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Chapitre 700 : La première Sorcière Senior

Il aurait été insensé de s’inquiéter dans l’immédiat. Même si cela risquait d’attirer l’attention, elle devait accompagner les sorcières. En effet, la survivante de Taquila ne trouverait pas de meilleure occasion d’observer de près la ville et l’Association des Sorcières. Si elle attendait que celles-ci retournent dans les quartiers du Château, il lui serait beaucoup plus difficile d’entrer en contact avec elles.  

Avec cette pensée, le N° 76 adressa un sourire timide à Wendy :

– « Je suis désolé de vous causer tant de problèmes. »

– « Vous voyez bien! » souligna gentiment Amy. « Je vous avais dit que Dame Wendy n’y verrait pas d’inconvénient. »

Apparemment, Annie avait perçu quelque chose d’étrange, car elle les regardait toutes deux sans dire un mot.   

Lorsqu’Héroïne fut enfin prête à utiliser le fauteuil, Wendy frappa dans ses mains et annonça en souriant :

« Allons-y ! Notre première étape aujourd’hui sera le noyau central de la Cité Sans Hiver, la Mine du Versant Nord ! »

– « Une Mine ? »

Toutes les cinq restèrent un moment stupéfaites.

« Quel intérêt y a-t-il à visiter une mine ? » Pensa aussitôt N°76, prête à parier que le reste du groupe, en cet instant, se posait la même question.

Tant à Taquila qu’au Royaume de l’Aube, l’exploitation minière comme tout autre travail de ce type était confiée aux esclaves et aux prisonniers. En effet, l’environnement était particulièrement dangereux et lors de l’excavation et du transport miniers, on comptait fréquemment des morts et des blessés. C’est pourquoi seuls ceux qui n’avaient aucune valeur aux yeux de la société y étaient envoyés.  

« Peut-être Wendy entend-elle exhorter les nouvelles arrivantes en nous montrant ce qu’il en coûte lorsque l’on désobéit ? »  

Cependant, il n’y avait aucune trace de menace dans le ton de Wendy.

– « Plutôt que de parler de mine, il serait plus juste de dire qu’il s’agit de la principale source de puissance de la Cité Sans Hiver. Sa Majesté dit toujours que plus on produit d’acier, plus on est à même de représenter la justice. C’est un peu difficile à comprendre, n’est-ce pas ? Quoi qu’il en soit, vous comprendrez lorsque vous le rencontrerez. »

Lorsqu’elle parlait du Roi, Wendy était rayonnante.

« Représenter… la justice ? »

N°76 eut beau réfléchir, elle ne parvenait pas à comprendre le rapport pouvant exister entre l’acier et la justice.

Lorsque les sorcières quittèrent la Résidence des Affaires Étrangères, elles virent que la neige qui encombrait les rues avait été déblayée. Quelle méthode magique pouvaient bien utiliser les autochtones pour qu’il ne reste plus qu’une flaque d’eau là où, quelques heures auparavant, s’était accumulée une épaisse couche de neige ?  Celle-ci tombait toujours, mais moins drue qu’auparavant. Dans les rues, une population hétéroclite et libre allait et venait, visiblement très occupée. Les gens marchaient vite, sans se soucier de la neige. On était en hiver, période habituellement calme, et en pleins Mois des Démons, pourtant, la ville était très animée.

Soudain, la Pierre aux Cinq Couleurs se remit à chauffer. N°76 regarda autour d’elle et aperçut presqu’aussitôt sa cible : deux personnes volaient au-dessus de sa tête… ou plutôt, une personne et un oiseau, sans doute venus là pour les surveiller.  

Cette fois, la jeune femme était vraiment impressionnée par les moyens mis en œuvre et la conscience de l’Association des Sorcières. Cela lui rappelait ceux de la cité-état de Taquila. Cette organisation ne ressemblait en rien aux regroupements de sorcières sauvages qui avaient suivi le déclin de l’Union.

En outre, elle ne s’était pas trompée. Avec le pouvoir clairvoyant de la sorcière aux cheveux verts et la sorcière volante qui la suivait, si jamais elle venait à être identifiée, il lui serait impossible de s’échapper.  

– « Puisque nous avons un peu de temps d’ici que nous arrivions à la mine, permettez-moi de vous parler un peu des sorcières et de vous apporter quelques informations au sujet de leurs pouvoirs », dit Wendy tandis qu’elle conduisait le groupe en direction du Nord. « Vous savez toutes que dès leur éveil, les sorcières ont régulièrement à affronter les troubles occasionnés par la morsure de leur pouvoir magique. L’Église appelait ce phénomène la Morsure du Démon mais en réalité, ce n’est rien d’autre qu’une réaction naturelle due au fait que la magie en nous ne cesse de croître. Je pense que vous le savez. »  

– « Oui », répondit doucement Annie. « Sans quoi jamais nous ne pourrions survivre à notre passage à l’âge adulte. »

Amy leva la main :

– « En effet, Épée Brisée m’en a touché quelques mots. »  

Un peu embarrassée, la susnommée précisa :

– « Pour tout dire, c’est par hasard que je m’en suis aperçue car à l’époque où je me promenais dans la nature, j’utilisais souvent mon pouvoir. »  

Wendy poussa un soupir :

– « L’Association de Coopération des Sorcières disait la même chose. Mais Dieu soit loué, nous avons toutes franchi ce cap. Lorsque nous atteignons l’âge adulte, notre pouvoir originel est renforcé et nous pouvons même développer une compétence dérivée. Le Cyclone Magique dans notre corps se dilate et devient beaucoup plus visible. »

– « Qu’est-ce que c’est ? » Demanda Amy, intriguée.  

