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Chapitre 174 – Les secrets de la Pagode du Sorcier

Chaque personne entrant dans la pagode faisait-elle l’objet d’une évaluation de ce genre ? Qu’advenait-il de ceux qui ne satisfaisaient pas aux prérequis ?

Une série de questions surgirent dans l’esprit de Lin Ming. Mais il n’eut pas le temps d’y réfléchir, l’espace autour de lui commença soudainement à se tordre et il fut pris de vertiges. C’était comme si son corps était une pelote de coton flottant dans le vent.

Son corps paraissait incroyablement léger et ses organes semblaient avoir été tordus à plusieurs reprises. Cette sensation inconfortable donnait vraiment envie de vomir.

Sans qu’il puisse dire combien de temps s’était écoulé, Lin Ming sentit qu’il tombait et il atterrit finalement sur la terre ferme. Il étendit les bras et, s’appuyant sur ses mains, ressentit une chaleur intense émaner du sol.

« Serait-ce… la tour intérieure de la Pagode du Sorcier ? »

Lin Ming se massa les tempes endolories en relevant le regard. Il fut surpris de découvrir que dans cette terre à l’intérieur de la pagode, l’environnement était recouvert de sang.

Dans la vaste étendue du monde dans lequel il se trouvait, tous les rochers étaient rouges, le sol était stérile et désolé, et non loin de lui, plusieurs lacs de sang géants s’étendaient à perte de vue. De grosses bulles de gaz chaud se formaient à leur surface et éclataient en libérant une odeur nauséabonde.

Des lacs de sang ?

Lin Ming déglutit à cette idée. Si c’était bel et bien du sang, quelle quantité fallait-il rassembler pour former un lac ?

Etait-ce un monde illusoire ou le monde réel ?

La violente nausée qu’il avait ressentie un peu plus tôt et cette désagréable sensation de distorsion l’amenèrent à penser qu’il venait d’emprunter une matrice de téléportation sur une longue distance.

Il avait déjà vécu une expérience similaire en se rendant à la Cave de Lave de la Maison Martiale. Mais la distance parcourue n’était alors que de plusieurs centaines de kilomètres, soit assez peu pour une matrice de téléportation. La sensation de distorsion avait duré plus longtemps cette fois, et plus désagréable encore. Jusqu’où avait-il été téléporté ?

A ce moment-là, une lumière rouge apparut de nulle part face à lui et forma petit à petit un immense œil rouge.

Lin Ming sursauta intérieurement en le voyant et fit inconsciemment un pas en arrière. Cet œil lui inspirait un sentiment d’horreur. Qu’était-ce exactement ?

« Salutation, humain, » résonna une voix dans les oreilles de Lin Ming. Elle s’exprimait en langue antique, celle du Domaine des Dieux.

« Qui êtes-vous ? » demanda Lin Ming.

Il se souvenait avec précision de cet œil, dont il avait croisé des représentations tout au long de son chemin jusqu’ici. Depuis ses premiers pas sur la Terre Sacrée du Sorcier jusqu’à la porte de la pagode, en passant par les sculptures et la clé permettant d’avancer au-delà du troisième niveau ; tous ces éléments renvoyaient à cette forme d’œil. Lin Ming pensait jusqu’à maintenant qu’il s’agissait d’une sorte d’objet sacré utilisé par les tribus des Etendues Sauvages Australes. Il n’avait pas imaginé un instant rencontrer un œil géant pareil à l’intérieur de la pagode.

« N’ait crainte, je m’appelle Yan Mo. Je vis dans l’espace entre la vie et la mort et je me nourris des rêves. J’ai été assujetti par le Maître il y a de cela vingt-neuf mille ans, devenant son familier.

     – Le Maître ? Un familier ? Serais-tu au service du Sorcier ?

