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Chapitre 661 : Le Cyclone Stellaire

« Serait-ce… le pouvoir magique ? »

Le cyclone tourbillonnant sur le front de l’homme rappela immédiatement à Roland la description qu’avait faite Rossignol de la forme du pouvoir magique, mais lui-même avait le sentiment qu’il ressemblait à une galaxie. Plusieurs “bras” tournaient en spirale autour du nexus, le point central qui était aussi le plus brillant. Bien que ce ne fût pas plus gros que la paume, en observant attentivement, il remarqua d’innombrables détails et ressentit la puissance de ce tourbillon.

– « Etes-vous un combattant martial ? » Demanda brusquement l’homme d’une voix rauque.

– « Non, pas du tout », répondit Roland, à présent sur le qui-vive.  

– « Ouais, c’est bien ce que je pensais. »

L’homme au visage brûlé tourna cette fois son corps vers Roland sans bouger la tête. « Votre goût est plus doux. »

– « Si vous étiez une femme, j’aurais peut-être pris plaisir à entendre de telles paroles », dit Roland en observant l’homme à la recherche d’une faiblesse. « Avez-vous été mordu par le pouvoir magique… euh, je veux dire, la Force de la Nature ? »

– « La Force de la nature ? » L’homme renifla d’un air méprisant : « Ils ne savent même pas d’où vient ce pouvoir et ne connaissent rien à son essence. »

– « Ne faites pas celui qui sait tout », rétorqua Roland, qui, intérieurement, pensait : « Hé! Mais c’est MON rêve! »  

L’homme ouvrit sa bouche pleine de cloques sanguinolentes :

– « Je ne peux pas dire pourquoi mais je le ressens. Ce pouvoir n’est pas de ce monde, c’est un don des dieux. Je pensais que ce ravisseur pourrait attirer un ou deux combattants martiaux par ici, mais il s’est rendu trop vite… Heureusement, mes efforts n’ont pas été vains puisque vous êtes là… »

On entendit un craquement.

En effet, avant même que l’homme au visage brûlé n’ait pu finir sa phrase, Roland passait déjà à l’action. De l’expérience qu’il avait des bagarres lorsqu’il était enfant, le jeune homme tenait pour acquis que lorsque quelqu’un se comportait comme une personne dangereuse, mieux valait agir avant qu’il n’ait terminé de parler. Or c’était visiblement le cas. 

Rapide comme l’éclair, il frappa l’homme en plein front. Pas de toute ses forces, bien sûr, car il savait que sa puissance avait augmenté. Cependant, il entendit nettement les os de l’homme craquer sous l’effet de son coup de poing.

La frappe envoya voler son adversaire dans les airs tandis que dans le corps de Roland, le flux de chaleur jaillissait et dansait de joie comme pour célébrer ce début prometteur.

L’homme atterrit brusquement, roula sur le sol et heurta un mur. À peine s’était-il relevé en titubant que déjà, Roland se préparait à lancer une seconde attaque.

C’était son Monde des Rêves, par conséquent, il se fiait à son instinct.

Il était évident que son adversaire n’était pas un être humain.

Bien qu’il eût les os du visage brisés, l’homme, qui ne semblait pas souffrir, ne demandait pas grâce. Aucun être humain soumis à pareille douleur n’aurait pu se comporter ainsi.

Les turbulences du flux de chaleurs parcouraient tout le corps de Roland, cependant, il n’était pas étourdi. Bien au contraire, il n’avait jamais eu l’esprit aussi clair!

Autre astuce qu’il avait apprise étant jeune : il devait profiter de ce que l’homme était affaibli pour le frapper. Ce qu’il fit, et de toutes ses forces cette fois.  

Comme il n’avait aucune formation, il frappait comme on frappe un sac de sable, obligeant l’homme au visage brûlé à tourner constamment la tête pour esquiver les coups. L’adversaire, qui, de toute évidence, ne s’y attendait pas, commençait à s’affaiblir sous les coups de Roland.

Celui-ci eut bientôt l’impression de frapper un morceau de tofu, car l’autre avait le sternum et les côtes brisés et ses muscles pendaient, flasques. N’importe quel humain normal dans cet état serait déjà mort.

