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Chapitre 212 — Évolution de l’Âme de Foudre

Lin Ming regarda la grande variété d’épices qu’il avait sous les yeux et en sélectionna certaines dont il saupoudra la viande. Il agissait avec une expression enjouée et détendue. Si bien que la jeune femme en était tout ébahie. Était-ce vraiment un artiste martial ? Parce qu’elle n’avait jamais vu un seul aîné ou disciple de sa secte partir à l’aventure avec des récipients d’assaisonnements. Cette attitude tenait davantage du cuisinier que du guerrier.

Après un temps qui lui sembla interminable, la jeune femme entendit finalement Lin Ming prononcer les mots qu’elle attendait tant : 

« C’est prêt, nous allons pouvoir manger.

     — Mm ? Ah ! très bien, réagit-elle d’un air détaché avant de demander, comment suis-je supposée manger ça ? »

Ce chevreuil était si gros qu’elle ne pouvait certainement pas mordre dedans à pleines dents.

Lin Ming fut interloqué pendant un court instant et lui jeta un regard étrange. Était-elle réellement en train de lui demander comment s’y prendre pour ‘manger’ ? Pourquoi poserait-elle une question aussi stupide ?

« Eh bien ! en mordant dedans, tout simplement, répondit-il calmement. Tenez, voilà votre part. » Et il lui tendit un morceau de patte qu’il venait de découper.

La jeune femme regarda l’énorme pièce de viande avec embarras. Elle n’avait jamais mangé quoi que ce soit de ce genre. Était-elle supposée se servir de ses mains ?

« Euh, est-ce que tout va bien ? interrogea Lin Ming avec perplexité en voyant qu’elle ne réagissait pas. Peut-être que vous n’aimez pas la viande grillée ? »

La jeune femme ne savait plus où se mettre. Elle attrapa gauchement le morceau qu’il lui tendait et s’apprêtait à le porter à sa bouche lorsqu’elle réalisa qu’il la regardait fixement.

Ses joues rougirent immédiatement et, se tournant légèrement sur le côté, elle arracha délicatement une petite bouchée en se cachant derrière la manche de son bras encore libre.

Lin Ming en resta sans voix. N’allait-elle pas être fatiguée à la longue en mangeant de la sorte ? Gentiment agacé, il décida de ne pas y prêter davantage d’attention et se découpa un morceau dans lequel il vint mordre avec appétit.

De son côté, la jeune femme se concentrait sur la viande tendre du chevreuil. Le jus baignait ses lèvres et son palais, exaltant le délicieux parfum qu’elle ressentait depuis le début de la cuisson. Un sentiment nouveau et étrange s’empara d’elle ; délicieux, c’était tout simplement délicieux !

Ce n’était pas vraiment étonnant. En réalité, les personnes originaires des sectes majeures et des plus grandes familles de praticiens martiaux ne mangeaient, pour la plupart, jamais de nourriture à proprement parler. Leur alimentation se limitait exclusivement aux aliments riches en énergie du ciel et de la terre comme les fruits et les légumes spirituels. Ceux-ci se développaient en se nourrissant non pas de nutriments classiques mais bien d’énergie spirituelle. Cela représentait donc un véritable avantage pour améliorer son niveau de cultivation et accumuler de l’air Xiantian.

Quant à la nourriture du monde des mortels, telle que la viande grillée, elle était considérée comme contaminée par l’air corrompu du Houtian et donc impropre à être mangée.

Ce qui expliquait pourquoi la jeune femme n’en avait encore jamais mangé.

« Alors, quel goût est-ce que ça a ? » Après plusieurs jours passés avec seulement des rations sèches à se mettre sous la dent, Lin Ming ne boudait pas son plaisir. Il avait volontairement posé sa question de manière ambiguë, ne doutant pas un seul instant de ses talents de cuisinier.

« C’est vraiment savoureux, mais… comment se fait-il que tu saches cuisiner ? » demanda-t-elle en le regardant d’un air perplexe. De trop nombreux mystères entouraient ce jeune homme.

« Ma famille possède un restaurant », répondit Lin Ming entre deux bouchées sans même lever les yeux.

La jeune femme manqua de s’étouffer en avalant de travers.

