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Chapitre 196 – La Montagne Frappée par la Foudre

L’Oiseau Vermillon mesurait quinze mètres de long. Sa tête ressemblait à celle d’un faisan et son long cou écarlate rappelait celui d’un serpent. Son corps recouvert de plumes était tout entier enveloppé dans des flammes brûlantes. Il projetait des lumières rouges étincelantes en agitant ses longues ailes, qui tombaient comme une pluie d’étoiles en se répandant sur le monde. Le spectacle était splendide, comme un rêve éveillé !

Lin Ming pouvait ressentir l’immense pression qui émanait de la créature malgré la distance. Il y avait de quoi être impressionné !

A tel point que sa vitesse diminua rapidement. Il jeta un coup d’œil derrière lui en direction du petit être de flammes pour voir s’il l’avait rattrapé. Quelle ne fut pas sa surprise en découvrant que ce dernier était encore plus mal en point ! Il s’était arrêté et fixait l’Oiseau Vermillon des deux yeux. On pouvait lire la peur sur son visage.

Lin Ming ne comprenait pas. Mm ? Etait-il effrayé ?

Au même moment, la créature pencha la tête vers le sol et posa son regard sur l’avatar du Chaman Ver de Feu. Un frisson de frayeur traversa alors le petit être de feu. Un cri misérable sortit de sa bouche et il tourna aussitôt les talons pour partir en courant.

Sa vitesse était désormais nettement plus rapide que lorsqu’il poursuivait Lin Ming ! Il se transforma en une vive lumière rouge et fila dans les airs. Le temps de quelques respirations plus tard, il atteignait déjà la jungle et disparaissait hors de vue !

Lin Ming resta pantois. Pourquoi s’était-il enfui ?

L’Oiseau Vermillon sembla hésiter un instant avant de laisser tomber et de reprendre sa trajectoire initiale.

Il se déplaçait dans les airs avec une élégance majestueuse. Ses ailes battaient doucement mais cela ne l’empêchait de voler à vive allure. Quelques secondes à peine s’écoulèrent que l’on ne pouvait plus distinguer qu’une petite ombre rouge s’évanouissant à l’horizon.

Lin Ming était dérouté. Le petit être de flammes avait visiblement peur de l’Oiseau Vermillon.

Peut-être que

Evidemment ! C’est une Bête Sacrée d’attribut feu ! Chi Guda espérait trouver des plumes ou des flammes de l’Oiseau Vermillon pour nourrir ‘Flamme Eternelle’, l’Esprit de Feu du Chaman Ver de Feu. C’est pour ça que tous ces soldats fouillaient le Marécage Noirâtre !

D’un autre côté, j’imagine que l’Oiseau Vermillon se serait fait une joie de dévorer un Esprit de Feu ! D’où l’inquiétude sur le visage du petit être de flammes et sa fuite désespérée !

Lin Ming sourit en prenant conscience de ce qui venait de se passer, puis il activa sa technique de déplacement et s’élança dans la même direction que l’Oiseau Vermillon avait prise.

Mais la créature était particulièrement rapide, nettement plus que lui, et il ne la revit plus.

Lin Ming craignait que l’avatar du Chaman Ver de Feu ne se relance à sa poursuite, et se déplaçait donc le plus rapidement possible en restant proche du sol. Il changea fréquemment de direction et s’arrêta finalement dans un amas touffu de buissons au sein du marais.

Les tiges d’herbes épaisses du Marécage Noirâtre étaient si hautes que l’on aurait dit de petits arbres. Essayer de trouver quelqu’un qui s’y cachait revenait à chercher une aiguille dans une botte de foin.

Une fois qu’il fut certain d’avoir trouvé un endroit suffisamment sûr, Lin Ming sortit une pierre de véritable énergie et commença à méditer.

Il ralentit le rythme de sa respiration et masqua toutes ses fluctuations d’énergie pour se cacher du reste du monde. A tel point que même un maître Houtian aurait du mal à remarquer sa présence.

