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Chapitre 197 – Herbe Tonnerre

La Montagne Frappée par la Foudre offrait un spectacle magnifique à admirer. Une végétation luxuriante recouvrait les premiers contreforts de la montagne, à sa base, en diffusant un parfum de pin des plus enivrants. Puis, à partir de trois mille mètres, la végétation se raréfiait et ne subsistait plus que des plantes et des herbes sauvages. Trois mille mètres plus haut, seules quelques mauvaises herbes tenaces apparaissaient encore ci et là. Si vous montiez davantage, tous ces paysages s’effaçaient pour laisser place à de grandes étendues glacées. Puis, à l’approche du sommet, la neige disparaissait à son tour et il ne restait finalement plus que la lumière fugace des éclairs.

Les couleurs se succédaient du pied au sommet, le vert intense virant au jaune, puis au brun et finalement au blanc et au gris.

La Montagne Frappée par la Foudre atteignait près de trente mille mètres de haut. Quant à la forêt à sa base, elle s’étalait sur une superficie d’au moins cent kilomètres carrés, avec des arbres solides et massifs. Lorsque le tronc d’un arbre était suffisamment large pour qu’il faille au moins sept personnes pour en faire le tour en tendant les bras, alors on disait de celui-ci que c’était un roi parmi les arbres. Mais dans cette forêt, c’était presque banal.

Sur sa route, Lin Ming croisa même un arbre avec un diamètre colossal de plus de trente mètres. Il semblait grimper jusqu’au ciel et mesurait au moins trois cent mètres de haut ! Rien que ses racines, qui sortaient de terre en de nombreux endroits, étaient aussi larges que des habitations. A en juger par sa taille et son apparence, cet arbre avait au moins quatre ou cinq mille ans !

Aux grandes profondeurs les gros poissons ! Il en était de même pour la forêt. La végétation s’épaississait et la faune devenait de plus en plus féroce à mesure que vous avanciez.

Et encore, il n’y avait pas seulement des bêtes monstrueuses. L’endroit était infesté de serpents et d’insectes tous plus venimeux les uns que les autres, qui bénéficiaient ici, à l’abri de l’épaisse couche de mousse et d’herbes, d’un couvert idéal. Heureusement pour lui, Lin Ming avait pris le soin d’appliquer une huile répulsive spéciale sur sa peau, et il pouvait donc avancer sans crainte. 

Il n’en restait pas moins constamment sur ses gardes. La vision de ces arbres immenses, sorte de titans de la forêt, l’amena à penser qu’il n’était finalement pas si étrange que cela que la Montagne Frappée par la Foudre ait pu produire un Lézard Tonnerre aussi puissant qu’un artiste martial Xiantian.

De toutes les bêtes féroces qui vivaient ici, Lin Ming tenta d’en esquiver un maximum. Quant au reste, lorsque la rencontre était inévitable ou qu’un animal se ruait sur lui, il n’hésitait pas à l’éliminer.

Il traversa ainsi tranquillement la forêt qui encerclait la montagne et arriva jusqu’aux étendues verdoyantes qui s’étalaient à son pied. Ici, l’herbe lui arrivait facilement jusqu’aux épaules.

Il avançait tant bien que mal en prenant le soin d’éviter les bestioles indésirables qui trainaient dans les parages lorsque quelque chose attira son attention. Il venait d’apercevoir une petite bande de terrain de quelques mètres complètement stérile, au milieu de laquelle reposait un gros rocher noir.

C’était probablement du minerai magnétique. Contre toute-attente, une petite fleur blanche en forme d’épée essayait de pousser dans une fente à l’intérieur de la roche. Sa tige mesurait une trentaine de centimètres et un fruit blanc parcouru par de faibles faisceaux électriques fleurissait à son sommet.

De l’Herbe Tonnerre !

