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Chapitre 1001 : Un étrange fragment de pierre

Bravant le vent et la neige, Azéma traversa la rue et entra dans les Quartier du Château.

Bien qu’elle trouvât étrange d’être convoquée à cette heure tardive, la sorcière, qui avait confiance en Wendy, avait accepté de la suivre mais seule, en dépit des insistances de Doris qui tenait absolument à l’accompagner.  

Si jamais quelque chose arrivait, son amie, au moins, serait à l’abri.

Alors qu’elles atteignaient la grille du château, Azéma, qui frissonnait malgré ses vêtements, ne put s’empêcher de resserrer son col.

– « Vous avez froid ? » Demanda Wendy en souriant. « Ne vous inquiétez pas, sitôt que vous serez à l’intérieur, vous enlèverez votre manteau. »

« L’enlever ? » Pensa Azéma, stupéfaite. « Le Roi aurait-il l’intention de… »

Elle n’était pas remise de ses émotions qu’un garde ouvrit lentement la porte :

– « Entrez, je vous en prie, Dame Wendy. Sa Majesté est dans son bureau mais j’ai bien peur de ne pouvoir vous accompagner, le devoir me retient ici. »  

– « Merci beaucoup », répondit Wendy en hochant la tête. Puis, prenant la main d’Azéma, elle l’entraîna dans le château.  

En une fraction de seconde, des volutes d’air chaud eurent tôt fait de chasser de froid.

« Voilà donc… ce système de chauffage », pensa la jeune femme qui, bien qu’elle sût que le château était équipé d’un dispositif de chauffage dernier cri qui ne nécessitait pas de bois, était très impressionnée.

Tous les domestiques, comme les habitants du château, étaient en robes légères ou en chemise et en passant par la salle à manger, elle vit même des sorcières marcher pieds nus sur le tapis. On se serait cru en été. Les conditions de vie étaient si luxueuses qu’Azéma en vint à se demander si le Roi n’était pas simplement un incorrigible épicurien qui n’aurait construit la Cité Sans Hiver que pour son plaisir personnel.  

Wendy, de son côté, avait déjà retiré son manteau.

– « Vous n’allez pas tarder à transpirer si vous restez habillée ainsi », dit-elle avec un clin d’œil. « Par ailleurs, il fait très froid dehors. Vous risquez d’attraper un rhume si vous repartez en sueur. »

« En…entendu. »

Les doigts raides, Azéma déboutonna son manteau et baissa les yeux vers sa poitrine. Même si celle-ci était loin d’être plate, en aucun cas elle n’aurait pu rivaliser avec l’opulence de celle de Wendy.

Si vraiment le Roi recherchait les plaisirs de la chair… elle était vraiment la dernière personne qui lui viendrait en tête.

Tout en se dénigrant, elle suivit Wendy jusqu’au bureau du Seigneur qui se trouvait au second étage.   

– « Azéma est arrivée, Majesté », annonça Wendy.

– « Votre Majesté », dit à son tour Azéma en s’inclinant.

Du coin de l’œil, elle balaya les personnes présentes dans la pièce et son regard tomba sur un homme aux cheveux gris assis derrière son bureau.

C’était le Roi de Graycastle. Elle ne l’avait aperçu qu’au banquet car à l’époque, elle travaillait encore pour les Sortilèges de l’Île Dormante. Alors qu’elle avait l’occasion de le voir de plus près, elle en fut étonnée : il était si jeune!

Comment un homme de moins de trente ans avait-il pu vaincre ses frères et sœurs, accéder au trône, déraciner l’Eglise et conquérir tous les autres royaumes ?

S’il lui arrivait de contester l’autorité de Tilly, elle ne pouvait se permettre d’agir de la même manière avec Roland. Une fois qu’elle aurait quitté la Cité Sans Hiver, elle ne pourrait plus réintégrer les Sortilèges de l’Île Dormante. À moins de quitter Graycastle, tous les habitant du Royaume étaient sous l’autorité du Roi. Si elle ne craignait pas la puissance et l’autorité, il n’en allait pas de même pour Doris et ses sœurs.

– « Relevez-vous, je vous en prie », dit le Roi avec bonhomie. « Il y a longtemps que je voulais vous voir. Je suis désolé de vous avoir convoquée à une heure aussi tardive, mais j’étais impatient de vous rencontrer, d’autant que votre capacité est très importante pour le royaume et que le temps presse. »

Surprise, Azéma leva les yeux :

– « Vous voulez dire que vous avez l’intention de m’engager ? »

Apparemment, c’était une proposition spéciale, l’Association offrant généralement un meilleur salaire pour les emplois nécessitant l’usage de capacités.  

Cependant, elle se demandait à quel « temps » Roland pouvait bien faire allusion.