« Qu’est-ce que tu viens de dire ? Un restaurant ?

     — Oui, mes parents tiennent un restaurant, c’est comme ça que j’ai appris. Qu’est-ce qu’il y a ? », demanda Lin Ming en la regardant droit dans les yeux. Il ne comprenait pas vraiment ce que cela avait de surprenant.

« Non… ce n’est rien », répondit-elle confuse. Elle pensait que Lin Ming venait d’une mystérieuse famille d’artistes martiaux, mais un restaurant ? Ce genre de famille ne tenait pas de restaurant…

Était-il donc entièrement un mortel à l’origine ?

Un mortel qui avait atteint le sommet du Façonnage Osseux avant son seizième anniversaire ! Cela défiait la volonté des cieux ! De quel grade martial était-il ? Au moins grade six moyen ?

Un talent de grade six était considéré comme exceptionnel, même au sein de l’Île du Phénix Divin. Ainsi, la probabilité qu’un individu avec un talent pareil apparaisse dans le monde des mortels était si infime qu’elle avoisinait probablement un pour un milliard.

Si c’était bel et bien un mortel, elle pouvait essayer de le recruter dans la secte du Phénix Divin.

« Où as-tu appris les arts martiaux ? lui demanda-t-elle avec cette arrière-pensée en tête.

     — La Maison Martiale… répondit Lin Ming d’une voix hésitante.

     — Oh ! je vois… » La jeune femme ne put s’empêcher de ressentir une forme de déception. Certaines sectes avaient effectivement recours à ces fameuses ‘maisons martiales’ pour grossir leurs rangs et gagner en puissance en recrutant les talents les plus remarquables des pays limitrophes. Cela signifiait donc que ce jeune homme appartenait déjà à l’une d’entre elles.

Il possédait même probablement le statut de disciple principal et, à ce titre, recevait un entraînement spécifique. Sans quoi il lui aurait été impossible d’atteindre le sommet du Façonnage Osseux avant ses seize ans, peu importe l’ampleur de son talent martial. Tout cela semblait finalement plus logique.

« Mm, la soupe est prête ! » s’exclama Lin Ming en retirant le couvercle de la marmite. Une odeur pleine de saveurs se répandit dans l’air.

Il remplit un bol et le donna à la jeune femme.

Celle-ci le prit des deux mains et souffla à sa surface en baissant la tête avant de commencer à boire tout doucement. C’était encore une fois vraiment délicieux.

Le chevreuil s’appréciait tout autant à la braise qu’en bouillon. L’idéal étant d’allier les deux méthodes pour équilibrer le gras de la viande avec les saveurs exquises de la soupe.

Lin Ming se servit un bol complet à son tour. Mais à ce moment-là, l’Oiseau Vermillon qui s’était installé dans un coin de la grotte lâcha quelques gémissements aigus avec des yeux suppliants. Lin Ming se tourna vers lui et vit son expression morne et abattue. L’oiseau regardait le chevreuil grillé sur sa broche avec un appétit non dissimulé.

Lin Ming sourit et découpa un très large morceau de viande avant de s’approcher. Un chevreuil n’était pas un très gros cervidé, mais pesait tout de même une centaine de jins ; une seule patte suffisait amplement à nourrir les deux jeunes gens. Lin Ming comptait bien donner le reste à l’Oiseau Vermillon, mais une idée sournoise lui vint à l’esprit en l’entendant se plaindre.

« Grand oiseau, dit-il en s’adressant à lui, tu peux manger tout ce qu’il reste, mais tu dois me laisser une de tes plumes en échange. De toute manière, tu ne devrais pas pouvoir voler de sitôt. »

L’Oiseau Vermillon était une Bête Sacrée de la lignée du Phénix. Un spécimen adulte pouvait se plonger dans les flammes pour renaître à travers le Nirvana. Quoique trop jeune pour utiliser cette capacité, ce dernier n’aurait aucun mal à récupérer de son aile cassée ; il allait seulement lui falloir du temps.

Les plumes d’un Oiseau Vermillon représentaient un trésor inestimable pour renforcer un Esprit de Feu. Chi Guda avait bien mobilisé toute une armée dans le Marécage Noirâtre pour essayer d’en obtenir une seule. Lin Ming ne pouvait pas se permettre de manquer cette opportunité.

