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Chapitre 471 : L’Entrevue

Ce soir-là, Ferlin Eltek étudiait les nouveaux manuels éducatifs lorsqu’il entendit frapper à la porte principale.

– « Chéri, je suis occupée à faire cuire du pain, auriez-vous la gentillesse d’aller ouvrir ? » Cria Irène depuis la cuisine. « Il se pourrait que ce soit Miss May. »

– « D’accord. »

Il ferma le livre, se dirigea vers la porte d’entrée et déverrouilla le loquet. À sa stupéfaction, son père se tenait sur le seuil.

– « Père! Qu’est-ce qui vous amène ici ? » S’exclama Ferlin.

– « Je suis venu avec Son Altesse », répondit le vieux chevalier en frottant ses épaules couvertes de neige. « En fait, je suis arrivé hier et bien que je leur aie dit que mon fils vit ici, ils ont tenu à me préparer une maison dans un quartier résidentiel non loin du château. »

– « Entrez. Il fait froid dehors », dit Ferlin qui s’écarta aussitôt.

– « Volontiers. » En entrant dans la maison, le chevalier eut l’air surpris : « Vous avez le chauffage central ici ? »

– « Vous savez ce qu’est le chauffage central ? »

– « Je ne l’ai découvert qu’hier. La dernière fois que je suis venu ici, j’avais déjà remarqué qu’il faisait chaud en ville mais je croyais que l’équipement de chauffage dont parlait Son Altesse était un nouveau type de cheminée. Alors que je me trouvais à l’Hôtel de Ville, je me suis aperçu que bien qu’il n’y ait pas de feu, la température à l’intérieur était très agréable. C’est alors que j’ai compris qu’il s’agissait d’un système faisant appel à la vapeur pour produire de la chaleur. » Il enleva son manteau et l’accrocha à un support près de la porte. « Attendez… je me souviens que la dernière fois que nous nous sommes rendus ensemble à l’Hôtel de Ville, vous non plus ne saviez pas ce que c’était. »

– « J’ai ne l’ai appris qu’en lisant un bulletin municipal », répondit Ferlin en versant à son père une tasse de thé. « Avant de faire quoi que ce soit, ils l’expliquent aux citoyens. Aujourd’hui, le panneau d’affichage situé sur la place est encore plus populaire que le marché de proximité. »

– « Cela signifie-t-il qu’en deux mois, Son Altesse a été en mesure d’installer cet appareil dans toutes les maisons ? »  Dit le Chevalier d’un air approbateur. « Cela a dû coûter plusieurs milliers de Royals d’or. »

– « Notre quartier a été parmi les premiers à bénéficier de cette installation. Dans les secteurs Ouest et Nord on est encore en train de creuser les canaux. Il parait que l’approvisionnement en eau et en chauffage fait partie du fameux Projet des Trois Approvisionnements. Lorsque tout sera terminé, nous pourrons faire autant de choses la nuit que le jour. »

– « Des nuits qui ressemblent aux jours ? » Le chevalier haussa les sourcils : « Cela signifie-t-il qu’il y aura davantage de chandelles et de lampes à huile ? »

– « Rien de toute ceci. Les fonctionnaires de L’Hôtel de Ville prétendent que l’électricité sera distribuée dans chaque maison. »

– « L’électricité ? » S’exclama le vieil homme, stupéfait.

– « Je suis également d’avis que cela dépasse l’entendement, mais c’est en tout cas ce qu’affirme la propagande de Son Altesse », répondit Ferlin, bien d’accord avec son père. « Grâce à l’électricité, il fera aussi clair la nuit qu’en plein jour. »

Curieusement, bien que cette information ait semblé totalement absurde sur le moment, au fond de son cœur, le jeune homme avait le sentiment que dans la mesure où cette promesse venait de Son Altesse, il y avait des chances qu’elle devienne réalité.

Le Prince ne faisait-il pas sans cesse de nouveaux miracles ?  

C’est alors qu’Irène sortit en trombe de la cuisine et, dans sa précipitation, alors qu’elle s’inclinait, faillit faire tomber son plat de pain à moitié cuit :

– « Bonsoir, Chevalier Eltek… »

Le vieux chevalier eut un petit rire :

– « Bonjour, madame Irène.  Rassurez-vous, je n’ai pas encore faim. »

Ferlin vit les joues de sa femme rougir.

Il s’éclaircit la gorge et ajouta :

– « Il n’y aura que deux plats supplémentaires aujourd’hui. Calmez-vous, la soirée ne fait que commencer. »

La petite famille dîna agréablement. Irène se remit de sa panique et après qu’ils eurent bavardé un moment tous les trois, elle entreprit de faire la vaisselle. Pendant ce temps, Sir Eltek fit signe à Ferlin de le suivre dans son bureau. Le jeune homme eut le sentiment que son père avait quelque chose d’important à lui dire.

