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Chapitre 454 : Des pensions et des peines

Trois jours plus tard, Roland prononça un discours au théâtre de Longsong.

Afin de promouvoir l’évènement, il avait demandé à Petrov de rapporter par avance les détails de la rébellion à toute la ville et prié Maggie d’aller chercher Echo à Border Town.

Le public était moins nombreux que ce à quoi il s’attendait. Même si le printemps avait commencé, la neige qui n’en finissait pas de tomber, dissuadant les gens de sortir.

Fort heureusement, poussés par la promesse du Prince que ײles familles des soldats tués au combat seraient bien indemniséesײ, tous les membres de la Seconde Armée et leurs proches s’étaient déplacés au théâtre. Il faudrait du temps à Roland pour gagner la confiance du reste de ses sujets, mais il était d’avis que la meilleure publicité était le bouche à oreille. Une fois que la graine aurait été semée,  ses racines toucheraient davantage de gens. C’est la raison pour laquelle il avait insisté pour que l’armée soit composée d’hommes du peuple.

Ils étaient aussi tranchants que des épées, aussi imprenables que des forteresses, et de parfaits exemples publicitaires.

– « Bonjour à vous, mes sujets, je suis Roland Wimbledon, Seigneur de la région de l’Ouest. Je pense que la plupart d’entre vous ont déjà entendu mon nom. » Roland examina la foule et poursuivit : « Tout d’abord, je voudrais exprimer ma plus profonde tristesse et toute ma peine pour ceux qui ont été blessés ou ont perdu la vie au cours de cette rébellion, une conspiration préparée à la Cité du Roi. Timothy a tenté à plusieurs reprises de nous déclarer la guerre. Malheureusement, les quatre familles de la Région de l’Ouest, au lieu de se ranger du côté du peuple, ont aidé les méchants à perpétrer de mauvaises actions, causant ainsi cette tragédie. »

Le Prince ne s’attarda pas sur les détails de la rébellion, les gens étant généralement plus intéressés par les rumeurs circulant dans les tavernes que par un discours solennel. Par conséquent, après une brève introduction, il passa vite au sujet, plus populaire, de l’indemnisation.

« Pendant la rébellion, 56 des 112 soldats de la Seconde Armée ont été tués au combat et les rebelles ont pillé et incendié les résidences, provoquant 48 morts parmi les civils et réduisant en cendres 12 propriétés », annonça Roland en baissant la voix. « Je présente mes excuses aux sujets de la Forteresse de Longsong : en tant que Seigneur du territoire, j’ai failli à mon devoir. »

Les paroles du Prince touchèrent le public qui, de toute évidence, n’avait jamais entendu un membre de la famille royale s’excuser auprès du peuple. Beaucoup d’entre eux en furent choqués et surpris, cependant, Roland était convaincu qu’un Seigneur se devait de se comporter ainsi. Il n’était pas aussi arrogant que les autres nobles, qui traitaient le peuple avec mépris et condescendance. L’histoire lui avait enseigné qu’un dirigeant ne serait jamais vraiment accepté par son peuple à moins de les considérer comme ses égaux.

« Je vous fais la promesse que ces hommes ne seront pas morts en vain. Non seulement les soldats tués au combat bénéficieront d’un enterrement convenable, mais leurs familles recevront également une pension de cinq Royals d’or. De plus, ils pourront dorénavant demander chaque mois à l’Hôtel de Ville de la nourriture et du charbon à titre de compensation complémentaire. Ces conditions sont exactement les même que celui de la Première Armée, et je puis vous assurer que ceux parmi mes sujets qui rejoindront la Seconde Armée à compter d’aujourd’hui bénéficieront des mêmes compensations! »

Ils ne furent pas nombreux à acclamer la promesse du Prince. Apparemment, la plupart étaient sceptiques quant au prétendu régime d’indemnisation. La corruption et les pots-de-vin parmi les fonctionnaires étaient courants sur ces terres et il arrivait même parfois que les rations de secours distribuées l’hiver soient mélangées à du sable et des feuilles. Comment auraient-ils pu raisonnablement croire qu’ils allaient recevoir des Royals d’or ?

Cependant, Roland avait réfléchi à un moyen de maximiser les effets de son annonce. Il frappa dans ses mains et aussitôt, deux soldats de la Première Armée portant un coffre montèrent sur la scène, suivis de Petrov et de Hache-de-Fer.

