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Chapitre 126 – Zhang Guanyu passe à l’action

Lin Ming fit un sourire gêné, « Que d’éloges. Mais c’est avant tout à mon maître que je dois toute ma réussite. Au fait, qu’est-il arrivé à Lan Yunyue suite à ces derniers évènements ? Est-elle partie avec Zhu Yan ? »

Ils avaient beau avoir coupé les ponts, Lin Ming voulait tout de même savoir. Qui sait ce que Zhu Yan pourrait, dans un excès de folie, lui faire subir par vengeance ?

« Sois tranquille frère Lin, Lan Yunyue va bien. Elle est toujours ici, dans la capitale, mais elle a quitté la Maison Martiale. Son Excellence a dépêché des gardes pour la protéger en secret », lui répondit Lio Wenyuan sur un ton rassurant.

« Oh ? Elle a donc décidé de quitter l’école… » Lin Ming était quelque peu surpris. Quoiqu’il en soit, le Prince Héritier faisait encore une fois preuve d’une grande prévenance. Il y avait vraiment des avantages à rejoindre une puissance majeure. C’était agréable de pouvoir se reposer un peu sur les autres et de ne pas avoir à s’inquiéter de tout par soi-même.

« Je pense avoir tout dit. Sur ce, je te laisse repartir à tes occupations », conclut Liao Wenyuan.

« Mm. Merci frère Liao. »

« Haha, c’est plutôt à moi de te remercier. »

Ces deux-là se saluèrent et repartirent chacun de leur côté, Lin Ming reprenant sa route vers l’Association de l’Inscription. C’était une mauvaise idée de compter uniquement sur l’aide du Prince Héritier pour rassembler tous les matériaux dont il avait besoin.

Si je parviens à réaliser un symbole d’inscription capable d’attirer les maîtres Houtian du royaume, alors je pourrais faire en sorte qu’ils m’aident à chercher ce dont j’ai besoin et, ainsi, gagner un temps précieux…

C’était le plan initial de Lin Ming, et il n’en avait pas d’autre pour le moment.

Réaliser un symbole suffisamment puissant pour susciter la curiosité des artistes martiaux à l’étape Houtian ne l’inquiétait pas outre mesure, ses techniques d’inscription s’étaient grandement améliorées. Mais cette méthode risquait d’attirer encore davantage l’attention sur lui.

Association de l’Inscription –

C’est une Wang Yuhan agréablement surprise qui accueillît Lin Ming, « Monsieur Lin ! » s’enthousiasma-t-elle lorsqu’elle l’aperçût. Cela faisait déjà un certain temps qu’elle attendait dans la pièce d’inscription.

« Mademoiselle Wang, je suis désolé. J’ai été retardé sur la route. »

Lin Ming avait consommé une quantité colossale de sa force d’âme en retournant dans le Cube Magique l’autre nuit. En conséquence de quoi il ne s’était pas réveillé comme à son habitude et avait décidé de se rendre à la Gorge des Vents Effrénés, impatient d’essayer d’appréhender le concept de vent.

« Une poignée de visiteurs attendent déjà », lui dit Wang Yuhan en pointant le doigt en direction du couloir.

Lin Ming tourna la tête et vit une petite dizaine de personnes en train d’attendre patiemment. Habituellement, il n’y avait jamais plus de deux ou trois personnes à cette heure-là.

L’avant-veille, Lin Ming avait enchaîné les requêtes. En parvenant toujours sans difficulté à remplir le contrat, qu’importe qu’on lui demandât de réparer un symbole d’inscription ou d’en tracer un nouveau. Cerise sur le gâteau, les symboles d’inscription qu’il avait réalisés possédaient de bien meilleurs effets que ceux d’un maître de l’inscription ordinaire.

Normalement, seule une minorité parmi les meilleurs maîtres de l’inscription du royaume, tel que Wang Xuanji, était capable d’obtenir un résultat pareil.

Mais quel genre de personnage était-ce ? N’importe qui ne pouvait pas simplement espérer le faire agir. Quand bien même c’eût été le cas, ses tarifs étaient si élevés que très peu d’artistes martiaux auraient pu se permettre de faire appel à ses services.

En comparaison, faire appel à Lin Ming ne coûtait presque rien, sans que la qualité de son travail ne fût réellement inférieure à ces grands maîtres. Evidemment, l’information n’avait pas tardée à se propager et cela entraînait une affluence de visiteurs.

« J’ai entendu dire que le maître de l’inscription émérite est encore très jeune. Mais je ne sais pas du tout ce que vaut cette rumeur », dit un des visiteurs pour tuer le temps. Il était venu avec un trésor du degré humain de grade moyen, qu’il possédait depuis plusieurs mois et pour lequel il n’avait pas réussi à trouver de symbole d’inscription approprié. Ses moyens ne lui permettaient pas d’envisager les symboles les plus intéressants, mais il se refusait à en acheter un quelconque. Sa véritable énergie étant d’attribut glace, ses espoirs allaient naturellement vers un symbole du même type.

