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Chapitre 64 – Une fabrication complexe

« Quel type de lance ce jeune héro souhaiterait-il acheter ? Et dans quelle tranche de prix ? »

« Disposez-vous de trésors prodigieux ? » lui demanda Lin Ming.

« Des lances prodigieuses ? » Le vendeur ne s’attendait pas à ce que ce jeune homme le surprenne à nouveau avec une telle requête. Une lance prodigieuse était onéreuse, coûtant facilement de dix à vingt mille taels d’or, et allant parfois jusqu’à trente ou quarante mille pour celles de haute qualité. Ce jeune homme était-il aussi fortuné ?

Lin Ming n’avait, en réalité, pas autant d’or à sa disposition, mais si on lui laissait un peu de temps, il pouvait rassembler de telles sommes.

« Jeune héros, notre établissement ne dispose d’aucune lance prodigieuse pour le moment. Si vous désiriez toutefois jeter un coup d’œil à des épées ou des couteaux prodigieux, nous en avons une large variété. »

Il y eût un silence, Lin Ming ne répondit rien. Il était déçu par la tournure des évènements ; ne s’attendant pas à ce que même le Hall des Armes Divines n’ait pas une seule lance prodigieuse. Il y avait tout simplement trop peu de lances prodigieuses.

« Il y a trop de peu de lances prodigieuses par rapport à la demande. Nous en avions une il y a deux mois de cela, mais elle avait été réservée et vendue à l’avance », ajouta le vendeur.

« Oh ? De ce que je sais il n’y a que peu d’artistes martiaux du Royaume du Grand Avenir qui utilisent une lance. Les lances prodigieuses sont-elles si faciles à vendre ? »

« Mm. Oui, ce sont des produits particulièrement recherchés. Il n’y a certes pas beaucoup d’artistes martiaux qui en utilisent, toutefois, la demande dans l’armée est forte. Certains généraux achètent une lance prodigieuse, mais il y en a tellement peu que même certains d’entre eux n’en ont pas, et ce malgré leur illustre carrière ou leurs nombreux services rendus. Je me dois de dire à ce jeune héros que la tâche ne sera pas aisée s’il souhaite acheter une lance prodigieuse au sein du Royaume du Grand Avenir. »

Il en était donc ainsi. Lin Ming comprit immédiatement pourquoi la lance était la meilleure arme pour l’armée. Depuis les temps anciens, au moins quatre-vingts pour cent des chefs militaires célèbres avaient utilisé des lances. Quant aux vingt pour cent restants, ils avaient utilisé des armes similaires à la lance, tels que le guandao, le trident ou encore la hallebarde. Il n’y avait quasiment pas de généraux célèbres qui dirigeaient leur armée en utilisant eux-mêmes une épée ou un couteau.

Généralement, les généraux dirigeaient leurs armées au combat du haut de leur cheval. Dans ces conditions, l’épée et le couteau étaient trop courts. Par conséquent, il était plus commode d’utiliser une arme semblable à la lance, ayant une bonne portée. Une lance à la main, il était même possible de se frayer un chemin à travers une foule grouillante d’ennemis. Une lance longue de trois mètres permettait de tuer tous les ennemis dans un large cercle autour de son utilisateur ; chose impossible avec une épée, un couteau ou encore une hache.

Il n’y avait, par conséquent, que la lance pour balayer une armée d’un millier d’hommes !

Pour ces raisons, les généraux du Royaume du Grand Avenir se devaient d’apprendre à utiliser la lance, et ce même s’ils avaient débuté en tant qu’artistes martiaux avec une épée.

Bon, si c’est ça, j’attendrais qu’ils vendent une bonne lance prodigieuse pour revenir. Une de haute qualité doit probablement coûter plusieurs dizaines de milliers de taels d’or, et je n’ai de toute façon pas autant d’argent. L’or que j’ai dépensé jusqu’à maintenant venait de Monsieur Muyi, et les symboles d’inscription ont beau valoir très cher, je ne pense pas qu’il en ait encore besoin. Je l’ai souvent sollicité, et plusieurs dizaines de milliers de taels d’or ça représente une grosse somme ; il vaut mieux que je ne lui en parle pas. En plus, une lance prodigieuse est difficile à manier, et ma cultivation des arts martiaux n’est pas vraiment élevée pour le moment. Je serais incapable d’en déployer tout le potentiel si j’en avais une.