Les heures passèrent et le jour déclina rapidement. La nuit était des plus dangereuses à travers le Marécage Noirâtre. Lin Ming devait récupérer ses forces le plus vite possible.

Une heure s’écoula encore lorsqu’un bruit d’explosion lui fit ouvrir les yeux. La pierre de véritable énergie venait de se briser. Ses réserves étaient pleines et les pouvoirs du feu et du tonnerre rétablis. Il allait pouvoir repartir !

Alors que la nuit recouvrait le monde de son voile de pénombre, des serpents et des insectes venimeux en tout genre commencèrent à s’agiter entre les hautes herbes. Mais puisqu’il se déplaçait quasiment en volant, Lin Ming ne fut pas dérangé.

Selon ses estimations, il se trouvait au centre du marécage.

Celui-ci faisait près d’un millier de kilomètres carrés. S’il revenait sur ses pas, il retrouverait la Tribu Sombre Marais. A l’inverse, s’il continuait plus avant, il finirait par atteindre la Montagne Frappée par la Foudre dans huit cents ou neuf cents kilomètres supplémentaires.

Initialement, c’était là-bas qu’il avait prévu de se rendre après avoir tué Chi Guda. Qui sait ce qu’il pouvait y découvrir ?

Na Yi lui avait raconté qu’on trouvait de l’Herbe Tonnerre sur les flancs de la montagne. Herbe Tonnerre qui pouvait valoir pas mal d’argent selon son âge. Cependant, la région était suffisamment dangereuse pour que même un maître Houtian ne se risque pas à grimper imprudemment. La plupart de ceux qui s’y rendaient se contentaient de prospecter dans les plaines en contrebas.

Lin Ming n’était pas prétentieux au point d’imaginer surpasser un artiste martial Houtian. S’il s’y rendait, ce serait lui aussi pour chercher au pied de la montagne. Il n’avait aucune raison d’entreprendre son ascension, à moins de vouloir explorer tous les secrets de la Montagne Frappée par la Foudre !

La nuit sombre était comme un rideau illuminé par la lumière brillante de la lune. Lin Ming bondissait d’herbe en herbe d’un pas léger et rapide en s’élevant d’une trentaine de mètres à chaque saut.

Alors qu’il se trouvait à encore plusieurs centaines de kilomètres, une ombre massive se découpa petit à petit à la faveur du clair de lune. On aurait dit un titan !

Un point se détachait de l’ensemble ; le sommet le plus haut de la chaîne, au sommet duquel on pouvait apercevoir des flashs lumineux. Il s’agissait des éclairs qui s’abattaient sans cesse contre la roche.

La Montagne Frappée par la Foudre constituait la chaîne de montagnes la plus importante des Etendues Sauvages Australes. Son point culminant – mais aussi, par extension, son sommet le plus célèbre – s’élevait à près de trente mille mètres de haut et s’enfonçait directement dans le ciel. Le sommet était au-dessus des nuages et la pluie et la neige ne s’y abattaient jamais. Les cieux du Continent du Grand Dévers se divisaient en six couches distinctes. Sous les nuages, on trouvait la Voûte Céleste ; niveau auquel la pluie, la neige et la grêle prenaient forme. Si ce n’est qu’il pouvait y faire froid dans les hauteurs les plus importantes, cette couche n’avait rien de particulier et n’importe qui pouvait y survivre.

La Bourrasque Céleste venait ensuite, trois mille mètres au-dessus des nuages. Ici, des vents violents soufflaient indéfiniment. A tel point que même un Aigle des Vents Célestes aurait du mal à s’y aventurer.

Venait ensuite la couche du Chaos Primordial, dans laquelle les éléments du métal, du bois, de l’eau, du feu, de la terre, du tonnerre et du vent existaient dans leur état le plus riche et le plus complet. C’était un endroit absolument insupportable où aucune forme de vie n’avait sa place. Un artiste martial Xiantian ne résisterait pas à une exposition avec l’énergie qui régnait en ces lieux.