Incapable de parler, l’oiseau n’en comprenait pas moins le langage des humains. Il hésita quelques instants en réfléchissant à la proposition de Lin Ming, son regard oscillant entre le chevreuil sur sa broche et les magnifiques plumes de son pelage. Il ferma le bec et acquiesça finalement d’un signe de tête.

La femme en rouge ne savait pas s’il valait mieux rire ou pleurer. Voilà qu’elle découvrait que son Oiseau Vermillon était un véritable glouton prêt à brader ses plumes chéries pour un morceau de viande ! Celles-ci repousseraient évidemment très vite.

L’oiseau hurla de chagrin en voyant Lin Ming lui arracher une grosse plume et la placer dans son anneau spatial avec un sourire rayonnant de joie.

L’attrait de la viande grillée était trop important pour que l’oiseau n’y résiste, aussi triste fût-il d’abandonner l’une de ses précieuses plumes. Il se mit immédiatement à avaler goulûment tout ce qu’il pouvait.

Lin Ming repensa à ce qui venait de se passer et trouva la situation amusante. Comment Chi Guda se sentirait-il dans l’au-delà s’il apprenait qu’il venait d’échanger un chevreuil grillé contre une plume d’Oiseau Vermillon — que lui et toute son armée avaient été incapables d’obtenir ? Cela le mettrait probablement tellement en colère qu’il mourrait une seconde fois.

Lin Ming se tourna vers la femme en rouge et lui dit : « Mangez et reposez-vous tranquillement, j’ai quelques affaires à régler pour lesquelles je dois aller faire un tour. Je reviens d’ici quelque temps pour vous aider à soigner vos blessures. Si ce n’est pas déplacé, puis-je vous demander vos informations de transmission sonore ? »

Une âme de Foudre avait établi domicile dans sa poitrine, Lin Ming ne souhaitait surtout pas la perdre de vue.

« Mm », acquiesça cette dernière. Elle n’avait plus vraiment d’autre choix que de lui faire confiance. Habituée à se débrouiller par elle-même en ne comptant que sur sa seule force, son état de faiblesse actuel la plongeait dans une certaine confusion. Si elle n’avait pas rencontré Lin Ming un peu plus tôt, elle aurait probablement continué de marcher à travers la forêt avec son Oiseau Vermillon blessé sans trop savoir où passer la nuit.

Elle donna donc ses coordonnées à Lin Ming, ainsi que plusieurs talismans de transmission sonore vraiment impressionnants. Ils permettaient de communiquer sur une distance de plusieurs milliers de kilomètres, ce qui ne manqua pas de l’impressionner. D’aussi loin que remontaient ses souvenirs, un talisman sonore permettait de couvrir une grosse centaine de kilomètres, certainement pas des milliers. Il ne s’en était d’ailleurs plus du tout servi après avoir quitté la capitale.

La raison qui le poussait à s’en aller, du moins temporairement, était simple : il voulait trouver un endroit où absorber l’Herbe Tonnerre afin d’accélérer le développement de l’Âme de Foudre dans sa Graine des Dieux Infernaux.

Il ne craignait pas du tout que la femme en rouge puisse convoiter cette Herbe Tonnerre ; celle-ci n’ayant probablement pas une grande valeur à ses yeux. Mais il voulait éviter qu’elle ne découvre qu’il était entré dans le repaire du Dragon des Flots Tonnerre.

Le petit esprit de dragon emprisonné dans son corps était trop puissant et belliqueux. Lin Ming possédait certes un moyen de briser sa volonté, mais il ne pouvait pas l’absorber pour autant. Il prévoyait donc de nourrir son Âme de Foudre au maximum avant de revenir s’en occuper.

Trouver un endroit isolé ne lui prit guère de temps. Une fois installé, il sortit le fruit d’Herbe Tonnerre millénaire de son anneau spatial et guida l’énergie électrique qu’il contenait à l’intérieur de la Graine des Dieux Infernaux.

Le temps s’écoula doucement. Les arcs électriques qui entouraient le fruit perdirent petit à petit de leur intensité jusqu’à disparaître complètement une fois que Lin Ming eut terminé de drainer tout le pouvoir du tonnerre.