Et alors qu’il vaquait à ses occupations l’autre jour, il avait entendu par hasard qu’un nouveau maître de l’inscription émérite s’était établi à l’Association de l’Inscription et avait réalisé un symbole d’inscription ‘Garde de Glace’ qui, une fois placé sur une armure, en avait modifié la couleur. Enthousiasmé par cette nouvelle, il s’était empressé de venir faire la queue ici avant l’aube et y attendait depuis lors. Pourtant, il ne manifestait pas le moindre signe d’impatience. Plus il venait tôt, plus il avait de chance d’être parmi les premiers, voire le premier à exposer sa requête. Le premier symbole d’inscription réalisé par un maître avait pour réputation d’être le meilleur. Tout simplement car à ce moment-là, la force d’âme et la véritable énergie du maître étaient théoriquement optimales, ce qui facilitait les choses. Tandis qu’à mesure que la journée avançait, les chances d’obtenir le meilleur symbole possible diminuaient.

« C’est vrai ! Un de mes amis qui était là avant-hier l’a vu de ses propres yeux et ce n’est encore qu’un gamin. »

« Quelle drôle d’époque ! L’inscription n’est-elle pas réputée difficile ? Comment peut-il en être à un tel niveau ? A ce rythme-là il va surpasser Wang Xuanji en quelques années et comme si de rien n’était. »

« Les jeunes de nos jours sont particulièrement brillants. D’abord Qin Xingxuan il y a quelques années, puis Lin Ming il y a encore un mois de cela, et voilà maintenant un génie de l’inscription. D’où pourrait-il bien venir ? Pourquoi n’avons-nous jamais entendu parler de lui ? »

« Probablement qu’il vient d’ailleurs. Les techniques d’inscription de l’école du Royaume du Grand Avenir n’ont rien d’exceptionnelles. Dans certains pays, l’on trouve des familles entières spécialisées dans certains domaines. Comme des familles de maîtres des matrices, d’alchimistes, de maîtres de l’inscription, de raffineur… L’héritage qu’elles ont accumulé sur des centaines ou des milliers d’années dépasse largement nos connaissances. En analysant la force d’âme des individus les plus remarquables de chaque génération et en arrangeant des mariages uniquement entre des êtres d’exceptions, ces familles sont capables de donner naissance à des descendants absolument formidables, au patrimoine génétique hors du commun. A tel point qu’à un moment donné, l’apparition d’un talent d’âme de grade cinq n’étonne même plus. Tout cela ajouté à des millénaires de connaissances rassemblées au cours des âges, rien d’étonnant à ce que leur niveau de technique d’inscription soit largement supérieur à celui d’un maître ordinaire », expliqua calmement un homme d’un certain âge en caressant sa barbe.

Rien de ce qu’il avait dit n’était réellement secret. Non seulement il existait des familles ancestrales d’artisans, mais la situation était similaire pour les artistes martiaux. Certaines familles existaient depuis des lustres et possédaient une histoire grandiose. A titre d’exemple, exceptée Qin Xingxuan, tous les disciples principaux actuels de la secte étaient issus de glorieuses familles de pratiquants. A leurs yeux, il en était de même pour Lin Ming.

Une jeune réceptionniste vint interrompre la discussion et leur dit poliment, « Le maître de l’inscription émérite est arrivé. Tout le monde attend déjà depuis longtemps, nous allons pouvoir commencer. »

Association de l’Union Commerciale, Quartiers Généraux de la Ville du Grand Avenir –

Zhang Guanyu était étendu sur un lit dans une chambre à la décoration luxueuse, un petit récipient en porcelaine parsemé de fines lamelles d’or dans la main. Dans lequel reposait un liquide d’apparence crémeuse.

Cet épais breuvage parfumé n’était autre que du lait. Mais pas du vulgaire lait de chèvre ou du lait de vache, non, il s’agissait de lait maternel.

Engager des nourrices était une pratique courante chez les gens fortunés, ou du moins répandue. Celles-ci devaient produire du lait qui était ensuite bu et apprécié comme un met délicat. Réputé pour ses valeurs nutritives, le lait maternel était extrêmement riche. D’ailleurs, plus un bébé en recevait avant d’être sevré, plus ses chances de grandir convenablement s’amélioraient. Certains continuaient de croire en ses bienfaits malgré l’âge et c’est pour cette raison que l’on trouvait fréquemment des nourrices dans les manoirs.

C’était généralement des femmes avec peu de moyens, qui venaient de perdre un enfant en bas âge ou qui étaient vendues comme esclaves. La plupart d’entre elles étaient originaires de la campagne et d’apparence peu soignée.

Comme le disait le proverbe, à large bassin accouchement aisé ! De plus, pour fabriquer du lait en abondance, une femme devait elle-même disposer de réserves suffisantes. Ce qui expliquait que les « nourricières » étaient souvent des femmes de forte carrure. Ayant travaillé aux champs pour la majeure partie d’entre elles, leur peau était brunie et talée par le dur labeur et le tempérament capricieux des éléments. Seule une infime partie d’entre elles conservaient encore certains charmes.