     – Oui. C’est ainsi que les habitants des Etendues Sauvages Australes nomment mon maître. Il a fondé un vaste Royaume Divin à travers ces terres il y a cinquante mille ans. Puis, après deux millénaires passés à le diriger, il s’est élevé vers le Domaine des Dieux, laissant à ses descendants le soin de diriger. Le Royaume Divin a prospéré pendant dix mille ans, puis le monde a connu de grands changements et il a lentement périclité.

Après des siècles de conflits majeurs engendrés par des hommes malveillants, plusieurs hardes de bêtes féroces, des catastrophes naturelles de grandes ampleur comme des tremblements de terre et des éruptions volcaniques, le Royaume Divin de mon maître, autrefois vaste et puissant, s’est évanoui dans l’oubli. Dix mille ans se sont encore écoulés jusqu’à ce que la région devienne ce qu’elle est aujourd’hui. Les marécages et la végétation ont repris leurs droits et les bêtes et insectes en tout genre se sont multipliés en pagaille. Les premiers habitants de ces terres sont morts, emportés par la guerre ou la colère des éléments, et les quelques rares survivants se sont dispersés aux quatre coins du monde, conduisant à l’apparition des peuplades actuelles des Etendues Sauvages Australes.

Il y a vingt mille ans, mon maître sentant la fin de sa destinée approcher, il décida de revenir ici avant de se couper du monde. Tout cela pour découvrir que le Royaume Divin qu’il avait laissé n’était plus que ruines et que ses descendants étaient devenus des individus primaires. La tristesse qui ébranla son cœur fut telle qu’il décida d’établir ces soixante-douze pagodes et fit de moi leur éternel gardien. Il espérait qu’elles puissent offrir une lueur d’espoir à ce qui restait de sa descendance.

Lin Ming l’écouta avec stupéfaction. Il pensait que ce Sorcier n’était qu’une super existence parmi d’autres dans le Domaine des Dieux, aussi féroce qu’il ait pu être sur le Continent du Grand Dévers. Cependant, à écouter Yan Mo, il semblait en réalité que le Sorcier ait été un maître absolu !

Selon l’adage, cent ans pour une Dynastie, un millénaire pour une Secte, dix millénaires pour une Terre Sacrée. Et d’après Yan Mo, le Royaume Divin avait existé pendant plus de dix mille ans, c’était donc une Terre Sacrée ! Quant au Sorcier, son fondateur, il avait vécu pendant près de trente millénaires ! L’on ne pouvait pas ne serait-ce qu’imaginer à quel point son pouvoir était formidable !

« Je vois. Ces soixante-douze pagodes ont donc été laissées derrière lui par le puissant aîné du Domaine des Dieux avant qu’il n’entre en réclusion. » Lin Ming comprenait finalement pourquoi ces pagodes étaient aussi nombreuses à travers les Etendues Sauvages Australes. La longévité des artistes martiaux s’allongeait à mesure que progressait leur niveau de cultivation. Quand la mort finissait par approcher sans qu’ils parviennent à faire davantage de progrès, ils choisissaient souvent de se retirer du monde pour entrer en méditation jusqu’à leur dernier souffle. Soit ils parvenaient à repousser la frontière de leur cultivation des arts martiaux, soit ils périssaient en essayant.

S’enfermer ainsi en dehors du monde n’était pas un évènement banal. Cela nécessitait de réaliser de nombreux préparatifs. Vous deviez abandonner votre karma à votre destin, pour libérer votre cœur de tous ses démons.

Pour le Sorcier, le Royaume Divin et les descendants qu’il avait laissés derrière lui représentaient une chaîne le reliant à son passé. Il n’avait pas eu d’autres choix que de revenir pour rétablir son karma. Et puisque son Royaume Divin n’était plus, il avait décidé d’établir ces soixante-douze pagodes afin d’offrir une lueur d’espoir aux habitants des Etendues Sauvages Australes. C’était une manière pour lui de s’acquitter de toutes les dettes de son destin pour pouvoir se retirer sans regret.

