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Chapitre 121 : Le pillage

Aussitôt qu’il eût parlé à l’ensemble des cinq familles nobles, Roland se sentit légèrement soulagé.

Il se laissa aller en arrière sur son siège et Rossignol prit l’initiative de s’avancer derrière lui, de poser ses deux mains sur ses épaules pour commencer à les masser.

Entre le moment où il avait vaincu le Duc et celui où il avait pris possession du château du seigneur, il ne s’était passé qu’un seul jour.

Les choses se déroulèrent beaucoup plus calmement qu’il ne l’avait cru : à partir du moment où ils surent que le Duc était mort, la plupart des gens choisirent de se rendre. En ce qui concerne les mercenaires, ils avaient plutôt l’habitude de changer de camp pendant la guerre, aussi se mirent-ils à genoux sur le sol en affirmant qu’ils étaient prêts à se battre pour le prince.

Ainsi, les mercenaires devinrent responsables de la protection des chevaliers qui avaient capitulé et des nobles, tandis que la Première Armée était chargée de protéger les mercenaires. De cette façon, ce vaste groupe fit route en direction de l’Est, entre l’après-midi et 3 heures du matin. Ils arrivèrent finalement à la Forteresse de Longsong. Lorsque les gardes virent la tête du duc décédé et les nobles capturés, ils ouvrirent immédiatement la porte, laissant le 4ème Prince pénétrer dans la ville.

Roland n’attendit pas que tous les nobles fussent réunis, leur laissant l’opportunité de l’accueillir à grande pompe et de le déclarer comme nouveau Seigneur de la Ville. Il se rendit immédiatement au Château du Seigneur.

Le château, situé au centre, était semblable à une ville insérée dans la cité. Alors que le prince s’en approchait, une petite escarmouche éclata : Rossignol dût utiliser de la dynamite pour ouvrir la grille du Jardin Fleuri. Là, plus de vingt gardes restés fidèles à feu le Duc tentèrent d’empêcher Roland d’entrer, mais ils furent tous rapidement exterminés par la Première Armée. Cependant, ceux-ci  avaient eu le temps d’utiliser leurs arbalètes, blessant cinq personnes dont deux grièvement. Heureusement, Nana, qui avait pris part à cette opération militaire, put les soigner rapidement.

Dans l’intervalle, dix gardes personnels avaient profité de cette occasion pour faire fuir ce qui restait de la famille du duc par une porte dérobée, mais ils furent repérés par Foudre et rapidement capturés. On ligota les mains de l’épouse du Duc et de ses deux fils et ceux-ci attendirent d’être jugés – A ce moment, ils étaient toujours dans l’obscurité, ignorant que Ryan avait été vaincu.

Lorsque Roland prit le contrôle du château du Seigneur, la Première Armée de Border Town se dispersa aussitôt pour gérer les environs. Comparé à son propre château, le Prince devait admettre que celui de la Forteresse était magnifique. De forme hexagonale, il possédait six tours de guet, et une tour de cinq étages s’élevait en son centre. A cette époque, il était vraiment rare de voir des constructions aussi hautes. Le domaine renfermait également les résidences des habitants, des entrepôts, des écuries et tout ce dont ils avaient besoin. Le Duc avait même sa propre prison sous les fondations du château.

C’est là précisément qu’il enferma les prisonniers importants, tels les membres de la famille du Duc. On libéra tous les civils tandis que les mercenaires se virent confisquer leurs armes et furent emmenés dans les jardins du château ou dans des pièces libres. En même temps, le Prince choisit quelques leaders qu’il paya pour les surveiller. Dans l’esprit de Roland, la Mine du Versant Nord serait la meilleure destination pour ces opportunistes, mais pour le moment, il avait des choses bien plus importantes à faire.

Il fallait à présent piller les cadavres, comme cela se faisait habituellement après une bataille.

Accompagné des sorcières, Roland  fouilla soigneusement les moindres recoins du château. Le Prince n’avait toujours pas lâché la Pierre du Châtiment Divin qu’il avait trouvée dans la crypte. Lorsqu’il en eut fait le tour, le butin s’avéra vraiment impressionnant. Rien que dans deux boîtes qu’ils avaient découvertes dans les soubassements, le Prince trouva plus de 10 000 Royals d’Or. Dans un compartiment secret de la chambre à coucher, Rossignol découvrit plusieurs dizaines de gemmes de taille d’un globe oculaire. Echo fit la découverte d’une autre cache derrière la cheminée, qui renfermait non seulement des pièces d’orfèvrerie, comme le sceptre, la couronne et autres, mais aussi de nombreux bijoux éblouissants, soigneusement suspendus au mur sur un cadre de bois.

C’était là tout le trésor personnel du Duc!

Devant tant de richesses, Roland pensa aux cinq cents Royals d’Or qu’il avait réunis au cours des deux dernières saisons et une myriade de regrets assaillit son cœur. Il n’était pas préparé à l’attrait que générait en lui ce pillage et s’il ne venait pas d’une ère industrielle très développée, il aurait probablement tout gardé pour lui-même.

A présent, il ne pouvait que soupirer de chagrin. Il fallait voir plus grand. Dans un avenir prévisible, la population active de Border Town allait considérablement augmenter et en attendant qu’il puisse développer l’agriculture sur ses terres, il allait devoir importer de grandes quantités de céréales en provenance d’autres sources.