Lin Ming avait mémorisé l’apparence de cette fleur depuis la brochure qu’il avait achetée à l’aubergiste. C’était une plante assez facile à repérer que l’on ne trouvait généralement que sur du minerai magnétique. De plus, la forte concentration en pouvoir du tonnerre éliminait naturellement toutes les autres plantes alentours. Ce qui rendait l’Herbe Tonnerre d’autant plus simple à repérer.

« Les pétales sont blancs et les nervures présentent une couleur rouge clair… c’est probablement de l’Herbe Tonnerre d’un demi-siècle. »

Lin Ming ramassa le fruit blanc en prenant soin de laisser la plante intacte. L’herbe Tonnerre poussait uniquement dans le minerai magnétique. Il était impossible d’en faire pousser artificiellement. Lin Ming ne voulait pas la détruire, mais seulement récupérer son fruit qui était imprégné du pouvoir du tonnerre.

Une fois qu’il l’eut entre les mains, il se concentra et commença à aspirer doucement l’énergie qu’il contenait. Le pouvoir du tonnerre s’écoula le long de ses méridiens et dans son cœur, où la Graine des Dieux Infernaux l’absorba avidement.

Mais il fut quelque peu déçu lorsqu’il essaya de sentir s’il y avait le moindre changement avec son Âme de Foudre. Evidemment, de l’Herbe Tonnerre de cette qualité ne suffisait pas.

Il soupira en réalisant que le pouvoir du tonnerre était moins riche au pied de la Montagne Frappée par la Foudre que dans la Vallée du Tonnerre de la Maison Martiale des Sept Véritables. Le fait qu’il n’y ait rien ici qui puisse aider son Âme de Foudre à évoluer n’avait finalement rien de surprenant. Son idée de collecter un maximum d’Herbe Tonnerre, même encore jeune, pour la faire évoluer ne mènerait nulle part.

Il allait devoir trouver de l’Herbe Tonnerre centenaire voire millénaire pour espérer obtenir une réaction de son Âme de Foudre. Il pouvait également essayer d’extraire le pouvoir du tonnerre de la dépouille d’un Lézard Tonnerre et, s’il y en avait une, obtenir l’Âme de Foudre de la Montagne Frappée par la Foudre.

Mais il avait bien conscience que cette dernière possibilité était surréaliste. S’il y avait une Âme de Foudre sur cette montagne, elle serait très probablement à son sommet, là où la foudre s’abattait sans discontinuer tout au long de l’année. Avec sa force actuelle, il n’avait tout simplement aucune chance d’aller jusque-là.

Il s’était remis en route quand, tout à coup, le léger écho d’un combat plus loin devant lui parvint jusqu’à ses oreilles.

Les bêtes féroces et les bestioles venimeuses n’étaient pas les seuls dangers tapis dans les herbes hautes, il fallait aussi se méfier des autres artistes martiaux. Effectivement, les disparitions étaient monnaie courante dans cette forêt, tant il était facile d’éliminer quelqu’un pour lui faire les poches en toute discrétion.

Lin Ming n’était toutefois pas vraiment inquiet. Car la plupart des artistes martiaux qui arpentaient les environs étaient pour la plupart en dessous du Façonnage Osseux.

Si même un artiste martial Houtian ne se risquerait pas à grimper au-delà des quinze mille premiers mètres de la Montagne Frappée par la Foudre, en réalité, les artistes martiaux Houtian ne venaient tout simplement pas ici. Et ce pour une raison simple, l’Herbe Tonnerre était la seule chose de valeur à y récupérer. Par conséquent, les artistes martiaux qui venaient ici le faisaient exclusivement pour en cueillir. L’Herbe Tonnerre centenaire se vendait à un petit peu plus de cent pièces d’or l’unité ; soit un trop faible montant pour que des artistes martiaux à la Condensation de l’Impulsion et au-delà y trouvent un quelconque intérêt.

Lin Ming approcha à travers les herbes et finit par apercevoir des silhouettes bouger rapidement devant lui. Les sons étaient désormais parfaitement audibles et il entendit très distinctement des bruits de métal et des rugissements bestiaux.

