit Adkins qui venait de comprendre à quel point Beyrut était terrifiant. Les cinq Rois de Gebados eux-mêmes n’auraient pas osé parer l’attaque d’un Dieu Supérieur avec leur tête!

Le bâton noir, qui se déplaçait désormais dix fois plus vite que lorsqu’il avait détruit le clone de Lumière d’Adkins, lui transperça la tête qui se désintégra, ne laissant dans les airs qu’une Étincelle Divine d’affinité Lumière que Beyrut récupéra, comme il l’avait fait pour la précédente.

Les deux cadavres privés de tête retombèrent sur le sol.

« Il était bien trop faible », pensa Beyrut. « Bien plus faible que le Démon au Sang Pourpre ou l’Ange à Douze Ailes. »