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Chapitre 191 – Drainer ton âme

Le bretteur s’arrêta à deux pas à peine de Na Yi, pourtant, elle conserva le même air calme qu’auparavant, sans manifester la moindre trace de panique. Elle pouvait voir le manche de l’épée trembler, tandis que les yeux du soldat étaient déjà devenus vitreux, comme sans vie. Il lui était visiblement impossible de l’attaquer.

Na Yi ne savait pas ce que Lin Ming venait de faire. Il avait anéanti la mer spirituelle de son adversaire d’un seul regard, le transformant en légume.

Cet homme n’était pas un jeune sot, mais un soldat aguerri de la Tribu du Ver de Feu avec une cultivation au milieu du Façonnage Osseux. Il avait pris part à de nombreuses batailles, sa volonté et son tempérament étaient solides comme l’acier.

Quel genre de pouvoir était-ce ?

Lin Ming ne manquait pas de l’éblouir. Chaque fois qu’elle pensait apercevoir les limites de sa force, elle découvrait aussitôt qu’elle avait tout faux. Il n’y avait qu’un seul mot pour décrire Lin Ming – insondable !

Le bretteur lâcha son épée. Dans son état quasi léthargique actuel, il était comme mort.

Lin Ming avait découvert que cette inspiration martiale pouvait être utilisée pour autre chose que renforcer son cœur des arts martiaux : une attaque mentale !

Il pouvait aspirer l’âme de son adversaire à l’intérieur des cent Samsaras en utilisant son pouvoir dans chacun de ses yeux. Si sa victime se laissait perdre dans la myriade de fragments de souvenirs, sa mer spirituelle s’effondrerait sur elle-même.

Il ne restait désormais plus que le chef des cinq cavaliers, l’artiste martial à la lance.

Son cœur tressaillit en voyant les trois cadavres sur le sol et les yeux hagards et sans vie du dernier bretteur. Il s’était seulement écoulé le temps de deux battements de cils entre le moment où Lin Ming avait brisé la nuque de l’homme avec la peau d’ours et le moment où il avait arrêté le dernier soldat par la pensée. Quatre des cinq artistes martiaux au Façonnage Osseux avaient été vaincus en si peu de temps.

Ce garçon, était-ce un démon ?

L’homme laissa sa lance tomber lourdement sur le sol, ses yeux fixant Lin Ming avec indifférence. Il savait qu’aujourd’hui, il ne pouvait plus ni fuir ni se cacher. Il n’avait tout simplement pas le niveau pour s’en sortir face à un tel adversaire.

L’aubergiste qui observait discrètement la scène depuis le second étage était effrayé au plus profond de son être. Ses forces l’abandonnant, il se laissa glisser le long d’une poutre, l’entrejambe souillée par la peur. Une seule pensée revenait sans cesse dans son esprit : avec tous ces soldats morts dans son auberge, il était définitivement condamné !

« Tu es impitoyable gamin ! Mes compétences ne rivalisent pas avec les tiennes et je ne verrai pas le soleil se lever demain. Mais ne crois pas que tu t’en sortiras vivant ! Notre chef finira tôt ou tard par te trouver, et à ce moment-là, je ne donne pas cher de ta peau et de celles des membres de ta tribu ! Il te découpera en morceaux et te fera bouillir pour te dévorer ! »

Lin Ming s’approcha d’un pas nonchalant et dit avec un sourire provocateur : « Où est-il donc votre ‘chef’ ? Je ne voudrais pas qu’il ait besoin de me chercher alors même que je prévoyais de lui rendre visite. »

Tout en parlant, il forma une barrière de véritable énergie autour d’eux, isolant tous les sons.

Le visage de l’homme à la lance se décomposa et un frisson glacial lui parcourut l’échine. Evidemment, pourquoi un tel individu se rendrait dans un endroit aussi insignifiant que la Vallée Brumeuse sans raison précise ? Il était là pour leur chef !

En analysant les fluctuations de sa véritable énergie, il semblait être au sommet du Façonnage Osseux, mais peut-être était-il en réalité au sommet du Houtian ? Ce qui expliquerait qu’il soit capable de cacher son vrai niveau de cultivation, puisqu’il aurait atteint le palier du retour à l’origine.

L’homme à la lance savait déjà qu’il ne s’en sortirait pas en réalisant cela. Sa vie s’arrêterait au moment où cet interrogatoire toucherait à sa fin. Puisqu’il en était ainsi, autant mourir. Il serra les dents en s’apprêtant à se suicider, mais la force d’âme de Lin Ming était déjà verrouillée sur son corps. Il ricana froidement et le frappa d’un coup de paume de main au premier changement dans sa véritable énergie.