En déployant sa force d’âme, il découvrit que cinq artistes martiaux encerclaient une bête sauvage dans une clairière toute proche. L’animal ressemblait à un rhinocéros, mais son dos était couvert d’écailles et il avait une longue queue épaisse recouverte de pointes à son extrémité.

A en juger par l’aura qui s’en dégageait, cette bête féroce était au moins du niveau d’un artiste martial à la Transformation Musculaire. Sa chair épaisse était recouverte d’une couche de peau rugueuse et sa longue queue hérissée de pointes pouvait facilement briser des pierres.

L’animal était encerclé par cinq artistes martiaux, deux femmes et trois hommes ; qui possédaient tous un symbole en forme de petit dragon noir sur la partie droite du buste, comme s’ils appartenaient à la même famille ou à la même école. Les deux femmes étaient de vraies jumelles d’une petite vingtaine d’années. Elles maniaient des épées et leur niveau de cultivation atteignait l’ouverture de l’Entraînement des Entrailles. Leurs coups manquaient de force et le vent d’épée de leurs lames laissaient seulement des égratignures sur le corps endurci de la bête.

L’un des trois hommes était lui aussi à l’ouverture de l’Entraînement des Entrailles et ne devait pas être beaucoup plus âgé que les deux sœurs. Mais il semblait encore moins fort qu’elles et ne pouvait, au mieux, que servir de distraction.

Seuls les deux autres artistes martiaux étaient plus âgées et expérimentés, l’un étant à l’ouverture de la Transformation Musculaire et l’autre au sommet. C’était d’ailleurs ce dernier qui menait l’assaut. Il portait une impressionnante tunique sombre et maniait un bâton en acier noir. Les lames des épées n’étaient que peu adaptées face au corps recouvert d’écailles de la bête. A l’inverse, le bâton permettait d’infliger de sérieux dommages.

L’artiste martial à la tunique sombre possédait de bons réflexes et, à chaque fois que l’animal essayait de changer de cible, il en profitait pour lui asséner un coup vif.

Il le frappait systématiquement entre les deux yeux, au niveau de la zone où se trouvait son système nerveux. C’était le point faible de cette bête féroce.

Les incroyables capacités défensives du rhinocéros ne lui permirent pas d’esquiver les coups. Sa vision se troubla petit à petit et ses mouvements devinrent erratiques, jusqu’à ce que du sang lui coule des yeux et des oreilles.

L’artiste martial à la tunique noire y vit une opportunité et un torrent de véritable énergie jaillit de son corps. Le bâton en acier noir dans ses mains se mit à briller d’une intense lumière rouge.

« Effondrement des Cinq Montagnes ! » cria-t-il en faisant usage de sa compétence martiale la plus puissante.

Son bâton frappa la bête au niveau du front, lui brisant le crâne dans un grand bruit de craquement. L’animal poussa un hurlement misérable, tressaillant sur ses membres inférieurs, et tomba finalement à terre.

« Condisciple Aîné, votre Effondrement des Cinq Montagnes est vraiment impressionnant ! » s’empressa de flatter le plus jeune des trois hommes.

L’artiste martial qui venait de porter le coup fatal sourit en gloussant. Il semblait vraiment jubiler.

« Occupe-toi de couper sa corne Petit Long, ce truc peut se vendre cher ! commanda-t-il.

     – Bien », acquiesça le jeune homme avant de s’exécuter avec entrain.

Les deux jumelles s’approchèrent et dirent d’une voix pleine d’envie : « Votre ‘Effondrement des Cinq Montagnes’ est de plus en plus puissant à chaque jour qui passe Condisciple Aîné. Nous, nous ne connaissons même pas de compétence martiale… »

Leurs paroles étaient flatteuses mais cachaient aussi un certain ressentiment. Hériter d’une compétence martiale était extrêmement difficile pour un artiste martial ordinaire.