Arrivant à cette conclusion, Lin Ming reprit :

« Oubliez donc cette requête. Pourriez-vous m’emmener voir des lances, une bonne lance !? »

« Très bien. Veuillez attendre un instant, jeune héros. »

Le vendeur se retourna et extirpa une épaisse hampe d’un coffre en bois. La hampe était d’un noir d’encre et mesurait deux mètres dix de long.

La hampe et le fer de la lance étaient souvent vendus séparément. La hampe était placée dans un coffre en bois afin de la protéger contre l’érosion. Quant au fer, il était laissé à tremper dans un bain d’huile d’abrasin afin d’en préserver la qualité et de garantir sa rutilance, afin qu’il reflète la lumière. Le client devait choisir la hampe et le fer qui lui convenait, et les deux étaient ensuite assemblés pour réaliser le produit final.

« Si vous voulez bien vous donner la peine, jeune héros », dit le vendeur en tendant la hampe à Lin Ming.

Ce dernier s’en saisit et la soupesa. Elle devait peser aux alentours de trente jins et n’était pas en métal. D’un mouvement de la main, Lin Ming se rendit compte de sa flexibilité. Convaincu que s’il contraignait cette hampe de lance au point de la tordre en un croissant de lune, elle pourrait défoncer le crâne d’un animal avec facilité.

Elle avait beau ne pas être en métal, cette hampe pouvait causer des dommages tout aussi importants qu’un bâton d’acier.

« A quel prix vendez-vous cette hampe de lance ? » s’enquit Lin Ming.

« Mille deux cents taels d’or. »

Bien que préparé, Lin Ming fut sidéré d’entendre un montant aussi déraisonnable. C’était tout simplement hors de prix ; sachant qu’une épée prodigieuse basique coûtait aux alentours de plusieurs milliers de taels d’or. Il ne s’agissait ici que de la hampe de la lance, même pas de classe prodigieuse.

Son interlocuteur comprit son étonnement et expliqua :

« Cette hampe a été fabriquée avec du bois de fer noir. Sélectionné avec soin parmi plusieurs échantillons de très haute qualité, vieux de plus de cent ans, et trempé dans de l’eau de source pendant quarante-neuf jours ; avant d’être bouilli dans un mélange d’huile explosive trois jours entiers. A ce stade, toute l’écorce a été retirée pour ne conserver que la partie la plus ferme et durable du duramen. Partie qui a ensuite été travaillée et imprégnée avec de la soie d’un Ver Doré, et finalement recouverte d’un morceau de tissu réalisé avec la même soie, et ayant baigné pendant trois ans dans de l’huile d’abrasin. »

« Le bois de fer noir ainsi que la soie de Ver Doré sont de précieux matériaux, difficiles à endommager, même avec une épée ou un couteau. Qualité intrinsèque à laquelle viennent s’ajouter des procédés technologiques de fabrication spéciaux qui garantissent qu’elle ne se brise pas pendant une bataille, même si elle venait à croiser une épée de classe prodigieuse. Ce jeune héros devrait se sentir soulagé d’apprendre qu’il ne se retrouvera pas désarmé. »

Les explications passionnées du vendeur impressionnèrent Lin Ming. Il ne s’imaginait pas qu’une banale hampe de lance comme celle-ci puisse nécessiter un procédé de fabrication aussi complexe et avancé. La soie de Ver Doré était inférieure à la soie de Ver Céleste, en plus de coûter moins chère, mais restait un matériau particulièrement onéreux. Le bois de fer noir l’était tout autant, et il provenait en plus d’un arbre âgé de plusieurs centaines d’années.

