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Chapitre 49 : Je voudrais être fort!

Yi Yun ne pouvait plus attendre. Il versa sur le faisan la sauce qu’il avait préparée, en découpa une cuisse et y mordit à pleines dents. La chair du volatile était juteuse et sa peau croustillante. Il n’était pas près d’en oublier la flaveur!

Le parfum qui s’en dégageait ne laissait pas indifférent l’ancien et la jeune fille. Même s’il avait terminé de manger, le vieil homme aurait voulu goûter à ce met délicieux.

Le jeune garçon pouvait ressentir cette énergie se répandre dans tout son corps. C’était une sensation de chaleur incroyablement agréable.

La cuisson en croûte de sel enfermait toutes les vapeurs d’alcool, qui, en pénétrant dans la chair de l’animal, lui donnaient un arôme des plus enivrants.

Le vin, qui contenait sans doute de l’énergie plus pure, revigora Yi Yun et dilata ses pores.

Lin Xintong regardait Yi Yun d’un air curieux. Ce gamin, qui avait tout au plus douze ans, possédait déjà de telles compétences ?

– « Bonne fée, en voulez-vous ? » Dit doucement Yi Yun.

– « Euh… » La jeune fille hésita un moment mais voyant le jeune garçon lui en tendre un morceau, elle accepta.

C’était vraiment délicieux. Il est vrai que le faisan carbonisé de son maître était peu ragoûtant!

Lin Xintong sortit un mouchoir, essuya sa bouche et le remercia. Elle n’avait jamais vu cuisiner de cette manière!

Bien que Lin Xintong, qui menait une vie austère, ne fût pas particulièrement portée sur la nourriture, pour s’être entraînée dans le désert et avoir mangé chaque jour du Faisan Noir Carbonisé, elle avait atteint ses limites.

Le vieil homme était un bon vivant. Même s’il avait atteint l’état où il pouvait se passer de manger depuis plusieurs années, il avait besoin de ses quatre repas par jour.

En temps normal, il se faisait livrer nourriture et boissons, de quoi satisfaire ses papilles gustatives. Mais depuis qu’il était à l’extérieur avec sa disciple, c’était dur pour lui. Il était déjà malade à force de manger continuellement de la viande brûlée.

À la vue de cet appétissant faisan, il ne pouvait s’empêcher de saliver. Mais Yi Yun ne semblait pas disposé à partager avec lui.

« Quelle ingratitude! A-t-il oublié qui lui a donné le faisan et le vin ? » Pensait-il.

 – « Jeune homme, j’étais loin de m’imaginer que tu savais cuisiner. Il m’est arrivé de goûter à toutes sortes de spécialités du monde entier, j’ai donc le palais bien entraîné. Allez gamin, je vais évaluer tes compétences culinaires et te donner mon avis », dit-il en agitant ses mains encore grasses.

Avant même que Yi Yun n’ait pu réagir, le vieil homme avait déjà arraché les deux ailes du volatile.

« Bon sang! » Grommela le jeune garçon.

– « Tu pensais pouvoir éviter mes gestes avec tes capacités ? » Dit narquoisement l’homme dodu.

Les yeux de l’ancien s’illuminèrent alors qu’il mordait la chair savoureuse du faisan. La viande, bien sûr, était délicieuse mais c’était avant tout son goût alcoolisé qui l’interpellait!

Bien qu’il connaisse la bonne cuisine, c’était la première fois qu’il goûtait un plat dont les saveurs étaient rehaussées par l’alcool!

En plus d’être un glouton, il était alcoolique. Jamais il n’aurait pensé que le vin et la viande combinés puissent avoir un impact aussi incroyable.

Le vieil homme avait déjà dévoré un faisan et celui de Yi Yun était très gros. Or, pour avoir étudié la technique “Avaler un Éléphant”, Yi savait que cette viande était très longue à digérer. Un seul pilon suffirait à rassasier une personne pendant des jours.

Après avoir mangé plus d’un faisan et demi, l’homme n’était toujours pas rassasié. Il mangeait si vite que le tout fut englouti en à peine une minute, même les os!

Face au regard médusé de Yi Yun, il s’essuya la bouche.