Il ne s’était pas trompé.  Le vieux chevalier s’assit et demanda calmement :  

– « Savez-vous ce qui s’est passé ces derniers jours à la Forteresse de Longsong ? »

– « J’en ai vaguement entendu parler », répondit Ferlin, s’efforçant de formuler sa réponse avec tact. « J’ai entendu dire qu’il y avait eu une rébellion de la part des quatre familles et que Son Altesse avait quitté Border Town dans le but d’y mettre fin. Cela a été annoncé sur le tableau d’affichage. »

– « L’Hôtel de Ville en a parlé ? »

Le vieux chevalier resta un instant surpris puis, reprenant la parole, il raconta toute l’histoire à son fils.  « J’ai envoyé quelqu’un prévenir le Prince, cependant, je ne m’attendais pas à ce qu’il arrive aussi vite. Le résultat était prévisible :  les quatre familles ne faisaient pas le poids face aux troupes de Son Altesse. Les familles Erable, Wolf et Eglantine ont été complètement éradiquées. La famille Elk est dans un état critique et notre famille a failli être impliquée dans l’affaire. »

– « Quoi ? » S’écria Ferlin, stupéfait. « Père, vous… »

– « Je n’ai rien à voir avec tout ceci, vous vous en doutez », répondit le chevalier en soupirant. « Je suis déjà si vieux et je ne veux pas participer à des affaires aussi risquées. Mais pour votre frère, ce n’est pas pareil : il n’a de cesse de vouloir vous surpasser afin de prouver ses qualités d’héritier… Malheureusement, il a choisi de bien mauvais moyens. »

– « Essayez-vous de me dire que Miso a participé à la rébellion ? » Demanda Ferlin, le visage défait.  

Son père acquiesça.

– « Après l’effondrement de la rébellion, il a été capturé par les soldats de Son Altesse. Le jour du procès, je me suis rendu sur la place pour le voir pour la dernière fois. »

Ferlin ferma les yeux. Depuis qu’il était devenu un célèbre Chevalier, son frère s’acharnait à lui faire la vie dure, cependant, Miso restait son frère cadet. Il était triste d’apprendre qu’il avait eu une fin aussi tragique.

– « Etant donné qu’il n’avait pas de sang sur les mains et qu’il s’est rendu sans faire d’histoires, il a été condamné à 10 ans de travaux. À l’heure qu’il est, il devrait se trouver à la mine du Versant Nord. »

Aux dernières paroles de son père, Ferlin se ressaisit aussitôt :

– « 10 ans de travaux ? J’avais cru comprendre qu’il avait été… »

– « Exécuté ? » Le chevalier secoua négativement la tête. « Lorsque je vous ai dit que je l’avais vu pour la dernière fois, je voulais dire en tant que membre de la famille car depuis ce jour, il ne fait plus partie de la famille Eltek. »

– « Vous avez rompu tout lien avec lui ? »

« C’est exact », répondit le chevalier. Il prit une profonde inspiration : « Il y a longtemps que je l’avais prévenu mais il n’a jamais pris mes paroles au sérieux : quelqu’un qui se joue de l’avenir de la famille et met en jeu le devenir de tous ses membres n’est certainement pas apte à en devenir le chef », dit-il avec une feinte assurance tandis que son visage trahissait sa tristesse et que les rides sur son front se creusaient. « À présent, je n’ai plus qu’un fils, c’est vous. »

Ferlin, qui sentait les larmes lui monter aux yeux, prit instinctivement les mains de son père.

– « Père… »

– « Jamais de ma vie je n’ai supplié mais cette fois, j’espère que vous accepterez de prendre la tête de la famille Eltek. J’ai le pressentiment qu’entre vos mains, notre famille va recommencer à prospérer », dit doucement le vieux Chevalier. « Si j’ai accepté de suivre Son Altesse jusqu’ici, c’est également dans l’espoir d’obtenir un bon poste en prévision des réformes à venir. »

– « Mais Père, on ne peut plus transmettre de postes par héritage…  La chevalerie elle-même ne sera plus qu’un titre honorifique. »

– « Je sais, mais vous ignorez les avantages d’avoir des relations et de l’expérience. Son Altesse a déclaré que les postes seraient attribués en fonction du mérite et des compétences. Avec l’expérience et les relations que vos prédécesseurs ont accumulées, vos chances d’obtenir un bon poste sont de loin supérieures à celles d’une personne moyenne. » Il tapota la main de son fils : « Même si vous souhaitez rester enseignant, je ne me mettrai pas en travers de votre chemin, tant que vous perpétuez le nom de notre famille. »

Ferlin resta longtemps silencieux. Finalement, il acquiesça :

– « Je comprends, Père. Je vous en fais la promesse. »

– « Si tel est le cas, je suis rassuré », répondit le Chevalier Eltek, visiblement soulagé. « Au fait, si vous aviez le choix, dans quel département souhaiteriez-vous travailler ? »

– « Eh Bien… »

– « En ce qui concerne la Seconde Armée, j’ai entendu Hache-de-Fer, le Commandant en chef, dire qu’outre les soldats dont il a besoin sur le champ de bataille, l’armée souhaite également former un département de stratèges. Ce projet sera d’abord testé au sein de la Seconde Armée. »  Le vieux chevalier regarda son fils : « En réalité, je sais très bien que le métier que vous exercez actuellement n’est pas celui que vous auriez préféré. Si vraiment le fait de lire des livres toutes la journée vous satisfaisait, vous n’auriez pas choisi dès le départ d’être Chevalier », dit-il le regard perspicace qui semblait lire dans le cœur de Ferlin. « Mon enfant, vous n’avez jamais cessé d’être Lumière du Matin, tel que je l’ai connu. »