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Chapitre 737 : Le chef

Roland savait pertinemment que c’était pure spéculation de sa part.

« Je ne peux tout de même pas tirer une conclusion basée uniquement sur les documents issus de cette civilisation souterraine dont je n’ai pas même vérifié le contenu », pensait-il.  « Cette civilisation était persuadée d’avoir survécu à force de combats, mais que dire de leurs adversaires qui, sans doute, savaient utiliser le pouvoir magique ? Où pourrait-on en retrouver des traces ? Et les êtres humains ? Les sorcières sont-elles apparues juste avant la première de la Divine Volonté ou les êtres humains connaissaient-ils déjà la magie à l’âge où ils n’étaient encore que des primates, voire au début de l’ère des mammifères ?

Il se peut que les êtres humains de ce monde n’aient pas connu un processus d’évolution aussi long. Se pourrait-il qu’ils soient devenus ce qu’ils sont maintenant en mutant après une victoire ? »

Pour répondre à ces questions, il aurait sans doute besoin de l’aide d’un grand nombre d’explorateurs exceptionnels comme Tonnerre.

La survie de l’humanité restant sa principale priorité, il était certain d’avoir bientôt les réponses à ces questions.

– « Cette relique était-elle entre les mains de l’Église… pardon, je voulais dire la Cité des Météores, avant que vous ne la transportiez sous terre ? » Demanda-t-il à Pasha.

En effet, depuis qu’il connaissait l’importance de cette relique, il se souciait de sa sécurité.  

« Oui », répondit-elle. « Le fait de l’enterrer sous terre n’ayant aucun effet sur la Divine Volonté en raison des tableaux géants, elle a toujours été protégée par les plus puissantes organisations de sorcières. C’est bien pour cela qu’ils ont lancé de furieuses attaques contre Hermès durant ces derniers mois. »

Sur ce, elle déplaça son corps immense pour permettre à Roland de voir, derrière elle, les deux piles de cadavres de bêtes démoniaques et le sang bleu pâle qui coulait sur le sol.

« Lorsque nous avons appris que la Cité des Météores avait subi un sérieux revers, nous avons au plus vite récupéré la relique qui est à présent en sécurité entre nos mains. »  

– « Comment avez-vous pu tuer autant d’hybrides démoniaques ? » demanda Wendy, le souffle court.

– « L’Instrument de la Rétribution Divine est en mesure de priver les cibles de leur pouvoir magique. Cela fait, ces monstres ne tardent pas à mourir », répondit Pasha qui lui expliqua brièvement le fonctionnement de l’instrument. « Ceci dit, il ne deviendra une arme puissante que lorsqu’il aura été activé par l’Élue. »  

Roland saisit aussitôt :

– « S’il supprime leur pouvoir magique, cela signifie-t-il qu’il ne nuit pas aux animaux normaux ? La Pierre du Châtiment Divin a-t-elle une influence sur cet instrument ? »  

– « Non », répondit-elle. Cela affecte directement le pouvoir magique. »

Roland dut admettre que cet instrument, capable d’agir dans un rayon de plus de cinq mille kilomètres sans toutefois causer de tort aux êtres vivants privés de pouvoir magique, était vraiment une arme écologique. Il était regrettable que son activation soit si compliquée.  

La civilisation souterraine avait-elle réellement testé la puissance de cet instrument ? Peut-être n’était-ce que de la théorie, sinon, comment expliquer qu’ils aient perdu cette relique au cours de la guerre ? À moins qu’ils n’aient créé quelque chose qu’ils étaient incapables d’utiliser ? C’était si absurde que cela ne pourrait se voir que dans cet étrange univers qu’était la magie.   

Si cette civilisation souterraine possédait une théorie avancée de la magie et que les Diables étaient capables de cultiver différents types de capacités, les humains n’avaient guère d’intérêt à manipuler le pouvoir magique. Les sorcières ne formaient pas un groupe stable. En effet, l’éveil se produisait de façon hasardeuse et il était particulièrement difficile de prévoir et contrôler leurs capacités. IL leur faudrait encore beaucoup de temps pour évoluer mais malheureusement, l’humanité n’avait guère de temps devant elle.

Roland était certain que lorsqu’enfin les sorcières de Taquila auraient trouvé l’Élue, l’armée de la Cité Sans Hiver, équipée d’armes sophistiquées en acier, aurait déjà pris le dessus dans la guerre contre les Diables.

Cependant, jamais il n’oserait nier l’existence du pouvoir magique dans ce monde.