Même si en la matière, certains ressentaient malgré tout une attirance. Notamment Zhang Guanyu, qui trouvait chez ces femmes ‘nourrices’ une sensualité débordante. En revanche, toutes les nourrices qui travaillaient pour lui devaient répondre à de stricts critères de beauté. Si bien qu’on pouvait aisément les confondre avec des concubines. D’un autre côté, il n’y avait pas réellement de différence lorsqu’on était au service d’un individu comme Zhang Guanyu.

L’association de l’Union Commerciale exerçait une large influence. C’était une figure incontournable dans le royaume. Par conséquent, il n’était pas rare que certaines familles offrent leurs concubines de leur plein gré afin de s’attirer les bonnes grâces de Zhang Guanyu. Ce qui revenait, par extension, à gagner les faveurs de l’association. Mais il arrivait également que Zhang Guanyu impose ses caprices. Dans ces cas-là, il valait généralement mieux pour les familles qu’elles s’exécutent sans histoire en se séparant des concubines concernées.

Certaines concubines, de nature délicate, ne donnaient que peu de lait. Mais cela ne gênait pas Zhang Guanyu. C’était même plutôt l’inverse ; plus rare, ce lait semblait encore plus précieux à ses yeux.

Lorsqu’une concubine éveillait l’ardeur de Zhang Guanyu, celle-ci rejoignait directement son harem. En matière de femmes, celui-ci s’intéressait à toutes les saveurs inimaginables ; peu importe qu’elle appartînt à un autre.

« L’avez-vous trouvée ? » demanda Zhang Guanyu sur un ton indolent tandis qu’il s’humectait les lèvres dans le récipient en porcelaine.

« J’informe le jeune maître que nous l’avons bel et bien trouvée. » Celui qui venait de répondre était autour de la quarantaine, son souffle était long et les battements de son cœur puissants. Il était à l’étape de l’Entraînement des Entrailles.

« Mm, allons-y dans ce cas-là », s’exclama Zhang Guanyu en avalant d’un seul trait le reste de lait et en se léchant les lèvres avec enthousiasme. Son apparence était particulièrement féroce à cet instant.

« Jeune maître… faire cela, est-ce que… », balbutia l’autre homme qui paraissait ennuyé et hésitant.

« Mm ? Aurais-tu peur d’offenser Lin Ming ? »

« Jeune maître, c’est-à-dire que Lin Ming possède déjà le statut de disciple principal au sein de la Maison Martiale. S’il continue sur cette voix il est plus que probable qu’il devienne Emissaire des Sept Véritables ou Maître de la Maison Martiale. Comment ferons-nous à ce moment-là si nous l’avons offensé ? »

« Si je comprends bien, selon toi je devrais m’allonger au sol pieds et poings liés et le laisser me marcher dessus ? Tout cela dans l’espoir d’en faire un ami ? C’est bien ce que tu me proposes ? » La voix de Zhang Guanyu devint glaciale.

« Jeune maître, ce n’est pas ce que ce subordonné voulait dire », s’empressa de répondre l’intéressé.

« Humph ! La Maison Martiale nous pousse à nous affronter, il n’y aucun moyen que cela se termine paisiblement. Voudrais-tu que je reconnaissance ma défaite ? Crois-tu que Lin Ming se contenterait d’accepter cette générosité ? Je vais leur montrer ce qu’il en coûte de me prendre pour une vulgaire étape dans la progression de leur génial Lin Ming. Je ne suis pas un marchepied ! Quiconque essaie de m’écraser mourra ! »

Zhang Guanyu était de nature arrogante. Quoiqu’il pût accepter que certaines personnes fussent plus fortes que lui, l’idée d’être comparé à quelqu’un de plus jeune lui était insupportable ; en particulier Lin Ming qui avait cinq ans de moins et dont la popularité grandissante ne cessait de l’agacer

Dans ces conditions, leur duel allait probablement attirer l’attention de tout le royaume. Le déshonneur et l’humiliation que Zhang Guanyu connaitrait en cas de défaite étaient imaginables. Son cœur fier ne pouvait pas s’y résoudre.

En réalité, Zhang Guanyu ne doutait pas un seul instant de sa victoire. Mais même s’il gagnait ce duel, il avait le sentiment que Lin Ming pouvait le surpasser. A ce moment-là, plus rien ne l’empêcherait de perdre ; ce qui revenait au même.

Zhang Guanyu était convaincu qu’il n’arriverait jamais à se relever d’une défaite pareille. La progression de Lin Ming était telle qu’une fois dans son ombre, il craignait de ne jamais pouvoir en sortir. Tant son cœur serait blessé dans son arrogance, noué d’amertume et incapable de s’élever face à son adversaire.

Voilà quelle était la plus grande crainte de Zhang Guanyu, ce qu’il appréhendait au-delà de toute chose.