– « J’ai ici une liste des soldats qui se sont sacrifiés dans la bataille. Monsieur Petrov Hull, le gouverneur de la Forteresse, va maintenant vous remettre personnellement votre pension! »

Lorsque les soldats renversèrent le contenu du coffre sur la table, le public manifesta davantage d’enthousiasme à la vue des pièces d’or bien brillantes.  

– « Ayat, du Premier Bataillon de Fusiliers de la Seconde Armée! »

« Chapiter, du Premier Bataillon de Fusiliers de la Seconde Armée! »

« … »

Au fur et à mesure qu’Hache-de-Fer appelait les noms figurant sur la liste, les membres de la famille des soldats montaient sur scène un à un et recevaient leurs Royals d’or avant de s’incliner et de s’agenouiller en signe de gratitude. Pendant un certain temps, il régna une telle agitation au sein du théâtre que Roland sentit même la main de Rossignol se poser sur sa taille.

Heureusement, tout se passa sans incident. Lorsque tous eurent enfin reçu leur pension, il était presque midi. Roland agita le bras pour obtenir le silence.

– « Tous ceux qui ont perdu leur maison au cours de la guerre recevront également un abri et de la nourriture. Celle-ci vous sera livrée par le personnel désigné jusqu’à la fin des Mois des Démons. »

– « Votre Altesse, et après les Mois des Démons ? » Demanda quelqu’un d’une voix forte. Bien entendu, c’était Echo qui faisait le « demandeur ».

– « D’ici là, l’Hôtel de Ville aura créé un grand nombre d’emplois assortis de salaires et d’avantages sociaux compétitifs. Si vous êtes prêts à travailler dur, vous n’avez pas à vous inquiéter pour la nourriture! » Roland leva la main droite et annonça : « La Région de l’Ouest n’oubliera jamais ceux qui se sont sacrifiés pour elle et moi non plus!

Cette fois, son discours reçut un accueil chaleureux et le public leva la main droite en réponse. Tandis que les sujets applaudissaient, Roland donna l’ordre à ses hommes de distribuer le porridge. L’ambiance était à son comble.  

L’après-midi, il y eut bien davantage de monde pour se réunir au théâtre. Tous les sièges étant occupés, de nombreuses personnes s’amassaient dans le couloir. Manifestement, ils attendaient d’assister au procès.

« Apparemment, que ce soit dans le monde d’où je viens ou dans celui-ci, tout le monde aime voir un prisonnier traduit en justice », se dit Roland.  

Il demanda à Petrov et Hache-de-Fer de conduire le procès et monta dans une niche au second étage du théâtre pour y assister en spectateur.  

Le verdict étant tombé bien avant, les prisonniers furent emmenés sur l’estrade et se mirent à genoux devant l’assistance. Des soldats armés se tenaient solennellement derrière eux.  Hache-de-Fer lut les charges, Petrov les verdicts, après quoi les soldats les escortèrent sur le lieu de l’exécution, à savoir la Place de la Forteresse.

À la vue des prisonniers, certains des membres des familles des victimes se précipitèrent sur eux pour les tabasser. Tant que le combat ne mettait pas de vies en danger, la Première Armée se contenta de rester à proximité. Personne n’avait pitié de ces fripouilles qui auraient dû réfléchir aux conséquences de leurs actes avant de commettre le meurtre et le pillage.

En fin de compte, 132 prisonniers furent condamnés à mort, dont six aristocrates de haut rang. Les autres étaient des mercenaires, des gardes et des domestiques. Les méthodes d’exécution différaient. Etant donné qu’il n’y avait pas suffisamment de potences, seuls les nobles eurent le privilège d’être pendus. Les autres furent fusillés. C’était la première fois que l’on avait recours aux armes à feu dans le cadre d’exécutions.

Les 900 autres personnes qui avaient participé à la rébellion mais n’avaient pas commis de meurtre furent emprisonnées en attendant d’être envoyées par groupes à la mine.

À présent, Roland avait éliminé tous les nobles qui contestaient son autorité dans la Région de l’Ouest.

Le jour suivant, il convoqua les aristocrates innocents dans la grande salle du château.

Ce nettoyage n’était qu’un début.  Il y avait encore beaucoup à faire avant de pouvoir vraiment gouverner cette région.

Le plus important étant d’établir un nouvel ordre.