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Chapitre 399 : Contact

À la Cité du Roi du Royaume de Graycastle, dans les soubassements du Palais.

Timothy était assis sur le trône, la joue posée sur sa main droite. Impatient, il regardait les candidats faire la démonstration de leurs techniques d’assassinat.

« Combien d’imbéciles de ce genre ais-je dû subir depuis le début de l’hiver ?

Je me suis sans doute montré trop indulgent depuis quelque temps, je n’aurais jamais dû permettre à ces clowns de se produire. »

Il éternua. Ses yeux étaient secs.  

Depuis que le Dôme Céleste du grand hall avait été détruit par la poudre de neige, Timothy avait opté pour les soubassements comme lieu de réunion du Conseil. Après quelques travaux, dont l’ouverture de plusieurs salles de stockage et il y avait à présent suffisamment d’espace pour accueillir tous les ministres et les nobles du Conseil. Plus important encore, cet endroit était absolument sûr. Il n’y avait qu’une seule entrée, et le magnifique palais était juste au-dessus. Quelle que soit la quantité, jamais la poudre de neige ne pourrait perturber cet endroit. Le seul inconvénient était que la lumière du jour n’y pénétrait pas. Il fallait donc éclairer à l’aide de torches à la térébenthine. Placées sur les murs, celles-ci rendaient l’air de la pièce anormalement sec et étouffant. De plus, l’essence de térébenthine dégageait une douce odeur de pin qui faisait somnoler Timothy.

Chaque fois qu’il pensait à son quatrième frère, le nouveau Roi sentait monter en lui la colère et la hargne. Si des témoins oculaires n’avaient pas remarqué que les attaques venaient du ciel, Timothy serait probablement encore en train de construire des tours de garde. Ayant réalisé que cette méthode était complètement inefficace, il ne lui restait plus, pour le moment, qu’à tenir ses réunions dans cet endroit.

– « Roland me le payera! »

– « Votre Majesté », dit un candidat, perturbant le cours de ses pensées, « si jamais ce traître de Roland ose paraître devant moi, j’accomplirai la mission que vous m’avez confiée! »

Timothy jeta un rapide coup d’œil au candidat. En une fraction de seconde, ce dernier lança  avec précision quatre couteaux qui vinrent se ficher sur un baril à vingt pas de lui. 

– « Est-ce là le coup dont vous m’avez parlé ? »

– « En effet, Votre Majesté », répondit-il avec assurance. « Pour être honnête,  j’étais dans ce domaine auparavant. J’ai tué des dizaines de rats avec cette méthode. Lorsque je suis caché dans la foule, la plupart de mes cibles meurent sans savoir d’où venaient les couteaux. »

– « Combien demandez-vous ? », demanda Timothy, déplaçant un peu son corps raide.

– « À peine 25 Royals d’or », répondit le candidat en comptant sur ses doigts. « Dont cinq pour couvrir le coût de mon voyage et de mon déguisement. Je compte porter des vêtements communs afin de ne pas attirer le regard et de pouvoir approcher le traître. »

Le roi a fait signe :

– « Chevalier Weimar. »

– « Votre Majesté ? », dit le Chevalier au Cœur d’Acier en entrant dans la salle, brandissant son sabre et son bouclier.

– « Votre Majesté, qu’est-ce que cela signifie ? », demanda le candidat, surpris.  

– « Si vous parvenez à battre mon Chevalier, je vous donnerai immédiatement ce que vous demandez », répondit Timothy avec un clin d’œil au Chevalier Weimar.

Ce dernier hocha la tête. Il abaissa son casque et se dirigea vers le candidat.

– « Attendez, attendez… non, Votre Majesté, ça ne va pas », balbutia le candidat en se déplaçant gauchement pour esquiver les coups du chevalier.  « Je ne sais pas me battre de front. »

Le chevalier lui fit avaler la suite de ses paroles d’un violent coup de pied dans le ventre.

Le candidat se roula sur le sol de douleur puis se reprit et lança un couteau en direction de son adversaire, mais le bouclier le dévia aussitôt. Le chevalier, en retour, mit le pied sur sa main et d’un coup d’épée, lui trancha l’avant-bras. Le sang se mit à couler, traçant un arc sur le sol.

– « Ma main…! », cria le candidat en se tordant de douleur, tenant ce qui lui restait de bras.