– « Ton plat n’est pas terrible. En t’améliorant un peu, tu pourras peut-être égaler mon faisan rôti. »

Devant la remarque effrontée de l’ancien… le jeune garçon failli s’étouffer!

L’autre fit mine de ne rien remarquer : 

– « Pourquoi ne manges-tu pas, es-tu rassasié ? »

– « Non! » Répondit Yi en hochant la tête avant de dévorer sa viande. Non seulement elle était goûteuse mais en peu de temps, il se sentit plein de force et d’énergie.

« Et si ce faisan était issu d’une lignée d’antiques Oiseaux Fabuleux ? » Pensa-t-il.

Yi Yun dût se rendre à l’évidence : si les riches mangeaient ainsi tous les jours, il n’était pas étonnant que leur force augmente si vite!

– « Hé, tu as visiblement du talent pour la cuisine. C’est certainement le destin qui nous a conduits à nous rencontrer », dit le gros homme en touchant son anneau.

Comme c’était la seconde fois que Yi Yun entendait ce genre de discours, il était immunisé. Il attendit donc de voir ce que l’ancien allait sortir.

– « Tiens petit, achète-toi des bonbons », Dit le vieil homme dodu en faisant apparaître deux lingots d’or.

C’était la première fois que Yi en voyait de près. Ceux qu’il avait pu apercevoir au travers des vitrines de banques n’étaient pas si gros.

Le jeune garçon ne put s’empêcher de les regarder à nouveau.

– « Regarde, j’ai encore une vingtaine de poules. Si tu les cuisines, je te donnerai ces deux lingots d’or et tu pourras t’acheter des tas de bonbons. », dit avec allant le vieil homme.

Bien qu’il n’ait pas admis verbalement que les compétences culinaires de Yi Yun étaient supérieures aux siennes, il n’en pensait pas moins! 

Yi demeura quelque peu abasourdi! Certes, les lingots d’or étaient agréables à regarder mais dans les Grandes Plaines des Nuages, ils ne servaient pas à grand-chose.

Sur Terre, il aurait pu s’acheter de la nourriture pour toute une vie, mais dans ce monde, tout était très cher. C’était peine perdue que d’espérer s’en servir pour négocier de la nourriture auprès de Lian Chengyu.

– « Je suis au regret de refuser votre offre, monsieur. » Déclara-t-il, impassible. Ce vieil homme lui avait déjà donné des pièces de bronze et voilà qu’il lui proposait de l’or. De toute évidence, il considérait Yi Yun comme un enfant chanceux et non comme un pratiquant d’art martiaux. « Ne serait-ce pas vu d’un mauvais œil si l’on me voyait avec de l’or ? »

– « Hein ? » Fit le vieil homme, surpris, en pensant que si Yi Yun ne pouvait en faire usage, il aurait tout aussi bien pu le donner à ses parents.

Lin Xintong, qui se trouvait près du maître, le regarda, surprise. S’il était facile pour un innocent de se mettre dans les ennuis pour des raisons de fortune, ce gamin de douze ans non seulement n’était pas impressionné par l’or, mais il en parlait comme si c’était une évidence.

– « Alors, que veux-tu ? » Marmonna l’ancien.

– « Je ne veux qu’une seule chose, monsieur » Répondit Yi Yun en le regardant droit dans les yeux.

Le vieil homme était tout ouïe :

– « Je t’écoute. »

– « Je vois bien que vous êtes quelqu’un d’extraordinaire, Monsieur. Vous devez être une personne importante… »

– « Très bien, laissons là les flatteries », dit l’homme qui, décidément, le trouvait étrange.

– « Mais… je ne vous flatte pas, je ne fais qu’exprimer mon admiration pour vous. Et je ne dois pas être le seul, Monsieur, car je dois reconnaître que vous êtes très fort! Or dans le désert, les gens honorent les forts. J’aimerais beaucoup que vous m’appreniez à le devenir. »

Le vieil homme n’en croyait pas ses oreilles.

Lin Xintong cligna des yeux et posa sur Yi Yun son beau regard surpris. Il ne ressemblait en rien à ces enfants qui parlent sans réfléchir. D’ailleurs, ses paroles n’étaient même pas celles d’un enfant.