Il décida donc de mener des recherches parallèles sur la science et le pouvoir magique afin d’accroître leur productivité, ce qui génèrerait davantage de ressources à consacrer aux études sur le pouvoir magique, persuadé que tant qu’il y avait de l’argent et de la main d’œuvre, il fallait en profiter pour mener à bien ses recherches.

Maintenant qu’il s’était fait une idée de la situation des survivantes de Taquila, il était temps de passer aux négociations.

« Merci, Pasha, de m’avoir éclairé sur votre situation et les résultats de vos recherches », dit-il. « Les Diables étant notre ennemi commun, il faut absolument que nous œuvrions ensemble et unissions nos ressources. Que diriez-vous de créer un front de la Divine Volonté pour améliorer notre coopération et notre coordination ? »

Pacha agita ses tentacules :

– « Entièrement d’accord », dit-elle. « Nous espérons seulement que Votre Majesté poursuivra sa politique pour rassembler davantage de sorcières car toutes les sorcières de Taquila espèrent trouver l’Élue. Nous allons envoyer une Sorcière du Châtiment Divin vous apporter une autre Pierre à Cinq Couleurs. »  

« Soyez tranquille, je comptais bien poursuivre ma politique, quand bien même vous ne m’en auriez pas parlé. J’ai l’intention d’étendre dans mon royaume notre organisation de sorcières, cependant… » Il marqua une courte pause : « Je suis d’avis que vous devriez migrer vers les montagnes situées à l’ouest de la Cité Sans Hiver. »

– « Eh bien… »

Pasha n’eut pas le temps de répondre que déjà, toutes les sorcières présentes dans la salle étaient en émoi :

– « Votre Majesté ? »  

– « Et pour les bêtes démoniaques ? »

Toutes les sorcières avaient les yeux fixés sur lui, certaines inquiètes, d’autres nerveuses. Seule Ayesha semblait l’approuver : on aurait dit qu’elle savait qu’il allait faire cette demande.  

Roland leur fit signe de se calmer et de se détendre, après quoi il se tourna à nouveau vers Pasha :

« Pour être honnête », dit-il, « je ne suis pas d’accord avec votre initiative de vouloir protéger seules la relique. Si jamais vous veniez à la perdre, tous les efforts de l’humanité seraient vains. Certes, les bêtes démoniaques ne sont pas des ennemis acharnés, mais privées de la ligne de défense d’Hermès, êtes-vous certaines de parvenir à protéger la relique si jamais les Diables vous attaquent par surprise ? »

Ayant appris que la civilisation souterraine avait sans doute commencé à s’éteindre après avoir perdu sa part de la relique, il était d’avis que celle-ci serait mieux protégée si elle était en sa possession ou tout au moins non loin de lui. Il se sentirait rassuré s’il pouvait envoyer une armée afin de les soutenir si jamais elles venaient à être attaquées.  

– « Il nous suffit de changer le noyau d’annihilation et les Diables seront éradiqués aussi facilement que l’ont été les bêtes démoniaques », dit Céline, visiblement fâchée.

– « Détrompez-vous », répondit Roland. « Les Diables sont beaucoup plus puissants et intelligents que les hybrides démoniaques. À voir les cadavres accumulés, je pense que ces bêtes démoniaques étaient autrefois très proches de votre région centrale. Si je ne me trompe pas, votre Instrument de la Rétribution Divine est sans doute très proche de l’instrument fantôme. »

À ces mots, le Roi vit se raidir les petits tentacules de Pasha.

« Si jamais vous étiez attaquées par des Diables Fous armés de lances, combien pensez-vous pouvoir sauver de noyaux magiques ? »  

– « Mais… »

« Si vous êtes persuadées que je ne ferai pas mieux que vous ou si vous craignez que les reliques attirent les bêtes démoniaques, vous pouvez vous installer du côté des montagnes occidentales, non loin des Plaines Fertiles. Ainsi, je construirai une route afin de faciliter l’accès entre votre localisation et la Cité Sans Hiver, de manière à pouvoir vous aider en cas de soucis.

Notre coopération reposant sur la confiance, le fait de placer la relique dans un endroit où nos deux camps auront vue sur elle est une première étape pour bâtir cette confiance, ne trouvez-vous pas ? »  

Pasha connecta ses tentacules à ceux des autres corps globuleux : de toute évidence, c’était de cette manière qu’elles communiquaient. Sept à huit minutes plus tard, elle reprit :  

– « Avant de vous donner notre réponse, j’aimerais vous poser une question. Si nous acceptons de former avec vous un front de la Divine Volonté, selon vos dires, qui dirigera notre lutte contre les Diables ? »