Il ouvrit immédiatement les yeux et s’empressa d’examiner son Âme de Foudre. Un sourire ravi se dessina sur son visage. Elle venait de progresser de dix pour cent. Cette Herbe Tonnerre millénaire était tout simplement formidable !

Chaque fruit nécessitait plus ou moins un quart d’heure pour être entièrement vidé de son énergie. Lin Ming décida de poursuivre ainsi jusqu’à l’aube, les absorbant les uns après les autres.

Avec le temps, sa conscience se détacha de son corps et il entra lentement dans Éther. Guidé par sa véritable énergie, le pouvoir du tonnerre s’écoulait spontanément dans ses méridiens en suivant un schéma parfait. Des éclairs violets crépitaient tout autour de Lin Ming, illuminant les environs et détruisant toute végétation dans un petit périmètre.

L’Âme de Foudre évoluait sans arrêt. Si, jusqu’alors, elle mesurait moins de trois centimètres, elle faisait maintenant la taille d’un index d’adulte.

La nuit était particulièrement sombre ce soir-là, la lune n’éclairant que faiblement le ciel. La forêt résonnait aux sons des innombrables insectes et animaux qu’elle abritait. Lin Ming était relativement bien caché, mais cela n’empêcha pas certaines bêtes féroces de vouloir l’attaquer. Il suffisait néanmoins qu’elles s’approchent suffisamment pour ressentir le pouvoir du tonnerre dévastateur qui l’entourait et elles repartaient aussitôt en courant.

Alors que l’aube pointait à l’horizon, le dernier fruit d’Herbe Tonnerre acheva de perdre son éclat. L’Âme de Foudre mesurait désormais quinze centimètres !

La Graine des Dieux Infernaux se mit tout à coup à trembler violemment. Une intense lumière violette rayonnait autour de l’Âme de Foudre tandis qu’elle rétrécissait, perdant ainsi rapidement tous les centimètres qu’elle venait de gagner. Lorsque tout ceci prit fin, elle ne ressemblait plus qu’à une petite aiguille d’acier.

Elle avait eu jusqu’à maintenant l’apparence d’un serpent ondulant dans les airs. Mais désormais, elle était complètement droite comme une aiguille, paisiblement suspendue dans la Graine des Dieux Infernaux avec la même lueur pourpre qu’auparavant.

Cela ne ressemblait plus à de la foudre, mais davantage à un objet matériel.

Bien que de petite taille, la densité de l’aura meurtrière qui émanait de l’aiguille fit clairement comprendre à Lin Ming qu’elle possédait une force de frappe terrifiante !

Le Dragon des Flots Tonnerre était visiblement capable de contrôler son Âme de Foudre pour porter des attaques directes. Est-ce que je ne pourrais pas faire la même chose ?

Cette idée en tête, Lin Ming utilisa sa force d’âme pour entrer en contact avec l’Âme de Foudre. La petite aiguille qui flottait paisiblement dans la Graine des Dieux Infernaux disparut alors aussitôt et, l’instant d’après, un rayon de lumière violette tout juste perceptible à l’œil nu surgit à l’extrémité de l’index de Lin Ming pour foncer tout droit dans un arbre à une vitesse inimaginable, avant de revenir d’où elle venait comme si de rien n’était.

Gzzt !

Explosive, la foudre violette s’était abattue sans prévenir ! L’arbre immense qui se trouvait en face de Lin Ming n’était plus désormais qu’un amas carbonisé de cendres et de charbon.

Lin Ming resta scotché face à ce résultat. La puissance de son Âme de Foudre dépassait tous ses rêves les plus fous. Surtout sous cette forme comprimée d’éclat violet à la vitesse effrayante ! Sans une perception particulièrement affûtée, personne ne serait en mesure de déceler la trajectoire de l’aiguille.

Une attaque pareille suffirait-elle à tuer Ouyang Dihua ? se demanda-t-il en repensant à cet adversaire qui avait manqué de le tuer.

C’était décidé, une fois l’Âme de Foudre du Dragon des Flots Tonnerre en sa possession, il rentrerait au Royaume du Grand Avenir pour régler cette dette de sang !