Tout en lui administrant une bonne dérouillée, Roland le houspillait :

– « Hé, co*ard! Tu te croyais dans un film d’horreur à tourner ainsi la tête à 180 degrés ? »

En fait, en tant que créateur de ce Monde des Rêves, il était très contrarié de s’être laissé effrayer par cet homme au visage brûlé en l’apercevant dans cette ruelle.

– « C’est… impossible… Pourquoi… je ne peux plus l’utiliser… »

La voix de l’homme avait tellement changé que Roland peinait à comprendre ce qu’il disait.  

– « Utiliser quoi ? »

Roland remarqua que le cyclone sur le front de l’homme tournait plus lentement. Il tendit la main pour tenter de le toucher et s’aperçut qu’il devenait tangible. « Vous voulez parler de ce tourbillon de pouvoir magique ? »

– « Non, n’y touchez pas! »

Si son adversaire lui disait de ne pas le faire, Roland savait très bien que c’était exactement ce qu’il fallait qu’il fasse. Il lui appuya sur la tête et agrippa le cyclone. Il sentit le courant chaud dans son corps se mettre à bouillir et l’arracha.  

Soudain, l’homme au visage brûlé se tut et s’effondra sur le sol, immobile, mort.  

Lorsqu’il toucha la paume de Roland, le cyclone rouge sombre se raviva et prit une teinte bleutée avec un centre blanc et brillant. Plus que jamais il ressemblait à une galaxie.

Puis il se remit à tourbillonner, quitta sa main et se transforma en un faisceau de lumière éblouissante qui fila droit vers le ciel et disparut en quelques secondes, laissant derrière lui une traînée semblable à un fil d’argent.

Simultanément, le flux de chaleur en lui s’apaisa, cédant place à un profond sentiment de satisfaction. Il se sentait bien.   

Ce monde semblait soudain plus compliqué qu’il ne l’avait imaginé.

Il jeta un coup d’œil au cadavre de l’homme au visage brûlé, eut un rictus et se détourna pour quitter la ruelle.

Lorsqu’il revient à l’imposante Résidence des Âmes, la nuit était tombée et un essaim d’insectes volants attirés par la lumière bourdonnait dans le couloir.

Roland fouilla dans sa poche à la recherche de sa clé et l’inséra dans le trou de la serrure. Il allait ouvrir lorsque soudain, il entendit des pas précipités derrière la porte.

Les sourcils froncés, Cléo lui ouvrit, une lueur d’inquiétude dans les yeux.

– « Où étiez-vous ? » S’écrièrent-ils simultanément.

– « Nous avons eu des cours supplémentaires. Demain, quelques professeurs viennent inspecter aussi, nous aurons un jour de congé. »  

– « J’étais parti vous chercher ».

– « Me chercher ? » Demanda la petite fille, surprise.  

– « Ouais, vous étiez en retard! » répondit Roland en riant.

Il lui ébouriffa les cheveux et entra dans l’appartement.

Sur la table étaient déposé trois plats ainsi que de la soupe, mais les bols et les baguettes étaient propres et nets. De toute évidence, Cléo attendait son retour, c’est pourquoi elle avait couru à la porte à son arrivée.

Roland prit place à table et dit :

– « Dînons, je meurs de faim. »

Cléo le regardait :  

– « Aviez-vous peur que je me fasse tromper par un inconnu ? Je ne suis plus une enfant, la prochaine fois, attendez-moi à la maison. »

Roland leva les yeux au ciel : « Les lycéens sont si matures de nos jours », pensa-t-il. « Je me souviens qu’à son âge, j’étais un drôle de polisson. Lorsque j’avais un peu d’argent, j’allais à la salle de jeux. Sinon, je grimpais dans les montagnes pour attraper des hannetons et je ne rentrais jamais à la maison avant la nuit… Comment cette petite fille peut-elle avoir un comportement si exemplaire ? »

Il se sentait quelque peu embarrassé à cette idée.

– « Vraiment ? Vous avez un jour de congé demain ? »

– « Hmm ? Comment ? »

Cléo semblait encore un peu fâchée, mais elle était plus détendue.  

Tout en mangeant, Roland lui dit :

– « Venez à la bibliothèque avec moi. Je vous achèterai quelque chose en chemin. »

– « Quoi donc ? »

– « Eh bien, des robes, des chaussures et des pyjamas neufs pour remplacer ceux que vous portez actuellement », répondit-il en souriant. « Et je vous achèterai également un téléphone portable. Mieux vaut rester en contact au cas où quelque chose se reproduirait. »