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Chapitre 367-Début de la grande fuite

Au sein de la forêt dense, on ne voyait que du vert à perte de vue. Une douce brise se levait parfois, faisant naître d’énormes ondulations à travers la mer de végétation jusqu’au bout de l’horizon. L’ensemble de cette jungle en mouvement était très spectaculaire.

Les silhouettes de quelques hommes apparaissaient ci et là dans le ciel bleu. Ces personnes balayaient du regard la forêt en dessous d’eux avec un attention toute particulière. Mais l’épaisse végétation qui dansait au gré du vent recouvrait la quasi-totalité du sol.

Ces hommes passèrent rapidement au-delà d’une partie de la forêt, puis, après avoir réalisé que leur recherche ne menait à rien, ils se regardèrent l’air désarmé et secouèrent la tête. D’un signe de la main, il se séparèrent pour continuer dans des directions différentes.

Quelque part au centre de la forêt, on pouvait voir dépasser le sommet d’un grand arbre, pointé vers le ciel. Bien sûr, il y avait encore beaucoup d’autres arbres encore plus grands et larges tout autour, et donc celui-ci ne paraissait pas suspect…

On pouvait distinguer une branche particulièrement feuillue à la cime de cet arbre :

« Hu… » On pouvait entendre sous le feuillage la respiration haletante d’une personne en peine. Aussitôt, on entendit un grincement de dents et, un moment plus tard, les feuilles se mirent à vibrer légèrement. Un visage dont les sourcils étaient fortement froncés apparut, tourné prudemment vers le ciel, avant de se tourner vers les directions que les hommes avaient précédemment prises. Il soupira alors doucement et s’assit sur la branche, adossé au tronc alors que de la sueur froide coulait sur son front.

Après quelques profondes inspirations, il demanda intérieurement :

« Maître ? Vous êtes encore là ? »

Un long moment plus tard, une voix quelque peu fatiguée lui répondit :

« Ah, petit, les choses se présentent mal cette fois-ci. Le fait d’avoir utilisé deux fois de suite le Courroux du Bouddha m’a épuisé. Si tu ne m’avais pas permis d’absorber les Sept Salives Spirituelles, j’aurais probablement sombré de nouveau dans un profond sommeil. »

« J’ai été trop impulsif… Mais, mon père a disparu, alors… »

« Ah, je sais bien. Tu tiens beaucoup à ton père… Autrement, tu n’aurais pas chargé de manière si directe au cœur même de la Faction des Nuages de Brume, et encore moins éliminé Yun Leng en public. » Le vieux Maître s’exprimait d’une voix douce :

« Tu ne dois pas te le reprocher. Il y a toujours quelque chose qui nous tiens à cœur. Serait-on encore humain sinon ? La solitude peut rendre fou, même en étant puissant. »

« Merci, Maître. » rétorqua Xiao Yan avec à la fois de la reconnaissance et du soulagement.

« Hé hé, pas besoin de remerciements entre nous… » La voix du vieux maître devint ensuite plus grave :

« Nous sommes encore dans la zone d’influence de la Faction des Nuages de Brume. Par conséquent, nous devons partir d’ici le plus rapidement possible. Yun Shan a beau avoir été grièvement blessé en encaissant deux Lotus de Feu, Courroux du Bouddha, les aînés de la faction ne sont pas faibles non plus. Et il y a Yun Yun, un autre Dou Haung. J’ai dépensé trop de force spirituelle et ne peux plus me permettre de te fournir de l’énergie comme avant. Sache aussi que la dernière frappe de Yun Shan a laissé en toi une empreinte énergétique. Pour le moment, je ne peux que faire de mon mieux pour atténuer son oscillation. Si je la détruis, Yun Shan le sentira aussitôt. »

Le garçon acquiesça de la tête, puis il serra le poing en regardant le ciel bleu au travers du feuillage. Il savait que Yun Shan voulait sa tête. La Faction des Nuages de Brume avait déjà dû déployer toutes ses forces pour le capturer, mais dans son état, il serait tout au plus capable d’affronter de simples disciples. Si leurs aînés ou même leurs représentants devaient le retrouver, ils n’auraient aucun mal à le dominer… Et alors, si à ce moment-là, le reste des troupes de la faction entendait des bruits de lutte, ils arriveraient rapidement sur les lieux et tout serait terminé.

Xiao Yan essuya le reste du sang qu’il avait encore au coin des lèvres et murmura :

« D’abord, je dois m’enfoncer davantage dans les profondeurs de la montagne. Si je ne guéri pas convenablement mes blessures, j’aurai du mal à ne serait-ce que fuir… »

« Ah, bonne idée. Un alchimiste n’a pas à s’inquiéter de ses blessures. Les tiennes sont plutôt sévères, mais maintenant que je suis là… Haha, je vais te permettre de récupérer le plus rapidement possible. » dit Yao Lao en riant.

Xiao Yan hocha une nouvelle fois la tête et s’aida de sa main pour se relever lentement. Il avait toute confiance en la capacité de son maître à l’aider à récupérer rapidement.

« En ce moment même, il y a des équipes de recherche à l’est, au nord et au sud de notre position. Par conséquent, nous ne pouvons fuir que par l’ouest de la forêt. » informa Yao Lao.