Le point culminant de la Montagne Frappée par la Foudre, du haut de ses trente mille mètres, approchait cette couche du Chaos Primordial. Le sommet étant presque entièrement constitué de minerai magnétique, il attirait naturellement le pouvoir du tonnerre depuis la couche du Chaos Primordial en entraînant cette pluie interminable d’éclairs.

D’où le nom de ‘Montagne Frappée par la Foudre’.

Lin Ming aimait à penser que, puisque le tonnerre s’abattait sans arrêt au sommet de la montagne, il y avait une chance importante qu’une Âme de Foudre s’y soit formée. Mais l’ascension représentait un grand risque même pour un maître Houtian, alors qu’il n’en était lui qu’au sommet du Façonnage Osseux. Il n’avait donc aucune chance de mettre la main dessus, si tant est qu’il y en ait une…

Mais cela ne le décourageait pas pour autant. Il voulait faire le voyage pour voir de ses propres yeux ce que cette montagne pouvait avoir de si terrifiant et, deux heures plus tard, il arriva à son pied.

Il découvrit alors qu’une tribu vivait ici. Le jour n’était pas encore levé et la lumière était encore faible, mais les habitants se préparaient déjà pour une nouvelle journée de travail.

Les fermiers poussaient leurs charrues et les marchands installaient leurs étals.

Si la montagne est infestée de Lézards Tonnerre, ne craignent-ils pas la formation d’une harde ? se demanda Lin Ming, interloqué par leur insouciance. 

Une fois dans le village, il chercha immédiatement une auberge pour pouvoir se reposer et faire le point sur la situation avant de décider s’il allait ou non tenter l’ascension.

Il entra dans la première qu’il trouva et balaya les lieux à l’aide de sa force d’âme. A sa grande surprise, de nombreux maîtres séjournaient ici et l’aubergiste pratiquait lui aussi les arts martiaux. Il en était à la première étape de la Transformation du Corps.

Tous ces gens étaient ici pour l’Herbe Tonnerre ?

« Salutation jeune héros ! Tu es là pour la Montagne Frappée par la Foudre ? lui demanda l’aubergiste en souriant.

     – Mm », acquiesça Lin Ming. Il avait retiré son masque et laissait apparaître une cultivation à l’Entraînement des Entrailles. C’était le niveau qu’un génie devait avoir à son âge.

De cette manière, même s’il passait dans les environs, le Chaman Ver de Feu serait incapable de le remarquer.

« Ahh ! les héros viennent de la jeunesse ! Si jeune et déjà à l’Entraînement des Entrailles… Impressionnant ! Impressionnant ! Mais je crains que ce ne soit pas du tout suffisant pour t’aventurer dans la montagne. Tu peux très bien aller faire un tour pour essayer d’apprendre deux ou trois trucs, mais n’espère pas aller cueillir de l’Herbe Tonnerre ! »

Aussi étonnant que cela puisse paraître, Lin Ming fut heureux d’entendre ces mots. Il ne savait pas grand-chose à propos de la Montagne Frappée par la Foudre, mais cet aubergiste semblait visiblement bien renseigné.

« A quoi sert donc cette Herbe Tonnerre ? Et pourquoi autant de gens risquent leur vie pour gravir la montagne dans l’espoir d’en trouver ? » demanda-t-il aussitôt.

Selon lui, cette herbe était sans doute utile pour les artistes martiaux avec une véritable énergie d’attribut tonnerre. Mais ce genre d’individu était plutôt rare et cela n’expliquait pas la forte demande.

Sa question surprit l’aubergiste. Quel drôle de jeune homme ! pensa-t-il. Il était venu jusqu’ici sans rien savoir de la Montagne Frappée par la Foudre.

« L’Herbe Tonnerre contient le pouvoir du Tonnerre. Elle peut être raffinée à l’aide de techniques secrètes et transformée en Perle de Tonnerre ; Perles de Tonnerre qui sont des armes redoutables. Plus l’Herbe Tonnerre utilisée est ancienne et plus le pouvoir de la perle fabriquée sera important. Avec les guerres sans fin qui ravagent la région, les militaires sont toujours demandeur de ce genre de choses pour équiper leurs soldats. Dis-toi que ce sont des flèches améliorées, expliqua-t-il.