Qui plus est, une seule erreur au cours du processus de fabrication et c’était l’échec. Par exemple, durant l’ébullition, une petite inadvertance au moment de le tremper et le bois de fer noir était ruiné. La hampe se devait en plus d’être régulière, droite et rigide, au point de pouvoir servir de règle. Le moindre gauchissement dans la longueur du bois suffisait à disqualifier un échantillon. Toutes ces raisons expliquaient le prix élevé de cette hampe ; il n’y avait finalement rien d’étonnant à ce qu’elle soit si coûteuse.

Quand bien même un individu ordinaire en viendrait à ne plus boire ni manger pour se dévouer corps et âme à travailler dur, un tel produit lui resterait inaccessible. Pour de petites gens, un tel objet représenterait un héritage familial précieux, transmis de générations en générations.

« La hampe est la partie la plus onéreuse. Pour bien choisir une lance, il faut considérer que quatre-vingt pour cent de l’efficacité de celle-ci dépend de la hampe et vingt pour cent seulement du fer. Comparativement, le processus de réalisation du fer est assez simple ; un exemplaire de bonne qualité se négocie aux alentours de quelques centaines de taels d’or. Même si ce jeune héros décide d’opter pour un fer forgé issu d’une veine nuageuse, le prix n’excédera pas huit cents taels d’or. Soit un prix total d’environ deux mille taels d’or. Qu’est-ce que ce jeune héros pense de cela ? » demanda le vendeur à Lin Ming.

Lin Ming manipula l’épaisse hampe qu’il avait dans les mains. Il ressentit comme un sentiment d’attache et eu du mal à s’en défaire, comme s’il l’avait déjà adoptée. C’était vraiment un produit de première qualité, durable et souple à souhait.

Quelle tristesse qu’elle soit si légère !

« Auriez-vous quelque chose de plus lourd ? Par exemple une hampe de quelques centaines de jins ? »

« Oh ? » émit le vendeur, légèrement surpris.

Manier avec dextérité une lance dont la hampe pesait quelques centaines de jins nécessitait d’avoir une force d’au moins plusieurs milliers de jins. Le corps de ce jeune garçon pouvait-il être aussi fort ?

Le vendeur mis ses doutes de côté et sortit une autre hampe, réalisée cette fois-ci en acier noir pur. Elle était assez large, mesurait deux mètres dix et pesait plus de quatre cents jins. Le vendeur devait s’être entraîné à la déplacer, bien que manifestement, il s’éreinta un peu en la présentant à Lin Ming.

« Cette hampe coûte huit cents taels d’or. »

Pourtant onéreux, l’acier noir étant facile à travailler, le prix de la hampe était plus accessible.

« Jeune héros, faites attention, c’est particulièrement lourd », dit le vendeur à Lin Ming en lui donnant avec appréhension la hampe.

Quelle ne fut pas sa surprise de voir Lin Ming s’en saisir avec aisance, comme d’un vulgaire bâton en bois, l’air tout à fait détendu.

Les yeux du vendeur sortirent de leur orbite. Ce jeune homme avait une force incroyable, c’était une bête féroce sous forme humaine !

Lin Ming, qui soupesait la hampe dans ses mains, réfléchit un instant et demanda :

« Auriez-vous quelque chose de plus lourd ? »

Plus lourd ? Il veut quelque chose de plus lourd ? se demanda le vendeur, ébahi.

« Nous avons bien des modèles plus lourds, mais le prix est proportionnellement plus élevé », répondit-il.

« Ce n’est pas un problème », coupa Lin Ming en montrant brièvement les billets en or dans sa poche de poitrine. Il lui restait huit mille taels d’or, suffisamment pour acheter à peu près n’importe qu’elle lance, excepté une de classe prodigieuse.

Le vendeur fut étonné de voir une liasse de billets en or si épaisse.

Tant de billets de banque ! Ce gamin est vraiment fortuné !

« Jeune héros, si vous voulez bien me suivre », dit-il alors, respectueusement.

Après quoi, le vendeur monta au deuxième étage.