Colibri allégea le trésor stocké dans des boîtes qui fut emporté au château de Border Town, sous la protection de Hache-de-Fer et de quelques gardes personnels du Prince. Le transport leur prit environ trois jours, incluant le temps nécessaire pour ensorceler la totalité du butin.

Pour cette raison, après le second jour, Roland se désintéressa des Royaux d’Or à titre de rançon. Ecraser le Duc lui avait procuré de nombreux avantages, mais à présent, il lui fallait davantage de personnes vivantes et d’animaux.

– « Votre Altesse, avez-vous vraiment l’intention de ne rester ici qu’une semaine ? » s’enquit Rossignol.

– « Pardon ? »  

Les yeux fermés, Roland se délectait de la sensation de fourmillement émanant de ses épaules.

– « Cette ville n’est-elle pas la plus grande cité de l’Occident ? », murmura-t-elle, « Pourquoi ne pas vous établir ici ? Cet endroit est bien plus prospère que Border Town. »

– « La structure de pouvoir à la Forteresse de Longsong est enchevêtrée et compliquée, elle ne convient pas à ce que j’entends faire. Dans mes projets, nous garderions le statu quo, ce qui n’est pas si mal. Si je tentais de la modifier, je rencontrerais davantage de résistance et si j’envisageais de prendre des mesures cruelles, ils feraient bloc pour tenter de m’évincer. »

Roland sourit et ajouta : « Et surtout en raison du fait qu’il me serait difficile d’amener les gens d’ici, profondément affectés par l’Eglise, à vous accepter. Un jour, je vous ai dit que mon souhait était que les sorcières puissent aller librement dans les rues, et à Border Town, c’est aujourd’hui possible. »

– « Ouais… » répondit doucement Rossignol, « vous avez tenu votre promesse. »

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Le troisième jour, tôt le matin,  Petrov apporta sa liste à la hâte, et comme d’habitude Roland le reçut dans la grande salle.

– « Votre Altesse, j’ai pris ma décision. »

– « Je vais jeter un œil », dit Roland en s’emparant de la liste qu’il lui tendait.

Comme il s’y attendait, tout en haut de la liste, requérant la majeure partie des points nécessaires, se trouvaient les serfs à hauteur d’environ 800 personnes, 100 bovins et 300 moutons pour un total de 900 points, le reste payerait des artisans de tout genre.

– « Votre Altesse Royale, est-ce acceptable ? ».

– « Bien sûr, il vous suffit de vous délester de 3000 points », dit Roland en lui rendant la liste, « Quand pensez-vous pouvoir rassembler toutes ces personnes et ces fournitures ? »

– « Je peux le faire aujourd’hui même, tout du moins si les personnes et autres propriétés restent sur les Terres du Chèvrefeuille. Si vous souhaitez les ramener à Border Town, Votre Altesse, il faudra compter environ deux semaines. »

– « Il vous revient d’organiser leur acheminement vers Border Town », déclara Roland en tapotant la table. « En votre qualité de commerçant, vous avez certainement l’expérience des caravanes. »

– « En effet, Monsieur ».  Petrov hésita un instant : « Alors mon père… »

– « Vous pouvez le ramener avec vous dès aujourd’hui », répondit le Prince amusé. Il lui remit un rouleau de parchemin : « Si vous estimez que cela vous convient, signez ce document et apposez-y l’empreinte de votre pouce. »

« C’est … un contrat de député ? » Petrov, qui venait de lire le début, parut soudain agité. « Ainsi, vous avez l’intention de vous engager à accorder le droit de gouverner la Forteresse de Longsong à la famille du Chèvrefeuille ? Un instant s’il vous plaît… »

Il déroula le parchemin et entreprit de lire attentivement le contrat.

Voyant que Petrov se montrait prudent, Roland hocha la tête avec satisfaction : pour un collaborateur, il était fondamental de prêter la plus grande attention au contenu d’un contrat.

Au bout d’un moment, Petrov releva la tête :

– « Ce contrat confirme fondamentalement ce que vous m’avez dit hier, mais il reste une petite chose… » dit-il en désignant le bas du document « Votre Altesse Royale, ne suis-je pas supposé écrire ici le nom de mon père ? Le comte étant le représentant de ma famille. »

Roland sourit :

– « C’est vous, et non votre père, qui avez négocié avec moi ce poste de député, en conséquence, il est naturel que ce soit votre nom qui figure en fin de contrat. »

Pendant un moment, Petrov parut effrayé. Il ne pouvait pas croire ce qu’il venait d’entendre aussi demanda-t-il :

– « Votre Altesse, vous ne voulez pas dire que… »

– « Si. Vous allez remplacer le Duc et gérer la Forteresse », confirma Roland en acquiesçant. « Si vous êtes en mesure d’honorer ce contrat, vous continuerez à diriger la ville lorsque je serai Roi. »

Il marqua une pause et sourit, « Mais si vous brisez cet accord, vous finirez comme le Duc. Puisque j’ai pu entrer dans la Forteresse une fois, il n’y a pas de raison pour que je ne puisse le refaire. Travaillons ensemble, monsieur l’Ambassadeur. »