La Paume qui Morcèle le Cœur !

Impérieuse et irrésistible, sa véritable énergie plongea dans le corps de son adversaire en détruisant ses méridiens sur son passage. L’homme s’effondra par terre en toussant, le teint livide à cause de la douleur.

Il tenta de faire circuler sa véritable énergie, mais à sa grande surprise, il découvrit avec effroi que son corps n’était plus qu’une coquille vide ; il n’était plus capable de mobiliser la moindre petite particule de véritable énergie.

« Que m’as-tu fait ? demanda-t-il d’une voix tremblotante de peur et d’inquiétude.

     – J’ai ruiné tes arts martiaux, répondit sèchement Lin Ming

     – Tu… tu as ruiné mes arts martiaux ? ha ! haha ! » L’homme à la lance se mit à rire comme s’il avait perdu la tête. La douleur à travers ses méridiens ne laissait aucune place au doute, il savait que Lin Ming ne mentait pas. Ruiner les arts martiaux d’un soldat ou d’un artiste martial était nettement plus cruel que de le tuer !

Mais Lin Ming se fichait bien de ce que son adversaire pouvait penser. Il le ramassa au sol en disant à Na Yi et Na Shui de le suivre.

« Oui », répondit Na Yi en se levant immédiatement. Na Shui était dans une sorte de transe. Elle avait la chair de poule à chaque fois que Lin Ming bougeait le petit doigt.

Il n’y avait jamais eu de combat, pas plus lorsqu’il s’était débarrassé des deux bandits que du loup corrompu ou de ces cinq odieux soldats. C’était tout simplement un colosse inébranlable qui écrasait et massacrait tous ceux qui lui faisaient face !

Cette force impressionnante faisait une forte impression à la jeune fille !

« En avant Na Shui !

     – Eh ! oui… » L’intéressée resta figée quelques secondes avant de se lever à son tour, tandis que Lin Ming sortait déjà de l’auberge.

Il attrapa sans ménagement l’un des cinq Chevaux de Sang Cramoisi par la bride, avant de jeter l’homme à la lance à l’arrière de la selle et d’y grimper à son tour.

Mais l’animal portait bien son nom et était particulièrement intelligent. Ne reconnaissant pas son maître, il souleva brusquement la croupe pour tenter d’éjecter l’impertinent.

« Humph » fit Lin Ming en resserrant son étreinte avec ses deux jambes. Le cheval ne put résister à cette force brutale et faillit s’effondrer en gémissant. Il n’osa plus résister par la suite.

Lin Ming ne s’attendait pas à un tel tempérament. Il regarda les sœurs Na et leur dit : « Vous chevaucherez celui-ci. »

Après quoi il mit pied à terre, récupéra son ‘passager’ et se dirigea vers un autre cheval. Na Yi et Na Shui se hissèrent au sommet du Cheval de Sang Cramoisi qui, cette fois, ne broncha pas d’un poil.

Le petit groupe s’éloigna ainsi avec deux chevaux.

Ces montures étaient particulièrement rapides, se déplaçant plus vite qu’un humain courant à vive allure de plusieurs fois. Une heure plus tard, ils atteignaient déjà les bordures d’une jungle située à une centaine de kilomètres. Les Etendues Sauvages Australes étaient vastes et présentaient un relief des plus scabreux.

La végétation luxuriante qui se présentait devant eux rendrait n’importe quelle recherche difficile. Même une armée toute entière aurait du mal à y retrouver sa cible.

Lin Ming s’arrêta dans une clairière et jeta le soldat au sol comme une marchandise. Il se tourna ensuite vers les sœurs Na et leur dit : « Vous deux, faites de la boue et étalez là sur nos montures. Leur couleur rouge est bien trop visible.

     – Mm. Entendu », acquiesça Na Yi.

Lin Ming se dirigea ensuite vers le soldat. Il avait de nombreuses questions à lui poser. Non seulement il voulait apprendre ce qui se tramait au Marécage Noirâtre, mais aussi connaître les raisons qui poussaient Chi Guda à se déplacer en personne. Plus important encore, il espérait obtenir des informations à propos de la flamme éternelle de la Tribu du Ver de Feu. Il devait s’assurer qu’il s’agisse d’un véritable Esprit de Feu et tenter d’en apprendre plus sur la puissance du Chaman Ver de Feu.

En définitive, c’était bien là son objectif.

Mais il comprit à l’air railleur du soldat que ce ne serait pas si simple d’obtenir de lui ces informations.