Avec le temps, les tribus de la région découvrirent les pagodes les unes après les autres, croyant à un miracle. Certains se mirent à vénérer le ‘Sorcier’ comme un être divin et un véritable culte prit forme. Quant à la représentation de l’œil dans leur iconographie, elle s’expliquait tout simplement par le fait que certaines sorcières avaient rencontré Yan Mo.

Maintenant qu’il disposait de toutes ces informations, Lin Ming réalisait d’autant plus à quel point il avait été loin d’imaginer que ces soixante-douze pagodes puissent cacher un tel secret.

« Tu es le premier artiste martial avec un talent du Degré Céleste à apparaître dans les Etendues Sauvages Australes depuis huit cents ans, lui dit Yan Mo. Tu possèdes par conséquent les qualifications pour prendre part à l’épreuve d’évaluation de la destinée. Réussis à compléter l’épreuve et tu obtiendras un trésor à la puissance formidable laissé par mon maître. Mais sache que cette épreuve n’est pas une illusion, c’est une véritable matrice mortelle. Echoue sans t’avouer vaincu et tu mourras. Alors, souhaites-tu entrer et voir ce que te réserve le destin ? »

Un trésor laissé ici par un puissant aîné du Domaine des Dieux ? De quel genre d’objet fabuleux s’agissait-il ? En plus, il pourrait continuer d’obtenir l’énergie stockée dans cette matrice. Il n’hésita pas une seconde.

« Oui ! acquiesça-t-il.

     – Bien. L’épreuve se décompose en sept parties distinctes, toutes plus difficiles que la Pagode du Sorcier. Tu seras la première personne à t’y aventurer depuis plusieurs centaines d’années. Laisse-moi te souhaiter bonne chance ! »

Yan Mo terminait seulement sa phrase que son corps disparut en ondulant comme une vague.

Le monde baigné de sang était de retour. Ce n’était donc pas une illusion, mais une véritable matrice mortelle !

Lin Ming récupéra la Lance Lourde des Profondeurs dans son anneau spatial. Il pouvait utiliser tous les moyens en sa possession ici, sans avoir besoin d’invoquer une réplique.

« Première partie, Enfer ! » résonna dans son esprit une voix calme et monotone.

De nombreuses bulles se formèrent alors à la surface des lacs et des groupes de créatures humanoïdes recouvertes de sang se mirent à en sortir.

« Des démons de sang ! »

Ces créatures apparaissaient partout où le sang coulait en abondance et pouvaient absorber l’essence de sang et la véritable énergie des hommes pour se développer. Il existait même des démons de sang capables de prendre une forme humaine dans certaines régions reculées du monde ; leur force pouvait atteindre celle d’un artiste martial Xiantian !

Lin Ming n’avait rencontré que des brebis sans défense au cours des trois premiers niveaux de la Pagode du Sorcier. Mais désormais, c’était une véritable armée de démons qui approchait ; l’esprit combatif de Lin Ming se mit à bouillonner.

« Tuer ! »

Lin Ming s’élança soudainement et son corps disparut comme celui d’un fantôme. L’on aurait dit que la Lance Lourde des Profondeurs était un éclair de lumière blanche fendant l’air. Deux bruits rapides d’explosion résonnèrent alors dans l’air et deux démons de sang s’effondrèrent au sol, presque parfaitement tranchés en deux.

Cependant, les parties éparses de leur corps se recomposèrent entre elles et ils se relevèrent promptement.

« Immortel ? Il faut croire qu’ils sont coriaces ! Mais puisqu’ils sont tombés sur moi, ils ne peuvent que se lamenter de ne pas avoir eu de chance ! »

Lin Ming secoua sa lance et de la véritable énergie vibrante se déversa dans toutes les directions comme une vague écrasante.

Fluidité de la soie !

Bam ! Bam !

Deux nouvelles explosions retentirent et les deux démons éclatèrent dans un nuage de sang.