     – C’est donc cela… » murmura Lin Ming.

L’aubergiste voyant que son interlocuteur semblait fort intéressé, il reprit quasiment dans la foulée : « J’ai une brochure ici qui récapitule les informations de base au sujet de la région et des lieux les plus importants. Une pièce d’or et elle est à toi jeune héros !

     – D’accord ! »

Lin Ming donna sa pièce à l’aubergiste avec enthousiasme et reçut un feuillet couvert d’informations à propos de la Montagne Frappée par la Foudre. La brochure était grossièrement rédigée à la main.

Sa lecture terminée, Lin Ming comprit finalement pourquoi même les maîtres Houtian se contentaient de rester au pied de la montagne. Et ce pour une raison assez simple : Lézards Tonnerre !

Il s’agissait, sans exagération aucune, de l’espèce de bête féroce la plus violente que l’on puisse trouver à travers les Etendues Sauvages Australes.

Le lézard était souvent considéré comme un serpent à quatre pattes. Comme le disait un proverbe local : ‘Un serpent à quatre pattes c’est un dragon des flots ! Un dragon des flots avec deux cornes c’est un dragon !’

Les lézards partageaient bel et bien de nombreuses similitudes avec les dragons des flots, à commencer par le sang. Et il était facile d’imaginer la puissance d’une bête féroce dans les veines de laquelle coulait le sang d’une Bête Sacrée.

Il n’y avait que peu de Lézards Tonnerre au pied de la Montagne Frappée par la Foudre, et les quelques-uns d’entre eux qui rôdaient aussi bas étaient d’une piètre lignée. On les reconnaissait aisément à leurs écailles blanches et aux éclairs très clair qu’ils crachaient. Leur puissance allait de l’étape de la Transformation Musculaire à celle du Façonnage Osseux.

Mais plus vous montiez et plus ils devenaient formidables. Dans les premières pentes de la montagne, sur ses flancs, les écailles des Lézards Tonnerre arboraient une robe rougeâtre et leurs éclairs étaient rouges, pour une puissance équivalente à celle d’un artiste martial à la Condensation de l’Impulsion.

Plus haut encore se trouvaient les Lézards Tonnerre Bleus avec une force semblable au stade Houtian.

Selon les rumeurs, le sommet abriterait un Lézard Tonnerre Violacé, capable de tenir tête à un maître Xiantian !

Lin Ming déglutit nerveusement en lisant cette ligne. Il n’avait jamais rencontré d’artiste martial Xiantian et n’aurait jamais imaginé qu’il puisse y avoir une créature aussi puissante au sommet de la Montagne Frappée par la Foudre.

Si ce lézard existait bel et bien, ses éclairs étaient probablement capables de directement réduire en cendres un artiste martial Houtian !

Un frisson traversa Lin Ming à cette idée.

Il avait néanmoins un avantage comparé à un artiste martial ordinaire. Il possédait une Âme de Foudre et ne craignait pas vraiment le tonnerre.

Mais ce n’est pas parce qu’il le craignait moins que d’autres que le tonnerre n’était pas sans danger pour lui pour autant.

Il y avait une dizaine d’heures à peine, il était aux prises avec l’avatar du Chaman Ver de Feu dont les flammes étaient capables de le blesser. Tout simplement parce qu’il possédait lui aussi un Esprit de Feu, Esprit de feu supérieur à celui de Lin Ming. Il n’avait donc pas réussi à contrôler les flammes de son adversaire.

J’ai de biens plus grandes chances de m’en sortir dans cette montagne que n’importe quel autre artiste martial de mon niveau. Mais arriver jusqu’au sommet, c’est une autre affaire

Je vais commencer par me rendre à la base de la montagne, je verrai bien jusqu’où je parviens à grimper.