Ce genre de canaille était des plus pénibles à faire parler. Il était difficile d’en obtenir quoi que ce soit, même sous la torture !

Lin Ming sortit une dague de son anneau spatial et lui dit en s’asseyant devant lui : « J’ai pas mal de choses à te demander. Réponds-y et je te laisserai partir.

     – Me laisser partir ? ha ! ha ! se mit-il à rire comme si c’était la blague la plus drôle qu’il ait jamais entendue. Et qui te dis que je veux vivre ? Hein !? Je me fiche que tu me relâches ! J’ai arraché beaucoup d’âmes à cette terre, je peux très bien mourir maintenant !

Tu crois que tu m’impressionnes avec ta petite dague ? Laisse-moi rire ! T’étais encore pendu aux seins de ta mère que j’arrachais déjà des boyaux à de pauvres enfoirés pour les faire parler ! Tu veux peut-être que je te dise où frapper pour que ce soit le plus atrocement douloureux ? Eh bien ! tu veux que je te dise comment amener quelqu’un à supplier pour qu’on l’achève ? »

Un sourire arrogant et satisfait se dessina sur ses lèvres. Mais cette expression amusée ne fut que de courte durée. Son visage commença à se crisper, comme s’il venait de faire une rencontre terrifiante, et son teint pâlit.

Lin Ming n’avait pas bougé d’un cheveu. Il était toujours assis face à lui, mais ses deux yeux s’étaient transformés en des vortex noirs aux profondeurs infinies.

Les coins de la bouche du soldat tressautèrent et dans un cri misérable, il roula sur le sol. En l’espace d’un demi bâton d’encens, ce n’était déjà plus qu’un amas de chair inexpressif et dégoulinant de sueur incapable de se redresser sur lui-même. Son esprit était encombré de multiples visions confuses. Il avait l’impression que son cerveau était transpercé par un millier de lames. La douleur était telle qu’il en était à souhaiter sa propre mort.

Lin Ming y était allé particulièrement gentiment avec lui. S’il avait déployé le plein potentiel de son inspiration martiale ‘Samsara’, ce comandant autoritaire ne serait déjà plus qu’une bête.

Le soldat ne souriait plus du tout. Cette effrayante douleur de déchirement qu’il avait ressentie à travers son âme l’avait poussé à désirer une mort immédiate.

Les lèvres de Lin Ming se redressèrent pour former un sourire malicieux. L’on aurait dit un diable souriant. Le soldat sentit son cœur se glacer. Il n’avait jamais rien vu d’aussi terrifiant que ces yeux sans pupilles de Lin Ming. Il n’y avait rien d’autre que deux vortex noirs, tournoyants comme s’ils abritaient un vide sans fin.

« Que… qu’est-ce que tu viens de faire ? » Le soldat avait perdu tout son sang-froid. A ses yeux, celui qui lui faisait face n’avait plus rien d’un humain.

« Rien. J’ai seulement drainé une partie de ton âme, répondit paisiblement Lin Ming.

Tous les humains possèdent une âme. Lorsque nous mourrons, notre âme se réincarne. Cependant, si elle est brisée, on reste annihilé, sans jamais pouvoir entrer dans le Samsara. Tu viens de voir les images n’est-ce pas ? Ce sont les mémoires de ton âme, de ses vies passées. Je vais t’offrir une dernière chance, mais si continues de ne pas parler, je siphonnerai ton âme et ton esprit afin que tu ne puisses plus jamais rejoindre le cycle du Samsara ! »

Lin Ming essayait simplement de l’effrayer avec des histoires inventées de toutes pièces. Mais ses mots résonnèrent à l’oreille du soldat comme ceux d’un démon, et il trembla de peur.

Les habitants des Etendues Sauvages Australes étaient très pieux. Le pouvoir théocratique primant la plupart du temps dans les tribus sur celui du prince ou du chef militaire. Le dirigeant le plus haut placé se trouvait donc souvent être un Chaman, un Roi Sorcier ou un Envoyé du Sorcier, sans pour autant qu’il soit chargé de commander à proprement parler.

La croyance en la réincarnation était profondément ancrée dans le cœur des gens.

« N’importe quoi ! Tu crois vraiment que je vais gober un truc pareil ? » s’emporta le soldat. Il essayait de se montrer brave alors que, au fond de lui-même, il était tétanisé.

« Crois-moi ou non, mais quel est ton choix ? » Lin Ming sourit avec cruauté. Ses pupilles se mirent à nouveau à tourner lentement en formant deux vortex noirs. Ses yeux n’avaient plus rien d’humain.