– « Premièrement, sachez que la famille royale n’est pas aussi stupide que la moyenne de vos cibles. Mon imbécile de frère lui-même ne s’approche pas aussi facilement de la foule et ensuite, si vous n’êtes même pas capable d’affronter un chevalier, qu’est-ce qui vous permet de penser que vous serez capable d’assassiner un seigneur protégé par de nombreux chevaliers ? À mon avis, une fois que vous auriez empoché les 25 Royals d’or, je ne vous aurais jamais revu. » Timothy fit un geste de la main : « Qu’on le jette dehors! »

Un ou deux mois auparavant, jamais il n’aurait pris la peine de recevoir ces hommes ignorants et cupides. Le Roi avait offert une petite somme d’argent à ceux qu’il estimait avoir une petite chance de réussir, mais à ce jour, Roland était toujours en vie.

C’est probablement suite à son attitude ײbienveillanteײ que de plus en plus de gens s’étaient manifestés, affirmant qu’ils étaient en mesure de résoudre les problèmes occasionnés par le traître et proposant des méthodes plus absurdes les unes que les autres. Un gars avait même suggéré d’engager comme assassin une servante de la taverne, affirmant que sa technique était exceptionnelle et que personne ne pouvait refuser ses services.

« C’est de l’ignorance totale! Ne savent-ils pas différencier une femme normale d’une sorcière ? » Il est bien connu que Roland avait élevé et pris soin de plusieurs sorcières, aussi n’y avait-il aucune chance que le prince tombe amoureux de quelqu’un d’aussi ingrat.

Timothy laissa échapper un long soupir : « En donnant une leçon à ces candidats ignorants, sans doute que les autres y réfléchiront à deux fois.

C’était peut-être une erreur de recruter un assassin parmi les citoyens.

Les seules choses qui pourraient venir à bout de Roland sont les pilules et la poudre de neige. »

Le Roi jeta un coup d’œil dans le couloir et, ne voyant plus d’étrangers, demanda au Premier ministre :

– « Comment se déroule le développement de l’arme à poudre de neige ? »

Selon les renseignements successifs recueillis à la Forteresse de Longsong,  si les mineurs de Border Town avaient réussi à vaincre les chevaliers du Duc et la milice droguée, c’est parce  qu’ils utilisaient une étrange arme à poudre de neige. Selon toute vraisemblance, il s’agissait d’un tuyau de fer fermé à l’une de ses extrémité qui utilisait la puissance générée par l’explosion de la poudre de neige pour propulser une balle de plomb vers la cible, un peu comme une arbalète. Très intéressé, Timothy avait immédiatement rassemblé les meilleurs forgerons de la Cité du Roi pour créer une imitation de cette arme incroyable.

– « Pas idéalement, Majesté », répondit le Marquis Wyke. « Les forgerons ont créé une dizaine de prototypes de cette arme en accord avec les renseignements donnés mais aucune ne se rapproche de la puissance de feu présumée. Seules quelques-unes ont réussi à traverser la cuirasse d’un chevalier à moins de 10 pas, mais à 50, aucune n’atteint la cible. »

– « 10 pas ? » Timothy fronça les sourcils : « Autant viser le visage, non ? À ce rythme, comment allons-nous arrêter une charge de chevaliers ? »

– « En effet, il y a peut-être encore quelques trucs à maîtriser… Autre chose, même si nous rassemblons tous les forgerons et apprentis de la ville, nous pourrons tout au plus produire 20 de ces armes par mois. Par ailleurs, nous ne sommes pas certains que toutes fonctionneront », soupira le Marquis. « Jusqu’à ce jour, nous déplorons quatre cas d’explosion de tubes de fer au cours de l’entraînement et les gardes sont plutôt réticents à s’entraîner avec ce type d’arme. »

« Bon sang! Border Town est infiniment plus pauvre que la Cité du Roi, mais Roland a réussi à produire des centaines de tubes de fer en un hiver. Il a certainement été aidé par des démons. »

Furieux, Timothy changea de sujet :

– « Et les pilules ? L’Eglise ne nous a toujours pas répondu ? »

– « Si, Majesté », répondit le Marquis. « Le Grand Prêtre nous fait savoir que la Cité Sainte étant occupée à combattre l’invasion des bêtes démoniaques, il est donc dans l’incapacité temporaire de fournir davantage de pilules de folie. Il espère que nous pourrons attendre la fin des Mois des Démons pour en discuter. »

– « Je ne veux plus voir ce traître vivre paisiblement dans le château de la Région de l’Ouest, pas même un jour de plus! »

« De toute évidence, je vais devoir écrire personnellement à la Cité Sainte d’Hermès », pensa Timothy, dépité. « Si, à l’avenir, ils veulent continuer à recruter des croyants au sein du Royaume de Graycastle, ils devront fournir des pilules en échange. »

Alors qu’il s’apprêtait à annoncer la fin de la réunion du Conseil, le Ministre de la Diplomatie, Sir Bullet, s’approcha et dit :

– « Votre Majesté, les messagers du Royaume de l’Aube sont arrivés en ville. Ils souhaitent vous rencontrer. »