Cette fois, ils étaient bel et bien morts. Ce qui restait de leur corps se transforma en une énergie invisible qui flotta jusqu’à Lin Ming et vint nourrir son sang.

« Mm ? C’est… »

Il fut surpris en ressentant le pouvoir de cette énergie. Il s’attendait à ce que ces démons viennent renforcer sa véritable énergie comme les spectres des premiers niveaux de la pagode du Sorcier, pas qu’ils nourrissent la vitalité de son sang.

En réalité, c’était plutôt une bonne surprise. Cette épreuve d’évaluation de la destinée était plus qu’extraordinaire. Aussi difficile qu’elle puisse être, ses bénéfices étaient bien au-delà de tout ce que la Pagode du Sorcier avait à offrir.

Quand la pagode permettait d’augmenter le niveau de cultivation d’un artiste martial, cette épreuve, elle, permettait d’améliorer l’ensemble des aspects faisant sa force.

Par exemple, ces démons de sang augmentaient la vitalité sanguine. ; une vitalité puissante permettant de stocker davantage de véritable énergie et d’améliorer l’endurance globale. Cela permettait également de récupérer plus rapidement suite à une blessure. Il était même possible de faire repousser des membres à partir de rien si votre vitalité était suffisamment riche. Le corps devenait tout simplement immuable.

Cela faisait seulement une dizaine de jours que Lin Ming avait absorbé le Lingzhi Sanguin de cinq siècles, ce qui avait déjà stimulé sa vitalité sanguine. Tuer les deux démons à l’instant lui avait apporté des effets équivalents à un tiers de ceux de la plante. Il ne pouvait tout simplement pas imaginer à quel point sa vitalité allait pouvoir emmagasiner de pouvoir en continuant à éliminer ces créatures.

Un frisson d’inquiétude lui parcourut l’échine en voyant le flot ininterrompu de démons émerger des lacs de sang. Dans le même temps, son esprit combatif s’éleva jusqu’au ciel et les cinq mille filaments de véritable énergie contenus dans sa lance bourdonnèrent d’impatience, comme des dragons en colère. La pointe d’argent se mit à vibrer en émettant un sifflement aigu.

« Battons-nous jusqu’à la mort ! »

Lin Ming s’abattit tel un météore au milieu des démons de sang. La Lance Lourde des Profondeurs qu’il tenait dans ses mains était semblable à un dragon d’argent légendaire plongeant dans un océan vermeil. Le sang coulait à profusion partout où il passait !

Dans ce carnage sanglant, Lin Ming imprégnait chacun de ses coups d’une puissante force de vibration. Une vague circulaire de véritable énergie fluctuait dans l’air tel un tsunami, la pointe de la lance en guise d’épicentre. Les démons éclataient les uns après les autres dans une interminable avalanche de chair et de sang, formant une masse si dense qu’elle finit par donner naissance à un véritable nuage duquel retombait des gouttes vermeilles.

Celles-ci ruisselèrent sur le visage de Lin Ming, le long de ses joues, de ses épaules et de ses bras, jusqu’à maculer entièrement tout son corps. Plus personne n’avait foulé le sol de ce monde depuis près de huit cent ans. Ce nuage de sang représentait donc la vitalité accumulée ici pendant tout ce temps par la matrice ; sa pureté et sa puissance étaient incomparables !

« Vous en voulez encore ? Amenez-vous ! »

Recouvert de sang comme il était, Lin Ming se fondait désormais parmi les démons qui l’entouraient. A tel point que l’on aurait presque eut du mal à le distinguer dans cette pluie rougeâtre. Mais plus il combattait et plus il devenait fort. Il ressentait continuellement l’énergie converger à l’intérieur de son corps, annihilant la fatigue. C’était comme s’il puisait dans un puits d’énergie sans fin.

Du haut de ses trois mètres trente, l’aura de la Lance Lourde des Profondeurs brillait comme un éclair balayant dix mille ennemis !