– « C’est quelque chose que toute sorcière possède », répondit Wendy en tapotant tendrement la tête de la jeune fille. Cela s’apparente à une masse d’air en constante rotation. Seules quelques sorcières peuvent le percevoir. C’est la forme que prend le pouvoir magique et de ses particularités dépendant le type de capacités. »  

– « Vraiment ? »

Amy était étonnée.

Wendy eut un sourire :

– « Vous comprendrez lorsque nous testerons votre pouvoir. Ce sont là tous les détails que nous devons consigner. Le jour venu, vous connaitrez l’apparence de votre Cyclone Magique. »

N° 76 ne put s’empêcher de froncer les sourcils : « Ces connaissances au sujet de la survie des sorcières se seraient-elles perdues ? Qu’a donc bien pu faire la Cité des Météores ? Plus elles auraient eu de sorcières pour survivre, plus elles auraient pu créer de Guerriers du Châtiment Divin. Pourquoi donc ont-elles fait obstruction à cette information ?   

À moins qu’en quatre cents ans, les sorcières de la Cité des Météores n’aient dévié des préceptes de Dame Alice ? »  

Wendy poursuivit :

– « Cependant, le pouvoir des sorcières ne cesse pas pour autant de se développer à l’âge adulte. Non seulement il se consolide, mais il peut même évoluer un nombre incalculable de fois. Ce phénomène non plus n’est pas limité par le pouvoir d’origine. Il suffit qu’une sorcière apprenne à se connaître et renforce la compréhension de son pouvoir magique pour que celui-ci continue d’évoluer. »

– « C’est vrai ?! » S’écria Amy, pleine d’enthousiasme. « Est-ce à dire qu’une personne comme moi peut aussi évoluer ? »  

« Bien sûr! Il vous suffira de beaucoup étudier. » Sur ce, Wendy prit une fine plaque d’argent sertie d’un cristal rouge intégré : « Venez près de moi, je voudrais vous présenter une nouvelle Sœur. »

N ° 76 ne put en croire ses yeux : « Serait-ce… un Sceau d’Écoute ? »

Ses pupilles se resserrèrent : « Comment une organisation de sorcières sauvages peut-elle être en possession de quelque chose appartenant au patrimoine de Taquila ? »

« Non avec de la chance, elles auraient pu tomber sur quelques Sceaux d’Écoute oubliés dans les ruines éparses du royaume. Cet équipement était généralement distribué aux Guerrières Sacrées. Je crois me souvenir que jamais la Société de Recherche n’a conçu de Sceaux aussi simples.  

On dirait un Sceau inachevé, une sorte de test réalisé par une sorcière inconnue. »

Wendy n’avait pas fini de parler qu’une charmante jeune fille blonde descendit du ciel, tandis que l’oiseau, qui semblait être son animal de compagnie, se perchait sur sa tête.

Les sorcières étaient encore sous le choc d’avoir entendu parler un cristal.

– « Bonjour à toutes », dit la jeune fille avec un sourire éclatant. « Je suis Foudre, la plus grande aventurière de la Cité Sans Hiver. »

– « Et moi Maggie! Goo-goo! » dit à son tour le pigeon en déployant ses ailes.

Amy écarquilla les yeux :

– « Seigneur! Un oiseau qui parle! »

– « Ce sont des sorcières » dit calmement Annie. « Son pouvoir est sans doute lié au changement de forme du corps. »

– « Vous avez vu juste. »  Wendy tendit le bras et le pigeon vint s’y poser : « Voici l’une de nos Sœurs dont le pouvoir a évolué. »  

« Ce n’est donc pas un animal de compagnie… » N° 76 demeura un moment interloqué. « Mais… ais-je bien compris ? Ce pigeon dont le nom est Maggie serait une Sorcière Senior ? »  

Elle regarda l’intéressée qui se frottait affectueusement contre la joue de Wendy, étendait ses ailes et levait la tête tandis que la responsable de l’Association la présentait au groupe.  On aurait dit qu’elle leur montrait ainsi sa force.

N°76 ne put s’empêcher de se demander :

« Est-ce vraiment une Sorcière Senior ? »

« À Taquila, elle pourrait rejoindre la classe supérieure de l’Union et devenir l’une des dirigeantes de la Ville Sainte! 

Je devrais me montrer respectueuse envers chaque Sorcière Senior, c’est une règle absolue au sein de l’Union, cependant… »  

N° 76 sentit quelque chose se briser dans son cœur.