Ces cinq personnes pouvaient être considérées comme la lie des artistes martiaux, le niveau zéro des pratiquants. Leur talent était médiocre et ils venaient d’un milieu tout ce qu’il y a de plus banal. Ils avaient rejoint une petite école d’arts martiaux sans renommée qui comptait seulement une grosse dizaine de disciples et dont le seul prétendu ‘maître’ était au sommet du Façonnage Osseux.

Même en les comparant aux pires disciples du Hall Humain de la Maison Martiale des Sept véritables, ces cinq individus faisaient pâle figure.

L’artiste martial à la tunique sombre sourit en regardant les deux sœurs et leur répondit : « Sang Yu, Sang Lan, ne soyez pas découragées. Vous êtes talentueuses, alors travaillez dur et visez l’excellence et le maître finira forcément par vous en apprendre. Dans deux jours, lorsque j’en aurai l’occasion, je glisserai un mot en votre faveur à son oreille pour l’inciter à vous donner ‘Epée aux Neuf Pétales’. »

Les deux sœurs bondirent de joie et remercièrent aussitôt leur camarade : « Merci Condisciple Aîné. »

L’artiste martial à la tunique sombre hocha la tête d’un air satisfait. Il aimait ce sentiment d’avoir le pouvoir d’influencer le destin des gens autour de lui. D’autant plus lorsqu’il s’agissait de deux magnifiques jumelles.

L’homme remarqua tout à coup la présence de Lin Ming non loin d’eux. Ce type semblait être apparu de nulle part. L’artiste martial à la tunique sombre fut surpris de ne pas l’avoir remarqué plus tôt.

Sa cultivation n’était toutefois qu’à l’ouverture de l’Entraînement des Entrailles, soit pas de quoi s’inquiéter.

Semblant se remémorer quelque chose, l’homme à la tunique noire regarda dans sa direction et dit à Lin Ming : « Salut l’ami, que fais-tu aux alentours de la Montagne Frappée par la Foudre ? Tu es là pour l’aventure ? Que dirais-tu de te joindre à nous ? On te fera un prix. Parce que sans vouloir me mêler de ce qui ne me regarde pas, vu ton niveau de cultivation, c’est dangereux de se promener dans les parages. Si tu as le malheur de croiser un Lézard Tonnerre, je ne donne pas cher de ta peau… »

Les quatre autres artistes martiaux réalisèrent aussi la présence de Lin Ming et furent surpris par son niveau de cultivation. C’était un nouveau-né dans l’antre du tigre ! Ce garçon ne devait pas connaître la peur. Il en était encore seulement à un niveau ridicule et osait s’aventurer près de la Montagne Frappée par la Foudre, seul qui plus est !

« Ça ira, j’ai l’habitude de me débrouiller par moi-même », répondit-il.

Son offre rejetée, l’homme à la tunique sombre sourit sans insister. Cela ne l’empêcha pas de maudire Lin Ming intérieurement et de lui souhaiter une mésaventure. Les jeunes de nos jours n’ont vraiment pas conscience de la grandeur du monde, pensa-t-il. C’était relativement impressionnant pour un jeune de quinze ou seize ans d’avoir une cultivation au sommet de l’Entraînement des Entrailles. Mais cela lui était visiblement monté à la tête et, aveuglé qu’il était par son orgueil, il finirait par connaître un triste sort en se pensant au-dessus de tout. Et à ce moment-là, il serait trop tard pour s’en rendre compte.

Le jeune homme qui se tenait à côté du meneur du groupe des cinq artistes martiaux sourit en entendant la réponse de Lin Ming.

« Il ne sait pas ce qui est bon pour lui. Puisque notre Condisciple Aîné était prêt à le prendre sous son aile, c’est qu’il avait déjà une haute estime de lui. Mais puisqu’il a préféré rejeter son invitation, il finira tôt ou tard par mourir », murmura-t-il.