– « En effet. J’aimerais vous proposer un contrat assorti d’une rémunération très compétitive », dit Roland en levant sa tasse pour prendre une gorgée. « Je vous propose deux Royals d’or par mois jusqu’à ce que vous ayez rempli votre mission et cinquante de plus lorsque le projet sera terminé. Qu’en pensez-vous ? »

Le cœur d’Azéma fit un bond. Même sans cette prime, le salaire mensuel était déjà aussi élevé que celui qu’elle touchait lorsqu’elle travaillait pour les Sortilèges. Non seulement elle allait pouvoir subvenir à ses besoins, mais elle pourrait même venir en aide à ses amies! Quant aux cinquante Royals d’or supplémentaires, ils lui permettraient soit de commencer une nouvelle vie, soit d’acheter une maison plus grande pour Poire Blanche, qui était une parente.   

Cela ne pouvait pas mieux tomber!

Mais ces années d’errance lui avaient également fait prendre conscience du fait qu’en ce monde, rien n’était gratuit. Les nobles étaient passés maître dans l’art de tromper les gens par le bais de vaines promesses ou récompenses à venir, aussi Azéma se devait-elle de rester prudente, même s’il s’agissait du souverain en personne.  

– « Je dois admettre que le salaire est élevé », répondit-elle. « Mais avant de vous donner ma réponse, j’aimerais savoir ce que vous attendez de moi. »

En effet, si son pouvoir lui était très utile pour survivre en pleine nature, localiser des points d’eau, des repères d’animaux ou encore des fruits, rien de tout cela ne manquait à la Cité Sans Hiver.   

– « C’est très simple : je voudrais que vous me trouviez une pierre », dit Roland en sortant une boite de son tiroir. Il la posa sur son bureau, l’ouvrit et ajouta : « Cela ne devrait pas vous poser problème. »  

– « Puis-je la voir ? »

– « Bien sûr. »

Azéma s’avança, plongea la main dans la boite et en sortit une pierre de la taille de son pouce, plate, lisse et froide, qui ressemblait davantage à une pièce de monnaie. Soigneusement polie, de couleur gris-sombre, elle n’avait rien de particulier. Pourquoi le Roi s’y intéressait-il tellement ?  

– « Il m’est difficile de retrouver l’origine d’une pierre », dit-elle après un moment d’hésitation.  Un jour, lorsque je vivais sur l’Île Dormante, une Chambre de Commerce m’a chargée de rechercher la source de certaines pierres précieuses mais ma capacité les a conduits aux Îles de Flamme Brûlante où il n’y a que du sable chaud et sec. Non seulement les Sortilèges de l’Île dormante n’ont rien gagné, mais ils ont même dû les indemniser des frais engagés pour ce voyage. »

– « À mon avis, ce sable était de la bauxite, que vous pouvez considérer comme étant à l’origine des pierres précieuses puisqu’elles sont faites du même matériau », répondit Roland en riant. « Quant à savoir si vous seriez en mesure de trouver ce que je veux, vous pouvez essayer dès maintenant. »

Tout en se demandant si cette pierre noire faisait partie des pierres précieuses, elle obtempéra et appliqua son pouvoir au fragment. Aussitôt, un faisceau de lumière verte éblouissante, aussi vive que les lumières du château, surgit de la paume de sa main, emplissant presque tout son champ de vision.

C’est alors qu’un autre éclair, qu’elle seule pouvait voir, jaillit du bureau du Roi.  

La sorcière en resta bouche bée.

Non seulement cela pouvait indiquer la localisation du matériau d’origine, mais également la richesse de la source. La plupart du temps, la lumière verte scintillait tout autour, dispersée comme autant de lucioles mais à mesure qu’ils se condensaient, Azéma pouvait discerner le point de convergence.  

Elle se dit alors que le Roi avait sans doute caché l’autre partie du fragment dans son bureau pour tester sa capacité, ce qui était parfaitement compréhensible. Cependant, l’intensité du faisceau lumineux la surprit. Ces fragments de pierre sans éclats pouvaient-ils être classés comme source ?  

Jamais encore elle n’en avait vu d’aussi petite!

Comment était-ce possible ?  

Avant de s’installer à l’Île Dormante, elle avait un jour trouvé par hasard un Royal d’or dans la rue. À l’époque, elle pensait pouvoir utiliser sa capacité pour collecter des pièces tombées de la poche des gens, qui, elle le savait, en avaient presque toujours sur eux. Bien que consciente qu’elle n’avait qu’une chance sur un million pour que cela fonctionne, la sorcière n’y parvint jamais. Par contre, elle réussit à localiser l’endroit où l’on conservait la majeure partie de l’argent.

La réaction la plus vive venait des soubassements du château où se trouvait le trésor du Seigneur. Et voilà que cette lumière était au moins aussi intense que celle qu’elle avait vue à l’époque!

« Cette pierre serait-elle plus précieuse encore que l’or ? » Se demanda-t-elle.