« Tu dois faire également très attention à ceux qui sont dans les airs. La plupart sont des aînés de niveau Dou Wang. Dans ton état, ce serait très problématique de tomber sur eux par mégarde. »

« Je sais. » Le garçon écarta doucement les feuilles de l’arbre et balaya prudemment le sol du regard. Lorsqu’il fut certain qu’il n’y avait pas la moindre trace de danger, il enserra l’arbre, et se laissa glisser rapidement tout son long comme un singe agile. Il ne relâcha son étreinte que lorsqu’il fut à quelques mètres du sol, prenant alors légèrement appui sur le tronc en se recroquevillant avant de faire un salto arrière qui lui permit d’atterrir presque sans bruit, un genou à terre.

Il balaya ensuite rapidement les alentours du regard avant de se lever pour foncer vers un coin dense de la forêt. Juste au moment où il s’enfonçait dans cette épaisse mer de végétation, un halo de sept couleurs se mit à scintiller devant lui. D’abord surpris, le jeune homme s’arrêta en transpirant de nouveau des sueurs froides, avant de très vite se réjouir. La lueur venait en fait du Boa Céleste aux Sept Couleurs qui avait retrouvé son corps de petit serpent. Pour l’animal, qui avait passé tout son temps depuis sa naissance en compagnie du garçon, il était extrêmement simple de remonter sa trace, avec ne serait-ce qu’un soupçon de son odeur dans l’air.

« Hé hé, petit bonhomme, c’est à ton tour de reprendre le contrôle ? » Il tendit la main et le petit serpent se tortilla sagement jusqu’à lui en tirant la langue et en sifflant.

« Hé hé, c’est bien, c’est très bien… » Xiao Yan ne cachait pas sa joie. Même si l’animal n’était pas aussi puissant que la Reine Méduse, au moins, il lui était fidèle… tant qu’il lui donnerait assez de nourriture…

En même temps, il se mit à grincer des dents avec rage en pensant à cette garce de reine qui était restée les bras croisés lors de son grand combat avec Yun Shan un peu plus tôt.

Il sortit rapidement une bouteille d’Essence de Naissance du Lion Ailé Améthyste de son anneau de stockage, et se servit d’une petite tige de jade pour laisser tomber quelques gouttes dans la gueule du serpent. La petite bête se mit aussitôt à bondir joyeusement, tournant autour de Xiao Yan plusieurs fois avant de rentrer de nouveau dans sa manche.

« Huh… j’ai tout de même de la chance. J’ai au moins cette amulette pour me protéger. »

Le garçon tapota doucement sa manche en poussant un long soupir. Avec le Boa Céleste aux Sept Couleurs à ses côtés, il n’aurait pas à craindre de se retrouver définitivement bloqué s’il tombait nez à nez avec des aînés de la Faction des Nuages de Brume.

« Allons-y. On dirait que des gens viennent dans notre direction, et tu n’es pas en état de te battre. Ton Qi est instable, il ne cesse de monter et descendre. En fait, tu as tous les symptômes d’une imminente montée en puissance… Il semble que tes précédentes batailles t’ont été profitables ! Tu dois vite te trouver un endroit calme pour récupérer, sinon tu pourrais gâcher une belle occasion de gagner en puissance. »

A ces mots, Xiao Yan fut très surpris. C’était une seconde bonne nouvelle, très encourageante, en ces circonstances où il frôlait la mort… Élever sa force, même d’un peu, équivaudrait naturellement à augmenter ses chances de survie.

Il tourna la tête pour observer la forêt dense derrière lui et sourit froidement :

« Yun Shan, de la Faction des Nuages de Brume… on dirait que la rancœur qui nous sépare s’est encore creusée. J’espère pour vous que vous ne le regretterez pas à l’avenir ! Si vous pensiez que moi, Xiao Yan, allais vous supplier la queue entre les jambes… J’ai bien peur que vous vous soyez trompé ! »

Vivant comme un loup solitaire, il avait su endurer un entraînement très rude pendant trois ans. Une fois blessé, il battrait en retraite pour préparer patiemment son retour et porter le coup fatal à son adversaire. Après avoir prononcé ces mots chargés d’une pulsion meurtrière, Xiao Yan prit appui au sol et ne devint plus qu’une ombre noire, s’enfonçant rapidement dans les ténèbres de la forêt.

La zone replongea alors lentement dans le silence, avant qu’une dizaine de silhouettes jaillissent de la forêt quelques minutes plus tard. Avec des regards graves et une épée à la main, des hommes scrutèrent attentivement la zone. Lorsqu’ils virent qu’il n’y avait personne, ils poussèrent un léger soupir de soulagement, puis échangèrent des regards, l’air amer. Les fusées de signal qu’ils tenaient fermement dans leur main droite, prêtes à être lancées à tout moment, furent rapidement replacées dans leur poche intérieure. Il était naturel de la part de ces hommes de manifester autant de prudence. Ce garçon qu’ils pourchassaient avait même été capable de repousser leur grand chef de faction.

Le disciple qui semblait être le chef du groupe s’avança lentement et agita sa longue épée pour graver un symbole sombre sur un tronc d’arbre. Il tourna ensuite la tête et dit à voix basse :

« Nous avons déjà complètement inspecté cette zone. Si nous continuons plus en avant, nous entrerons dans la région nord-ouest de la Chaîne Montagneuse des Bêtes Démoniaques. Là-bas, les bêtes ne sont pas faibles, il nous sera de plus en plus difficile de mener les recherches. Nous allons devoir informer les aînés et les unités volantes. »

L’homme sortit rapidement de sa poche un petit sifflet de bambou qu’il plaça contre ses lèvres. Il souffla doucement et un son aigu qui se propagea rapidement dans toute la forêt dense.